Université de La Réunion : la députée Lebon alerte sur une crise financière profonde

En marge de la visite du ministre Philippe Baptiste, Karine Lebon dénonce des moyens insuffisants et des infrastructures vieillissantes à l'université réunionnaise.

Université de La Réunion : la députée Lebon alerte sur une crise financière profonde
Illustration Viviane Payet / info.fr

Les 23 et 24 avril 2026, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste était en déplacement à La Réunion. La députée Karine Lebon en a profité pour tirer la sonnette d'alarme sur l'état de l'Université de La Réunion, plombée par un déficit de 6,3 millions d'euros et des bâtiments datant des années 1960.

La visite de Philippe Baptiste n’est pas passée inaperçue. Le ministre de l’Enseignement supérieur s’est rendu à La Réunion les 23 et 24 avril 2026, rencontrant notamment la direction de l’Université de La Réunion. Dans ce contexte, la députée Karine Lebon a dénoncé publiquement ce qu’elle qualifie de « situation critique », pointant le manque de moyens financiers et des infrastructures vieillissantes.

Un déficit structurel, une dotation en retard

Les chiffres sont précis. Selon Zinfos974, l’établissement affiche un déficit de 6,3 millions d’euros pour l’exercice 2025. La masse salariale représente 85,3 % d’un budget total de 152,1 millions d’euros, avec un dépassement de 3,5 millions non financé. L’université accueille environ 19 000 étudiants en 2026, soit une hausse de 5,4 % par rapport à 2019-2020.

Le problème de fond, selon Karine Lebon et son collègue Frédéric Maillot, est une sous-dotation structurelle. La dotation par étudiant à l’Université de La Réunion est inférieure à celle des autres universités françaises, y compris ultramarines. Selon Imaz Press, le manque à gagner est estimé à 22 millions d’euros par an, sans aucune prise en compte des surcoûts liés à l’insularité ou aux cyclones. L’écart moyen avec les universités scientifiques françaises atteignait 2 321 euros par étudiant en 2023, selon le blog EduPros. Frédéric Maillot a lui aussi interpellé le ministère, demandant un plan d’urgence et posant la question : « étudier à La Réunion vaut-il moins qu’ailleurs ? »

Ce débat sur le financement de l’enseignement supérieur dans les territoires ultramarins n’est pas sans rappeler les tensions observées ailleurs en France, comme le rassemblement contre les fermetures de classes à Limoges ou encore les arbitrages budgétaires du ministre de l’Éducation à Bordeaux.

Des bâtiments des années 1960, des salles fermées

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Sur le plan physique, la situation n’est pas meilleure. La députée Lebon a évoqué des bâtiments datant des années 1960 et des salles hors d’usage. Des infrastructures inadaptées aux effectifs actuels et aux contraintes climatiques tropicales.

En arrière-plan, la Cour des comptes a pointé en 2026 une gouvernance « défaillante » héritée de tensions internes sous l’ancienne mandature. L’université a été placée sous administration provisoire dès mars 2024. Jean-François Hoarau, élu président le 17 février 2025 avec 21 voix contre 14, tente depuis de stabiliser l’institution.

Une mission d’inspection générale lancée

En réponse, le ministre Baptiste a annoncé le lancement d’une mission d’accompagnement confiée à l’inspection générale. Objectif : établir un diagnostic approfondi sur les ressources humaines et les équilibres financiers, selon le site de l’université. Cette mission, demandée par le président Hoarau lui-même, doit déboucher sur un plan de transformation incluant un rattrapage budgétaire et une adaptation des infrastructures aux contraintes tropicales.

Pour Karine Lebon, cette réponse reste insuffisante. Elle juge que l’État « se défausse » sur l’établissement sans corriger les inégalités de financement à la source. Le rapport de l’inspection générale et ses suites seront déterminants pour l’avenir d’un établissement qui emploie quelque 1 500 agents et forme la grande majorité des étudiants réunionnais.

Sources

Viviane Payet

Viviane Payet

Installée à Saint-Denis, elle couvre les tensions sur le logement, les débats sur l'immigration clandestine, le tourisme et les projets de la Nouvelle Route du Littoral. Diplômée de l'IJBA Bordeaux, elle a grandi à La Réunion. Méthode : interroger les élus, les associations, les riverains, vérifier les budgets du chantier avant de conclure.

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