US Open : le double mixte devient une exhibition au service des stars
Maria Sakkari et Karen Khachanov écartés malgré leur classement combiné
L'USTA dévoile un tableau de 16 équipes où 8 invitations passent devant le classement. Maria Sakkari et Karen Khachanov, écartés malgré leur rang, dénoncent des critères opaques.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Bataille financière sous-jacente
Les stars du top 20 font pression sur l'USTA pour obtenir une meilleure redistribution des 90 millions de dollars de prize money. Le double mixte devient l'outil de négociation.
Dévalorisation du titre de Grand Chelem
8 équipes sur 16 entrent via invitation. Les spécialistes du double dénoncent une exhibition déguisée qui perd sa crédibilité sportive.
Critères opaques de sélection
Sakkari (33e) et Khachanov (26e) écartés malgré un classement combiné compétitif. La notoriété médiatique prime sur le mérite sportif.
Survie économique des spécialistes
Pour les joueurs classés au-delà du top 100 en simple, le double reste la seule source de revenus substantiels. Ces places leur échappent.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Maria Sakkari (33e) et Karen Khachanov (26e) écartés du double mixte malgré leur classement combiné
- Prize money multiplié par 5 1 million de dollars pour les vainqueurs 2026 contre 200 000 en 2024
- 21 des 32 participants classés dans le top 20 mondial en simple
- 8 invitations sur 16 équipes laissées à la discrétion des organisateurs
- Les spécialistes du double dénoncent une exhibition glorifiée qui dévalue le titre de Grand Chelem
Le 27 juillet 2026 - l’USTA dévoile les 16 équipes invitées au US Open Mixed Doubles Championship. Novak Djokovic et Aryna Sabalenka en tête d’affiche. Iga Swiatek et Casper Ruud. Naomi Osaka et Kei Nishikori. Les tribunes sont déjà vendues.
Maria Sakkari et Karen Khachanov expriment leur frustration sur les réseaux sociaux le lendemain. Les deux joueurs pointent du doigt les critères de sélection opaques et l’importance accordée à la notoriété plutôt qu’au classement.
Le tournoi se joue du 24 au 26 août - pendant la Fan Week. Trois jours. Format raccourci: premier à quatre jeux par set - pas d’avantage après la première égalité. Un million de dollars pour les vainqueurs, cinq fois plus que l’année précédente. Des frais d’apparence dépassant 50 000 dollars par joueur.
Un règlement qui laisse huit places à la discrétion des organisateurs
Le règlement est clair sur le papier: 6 places directes attribuées sur classement combiné en simple. Huit invitations laissées à la discrétion des organisateurs. Deux places via qualifications. Sur les 32 participants, 21 sont classés dans le top 20 en simple.
Ce qui reste opaque: la pondération exacte du classement combiné et les critères d’attribution des huit wild-cards. Aucune grille d’évaluation n’a été publiée. Aucun arbitrage indépendant. La réaction de Khachanov pointe cette absence de transparence: Sakkari et Khachanov, classés 33e et 26e - pèsent moins lourd médiatiquement que Djokovic ou Osaka. Le classement combiné ne compte plus. Seule la notoriété décide.
« C’est un manque de respect total »
Marc-Antoine Durand - ne digère pas. « C’est un manque de respect total. Nous passons l’année à construire notre classement pour avoir le droit de jouer ces tournois. Voir des places réservées à des joueurs de simple qui ne jouent que pour le fun, au détriment de ceux dont c’est le métier, est inadmissible ».
Jan Zielinski - dénonce l’absence totale de communication avec les joueurs. Kristina Mladenovic va plus loin: « A grand slam is neither preparation nor fun. It’s years of sacrifice. Don’t call it a grand slam ».
Exhibition glorifiée ou tournoi dévalorisé?
Les spécialistes du double ne parlent pas tous d’un même ton. Jamie Murray qualifie l’événement d’« exhibition glorifiée ». Joe Salisbury enfonce le clou: « I’m sure it will be an entertaining exhibition, but that’s what it will be. I don’t see it as winning a Grand Slam ».
Cette opposition reflète un débat de fond: à partir de quel seuil d’invitations un titre de tournoi majeur cesse-t-il d’en être un? Historiquement, les tableaux de double mixte reposent sur une majorité de places directes. L’US Open inverse la logique: 8 équipes sur 16 entrent via wild-cards. La moitié du tableau.
Le titre se définit par la qualité du plateau et la rigueur de la sélection. Quand la moitié des participants contournent le classement, le tournoi devient autre chose. Une exhibition déguisée en compétition officielle. Ou, selon les mots de Salisbury - « du divertissement » qui ne mérite pas le statut de Majeur.
Le double comme seule source de revenus
Pour les joueurs classés au-delà du top 100 en simple - le double reste la seule source de revenus substantiels.
Le double mixte de l’US Open, avec son million de dollars et ses frais d’apparence - offrait une opportunité rare: d’augmenter significativement les gains d’une saison en trois jours. Ces places leur échappent désormais. Les spécialistes voient leurs opportunités prises par des stars qui viennent « travailler leurs automatismes au filet ».
Un joueur du circuit ATP - sous anonymat: « C’est dur de voir des opportunités nous passer sous le nez parce qu’un nom connu fait vendre plus de tickets ».
La fronde financière en toile de fond
La polémique sur le casting cache une autre bataille. Jannik Sinner - Aryna Sabalenka - Jessica Pegula - Coco Gauff et Ben Shelton font pression sur l’USTA depuis plusieurs semaines. Le slogan circule en interne: « Pas d’accord, pas de double mixte ».
Les revendications portent sur la redistribution des revenus et les conditions de retraite. Le prize money total de l’US Open atteint 90 millions de dollars - dont selon plusieurs sources 75 % pour le simple. Le million de dollars du double mixte provient de ce budget global, non d’une ligne dédiée. Les joueurs de premier plan réclament un rééquilibrage.
Le double mixte devient l’arme de négociation. Sans les stars, pas de tribunes pleines. Sans tribunes pleines, pas de justification pour le million de dollars.
Ce que personne ne dit
L’US Open a choisi le spectacle contre le sport. Le porte-parole du tournoi le confirme: « Notre priorité est de proposer le meilleur spectacle possible. La présence de noms iconiques dans le tableau de double mixte permet de remplir les tribunes et d’augmenter l’exposition de cette épreuve, ce qui profite à l’ensemble du tennis ».
Reste à savoir si « l’ensemble du tennis » inclut les joueurs classés entre la 50e et la 150e place mondiale en double - ceux pour qui ce tournoi représentait une chance de revenus.
Ni l’ATP ni la WTA n’ont, à ce jour, communiqué de position officielle sur la composition du tableau.
Le tournoi débute le 24 août. Les négociations financières continuent. Le staff d’un duo star résume l’ambiance: « Nous voulons simplement prendre du plaisir, travailler nos automatismes au filet et offrir un beau spectacle aux fans ».
Sakkari et Khachanov regarderont depuis chez eux.