Var : cinq membres d’une même famille mis en examen pour meurtre de militaires
Cinq membres d’une famille polynésienne installée dans le Var ont été mis en examen le 1er juillet 2026. Trois d’entre eux sont poursuivis pour le meurtre des militaires Jacques Pakeso et Mike Gineste, disparus en 2022 et 2023.
Le procureur de Toulon a confirmé la mise en examen de cinq membres d’une même famille dans le Var. Trois d’entre eux, une mère et ses deux fils, sont accusés du meurtre de deux militaires océaniens disparus. Des ossements humains ont été retrouvés dans les Bouches-du-Rhône après les aveux de l’un des fils.
L’essentiel
- Fait 1 : Cinq membres d’une famille varoise ont été mis en examen et écroués dans le Var pour traite d’êtres humains en bande organisée.
- Fait 2 : Trois d’entre eux (une mère de 52 ans et ses deux fils) sont poursuivis pour le meurtre des militaires Jacques Pakeso (disparu en 2022) et Mike Gineste (disparu en 2023).
- Fait 3 : Des ossements humains ont été découverts dans les Bouches-du-Rhône après les indications de l’un des fils, passé aux aveux.
- Fait 4 : Au moins sept autres victimes d’extorsions, séquestrations et violences physiques ont été identifiées entre 2011 et 2025.
Cinq mises en examen confirmées par le parquet
Le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, a confirmé le 1er juillet 2026 la mise en examen et l’incarcération de cinq membres d’une même famille polynésienne résidant dans le Var. L’information, d’abord rapportée par plusieurs médias locaux, a été officialisée en fin de journée. Selon le parquet, les faits portent sur un vaste réseau de traite d’êtres humains en bande organisée, de séquestrations et de violences.
Parmi ces cinq suspects, trois font l’objet d’une mise en examen supplémentaire pour meurtre : une mère et ses deux fils. Les deux jeunes hommes sont également mis en cause pour des actes de séquestration et violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, bien que le parquet privilégie la qualification de meurtre.
Le média Le Media Politique a évoqué sur X l’hypothèse de six mises en examen, mais le parquet de Toulon en confirme cinq. L’une des filles de la famille, âgée d’une vingtaine d’années, est soupçonnée d’avoir servi d’appât dans le cadre du dispositif criminel, mais elle n’a pas, à ce stade, été mise en examen pour meurtre.
Un mode opératoire rodé : des soirées tahitiennes comme appât
Selon les éléments communiqués par le procureur et relayés par notre source, le clan familial agissait depuis 2011 dans les secteurs de Toulon et Fréjus. Le mode opératoire était systématique : des militaires originaires d’Outre-mer étaient invités à des « soirées tahitiennes » organisées au domicile familial, souvent après les avoir rencontrés en discothèque ou via des connaissances.
Une fois sur place, les victimes, isolées et souvent nouvellement arrivées en métropole, étaient soumises à un scénario bien huilé. Elles étaient droguées, puis dépouillées de leurs papiers d’identité, de leurs cartes bancaires et de leurs économies. Selon le quotidien Var-Matin, les auteurs utilisaient la violence physique et psychologique pour contraindre les jeunes soldats à effectuer des retraits d’argent ou à signer des reconnaissances de dettes. Au moins sept victimes ont été identifiées, mais le parquet estime que le nombre réel pourrait être plus élevé.
La plupart des militaires ciblés étaient des Calédoniens, des Tahitiens ou des Wallisiens, en poste au sein de la Légion étrangère (à Aubagne) ou dans la Marine nationale (à Toulon). Leur éloignement familial et leur méconnaissance des structures d’aide locales les rendaient particulièrement vulnérables.
Les aveux d’un fils et la découverte d’ossements
L’affaire a basculé en mai 2026, lorsque l’un des fils, interpellé pour une extorsion, a commencé à livrer des informations capitales aux enquêteurs de la section de recherches de Marseille. Selon Police et Réalités, il a indiqué que sa mère était l’instigatrice des homicides. « C’est elle qui aurait ordonné l’élimination de deux militaires qui tentaient de s’extirper du réseau », rapporte le site spécialisé.
Suite à ces déclarations, des ossements humains ont été découverts dans les Bouches-du-Rhône, sur un chantier à Marseille. Les analyses ADN sont en cours pour confirmer l’identité des deux disparus : Jacques Pakeso, Calédonien de 24 ans porté disparu en novembre 2022, et Mike Gineste, légionnaire tahitien de 26 ans volatilisé en mars 2023. Selon TNTV News, les familles des deux hommes ont été informées et attendent les résultats avec angoisse.
L’un des fils a confirmé aux enquêteurs que les victimes avaient été tuées à quelques mois d’intervalle, leurs corps transportés puis enterrés dans un lieu isolé. Les circonstances exactes des décès n’ont pas été divulguées, mais le parquet évoque des violences mortelles.
Contexte dans le Var : une affaire qui marque la région
Le Var, département militaire de premier plan avec la base navale de Toulon et le 1er régiment étranger de génie (Aubagne), compte parmi ses habitants une importante communauté ultramarine. Selon l’Insee (données 2022), environ 8 % de la population varoise est née hors de la métropole, dont une part significative en Océanie. Cette affaire met en lumière les fragilités d’un réseau d’entraide communautaire qui a pu être détourné.
Ce n’est pas la première fois que le département est le théâtre d’affaires de traite d’êtres humains : en 2021, un réseau de proxénétisme visant des jeunes femmes originaires de l’océan Indien avait été démantelé à Hyères. Mais l’ampleur des faits et la qualification de meurtre en bande organisée en font l’une des affaires criminelles les plus graves de la décennie dans la région.
Pour la communauté polynésienne du Var, c’est un choc. Plusieurs associations locales, citées par Radio1 Tahiti, appellent à ne pas stigmatiser l’ensemble de la diaspora tout en saluant l’efficacité de l’enquête. « Nous espérons que la vérité sera faite pour les familles des deux soldats », a déclaré le président de l’association Tahiti-Toulon, contacté par Info.fr.
Prochaine étape : identification et poursuites
Les cinq mis en examen ont été placés en détention provisoire. Le juge d’instruction en charge du dossier devra désormais ordonner les expertises complémentaires : identification des ossements, autopsies, confrontations entre les accusés et les sept autres victimes identifiées. Parallèlement, le parquet de Toulon a ouvert une information judiciaire pour traite d’êtres humains en bande organisée, séquestration, violences volontaires et meurtres.
L’audience de mise en accusation est attendue dans les mois à venir. Si les charges sont retenues, la mère et ses deux fils risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Les deux autres membres de la famille, un frère et une sœur, sont mis en examen pour des faits de séquestration et extorsion, mais pas pour homicide.
L’enquête se poursuit également pour identifier d’éventuelles nouvelles victimes. Le parquet a lancé un appel à témoins via sa permanence téléphonique. Toute personne ayant hébergé ou croisé des militaires du Pacifique dans des conditions similaires est invitée à se signaler.
- L’affaire est désormais entre les mains de la justice. Les prochaines semaines seront décisives pour faire la lumière sur ces disparitions qui ont tenu en haleine la communauté ultramarine du Var.
Sources
- Drom'Com : Militaires du Pacifique disparus dans le Var : le parquet de Toulon confirme cinq mises en examen, dont trois pour meurtre
- Marine & Océans : Var : une mère et ses deux fils mis en examen pour le meurtre de deux militaires disparus
- Police et Réalités : Toulon : une mère et son fils mis en cause pour le meurtre de deux militaires hébergés chez eux