Urville-Nacqueville : les agriculteurs face au dérèglement climatique
Dans ce village littoral du Cotentin, les exploitants familiaux cherchent comment adapter leurs pratiques à un climat de plus en plus instable.
Sécheresses, inondations, ravageurs : les agriculteurs d'Urville-Nacqueville n'ont plus de saison ordinaire. Sur cette commune exposée à l'érosion côtière, la question de la viabilité des exploitations familiales devient urgente.
Un talus, des haies taillées court, et derrière, des parcelles en herbe qui descendent vers la mer. À Urville-Nacqueville, commune littorale du nord du Cotentin, l’agriculture se pratique à quelques centaines de mètres des falaises. Un voisinage qui n’a rien d’anodin quand le changement climatique s’invite dans l’équation.
Les discussions menées localement ces dernières semaines portent sur un constat partagé : les saisons agricoles ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient. Après les excès d’eau du printemps 2024 qui avaient compromis les semis, 2025 a apporté l’inverse - des déficits hydriques précoces. Les cultures arrivent plus tôt. Les ravageurs résistent mieux à des hivers devenus doux. Le stress hydrique en été s’intensifie.
Un territoire déjà sous surveillance
La vulnérabilité d’Urville-Nacqueville n’est pas nouvelle. Selon le rapport de diagnostic des vulnérabilités de la Communauté d’Agglomération du Cotentin, la commune fait partie des zones à risque élevé de submersion marine et d’érosion côtière. Le suivi du trait de côte dans ce secteur a d’ailleurs débuté dès 1996, en partenariat avec l’Université de Caen. Ce cadre fragilise indirectement les terres agricoles riveraines, exposées à la hausse des besoins en eau l’été et aux aléas du littoral.
À l’échelle du département, l’agriculture pèse lourd : la Manche compte environ 8 000 exploitations sur 422 700 hectares, avec une dominante en élevage laitier, bovin et légumes de primeur, soit 10 % des actifs locaux, selon le rapport de développement durable du Conseil départemental. Des filières qui ne peuvent pas se permettre plusieurs mauvaises saisons d’affilée.
Des pistes concrètes, mais des financements attendus
Les échanges portent sur des adaptations durables : réduction du travail du sol, augmentation des couverts végétaux, agriculture régénérative. Les Chambres d’agriculture normandes accompagnent ces évolutions via le projet PIDA-CLIMAT et les travaux issus du Varenne agricole de l’eau, lancé en 2022.
Le bocage reste un allié. Le Plan Bocage Manche 2017-2021 avait mobilisé 4 millions d’euros pour préserver les haies, dont 707 711 € consacrés à la plantation de près de 100 000 mètres linéaires - en plaine comme en talus. Des infrastructures qui jouent un rôle anti-érosion et de régulation hydrique directement utile aux exploitations.
La plateforme saveurlocale-manche.fr, qui connecte 80 producteurs manchois aux cantines scolaires depuis 2021, est citée comme levier de viabilité économique. Mais les agriculteurs locaux pointent aussi le besoin de financements régionaux pérennes. Fixer des objectifs environnementaux sans en donner les moyens reste, pour beaucoup, la principale contradiction à résoudre.