Dans une école primaire française, une élève de CM2 vient d'être sanctionnée d'une suspension de 3 jours pour avoir pratiqué le « jeu de l'olive » sur un camarade. Cette pratique humiliante, qui consiste à introduire un doigt dans les fesses d'autrui, connaît une recrudescence inquiétante depuis plusieurs semaines, alimentée par la viralité de vidéos sur TikTok. Les établissements scolaires et l'Éducation nationale font face à un défi majeur : endiguer ce phénomène de harcèlement 2.0 qui touche désormais les cours d'écoles élémentaires.
L'essentiel
- Une élève de CM2 a été suspendue 3 jours pour avoir pratiqué le « jeu de l'olive », un acte de harcèlement consistant à introduire un doigt dans les fesses d'un camarade
- Cette pratique connaît une recrudescence massive depuis septembre 2025, amplifiée par des centaines de vidéos virales sur TikTok présentant ces agressions comme des défis
- Les établissements scolaires français signalent une augmentation significative des cas touchant désormais les élèves de CM1 et CM2, des enfants de 9 à 11 ans
- La sanction disciplinaire marque un durcissement de la réponse des établissements face à des actes pouvant constituer juridiquement des agressions sexuelles
- Les associations et autorités réclament un renforcement de la modération sur TikTok et une éducation numérique renforcée dès le primaire
Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur actuelle alarme. Dans les couloirs d’une école primaire française, une élève de CM2 a été suspendue pour une durée de 3 jours après avoir pratiqué sur un camarade ce que l’on appelle le « jeu de l’olive ». Cette pratique, qui relève du harcèlement sexuel, consiste à introduire un doigt dans l’entrejambe ou les fesses d’une autre personne, sans son consentement. Si ce comportement existait déjà sporadiquement dans certains établissements, sa résurgence massive trouve son origine dans la multiplication de vidéos TikTok présentant ces agressions comme un « défi » ou un « jeu » inoffensif.
Quand les réseaux sociaux amplifient le harcèlement scolaire
Selon plusieurs rapports du ministère de l’Éducation nationale, les établissements scolaires français constatent depuis septembre 2025 une augmentation significative des signalements liés à des violences à caractère sexuel entre élèves. Le « jeu de l’olive », également connu sous le nom de « kancho » au Japon où il trouve ses origines dans la culture manga, s’est propagé via TikTok où des centaines de vidéos montrent des adolescents et parfois des enfants plus jeunes reproduisant ce geste.
Les associations de protection de l’enfance en ligne tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Le phénomène ne touche plus seulement les collèges et lycées, mais descend désormais jusqu’aux classes de CM1 et CM2. Les psychologues scolaires interrogés soulignent que les enfants de 9 à 11 ans ne mesurent pas toujours la gravité de leurs actes, influencés par des contenus viraux qui banalisent ces comportements violents sous couvert d’humour.
Une sanction disciplinaire qui fait jurisprudence
La suspension de 3 jours prononcée contre l’élève de CM2 marque un tournant dans la gestion de ces incidents par les établissements. Selon les textes réglementaires de l’Éducation nationale, les sanctions disciplinaires en école primaire restent exceptionnelles et sont généralement réservées aux faits graves. Cette décision reflète la volonté des directions d’établissement de traiter ces actes avec la sévérité qu’ils méritent.
« Nous ne pouvons plus tolérer que des comportements relevant du harcèlement sexuel soient minimisés sous prétexte qu’il s’agirait d’un jeu », explique un directeur d’école primaire qui témoigne sous couvert d’anonymat. « Ces actes traumatisent les victimes et créent un climat de peur dans nos établissements. »
Les juristes spécialisés en droit de l’éducation rappellent que ce type de comportement peut constituer une agression sexuelle au sens pénal, même lorsqu’il est commis par un mineur. Si les enfants de moins de 13 ans ne sont pas pénalement responsables, les familles peuvent être tenues civilement responsables des actes de leurs enfants. Plusieurs parents de victimes ont d’ailleurs déposé plainte ces dernières semaines.
TikTok dans le viseur des autorités éducatives
La plateforme TikTok, qui compte plus de 15,7 millions d’utilisateurs actifs en France selon les dernières statistiques du secteur, fait l’objet de critiques croissantes pour sa modération jugée insuffisante. Bien que les conditions d’utilisation interdisent théoriquement l’accès aux moins de 13 ans, de nombreux enfants plus jeunes y sont présents, souvent avec la complicité involontaire de leurs parents.
Les autorités de régulation numériques pointent du doigt l’algorithme de recommandation de TikTok qui, en privilégiant les contenus générant le plus d’engagement, contribue à la viralité de défis dangereux ou inappropriés. Le « jeu de l’olive » rejoint ainsi la longue liste des challenges problématiques ayant émergé sur la plateforme, après le « skullbreaker challenge » ou le « blackout challenge » qui avaient déjà causé des blessures graves.
« Les plateformes numériques doivent assumer leur responsabilité dans la diffusion de contenus incitant à des comportements violents », martèle une porte-parole d’association de parents d’élèves. « Nous demandons un renforcement drastique de la modération et des outils de contrôle parental efficaces. »
Les établissements scolaires en première ligne
Face à cette crise, les écoles multiplient les initiatives de prévention. Selon les ressources pédagogiques officielles, de nombreux établissements ont mis en place des séances d’information sur le consentement et le respect du corps d’autrui dès le cycle 3. Les infirmières et psychologues scolaires sont mobilisés pour accompagner les victimes et leurs familles.
Les enseignants, souvent démunis face à ces nouvelles formes de harcèlement numérique, réclament des formations spécifiques. Les syndicats d’enseignants soulignent que la gestion de ces incidents s’ajoute à une charge de travail déjà considérable, dans un contexte de moyens limités. Plusieurs académies ont néanmoins déployé des protocoles d’intervention rapide, impliquant systématiquement les parents et, le cas échéant, les services sociaux.
Un enjeu de santé publique et de protection de l’enfance
Au-delà des sanctions disciplinaires, c’est toute une réflexion sur l’éducation numérique et l’accompagnement des enfants dans leur usage des réseaux sociaux qui est posée. Les études en santé publique montrent que l’exposition précoce aux réseaux sociaux peut avoir des conséquences sur le développement psychologique des enfants, notamment en matière de construction des normes sociales et de compréhension du consentement.
Les pédopsychiatres interrogés insistent sur la nécessité d’un dialogue ouvert entre parents et enfants sur ces questions. Trop souvent, les adultes ignorent ce que leurs enfants visionnent en ligne, faute de temps ou de compétences numériques. Les associations familiales plaident pour une éducation aux médias dès le plus jeune âge et un encadrement strict du temps d’écran.
Cette affaire de suspension d’une élève de CM2 soulève également des questions juridiques complexes. Comment sanctionner des comportements inappropriés chez des enfants qui ne mesurent pas toujours la portée de leurs actes ? Comment protéger les victimes tout en permettant aux auteurs de comprendre et de réparer leurs erreurs ? Les instances de protection des droits de l’enfant appellent à une approche éducative plutôt que purement punitive, tout en reconnaissant la nécessité de marquer fermement les limites.
Vers un encadrement plus strict des contenus en ligne ?
Cette recrudescence du « jeu de l’olive » pourrait accélérer l’adoption de nouvelles réglementations concernant les plateformes numériques. Le Digital Services Act européen, entré en vigueur progressivement depuis 2024, impose déjà des obligations renforcées aux grandes plateformes en matière de modération. Mais son application concrète reste inégale, et de nombreux contenus problématiques continuent de circuler librement.
Certains parlementaires français militent pour aller plus loin, en imposant une vérification réelle de l’âge des utilisateurs et en sanctionnant plus lourdement les plateformes qui ne retirent pas rapidement les contenus incitant à la violence. Les débats promettent d’être vifs, entre impératifs de protection de l’enfance et préservation des libertés numériques.
En attendant, dans les cours de récréation françaises, les équipes éducatives restent vigilantes. Cette suspension de 3 jours d’une élève de CM2 ne résoudra pas à elle seule un phénomène qui dépasse largement les murs de l’école. Mais elle envoie un signal clair : le harcèlement, même viral, même présenté comme un jeu, n’a pas sa place dans les établissements scolaires. Reste à savoir si cette fermeté suffira à endiguer une tendance alimentée par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement, quelles qu’en soient les conséquences humaines.
Sources
- Ministère de l'Éducation nationale (décembre 2025)
- E-enfance, association de protection de l'enfance en ligne (2025)
- Service public - Réglementation scolaire (2025)
- Blog du Modérateur - Statistiques TikTok France (2025)
- Santé Publique France - Études sur l'exposition aux réseaux sociaux (2025)