Vélos à Paris : un syndicat de police réclame une réglementation

Le porte-parole de la CFTC-Police Axel Ronde dénonce l'impuissance des forces de l'ordre face aux comportements anarchiques des cyclistes parisiens

Infographie sur les infractions cyclistes à Paris : amendes théoriques, contrôles ponctuels et vide réglementaire dénoncé par la CFTC-Police
Infographie sur les infractions cyclistes à Paris : amendes théoriques, contrôles ponctuels et vide réglementaire dénoncé par la CFTC-Police Illustration Nathalie Rousselin / INFO.FR

Un syndicaliste policier lance l'alerte sur les vélos à Paris. Sans cadre réglementaire adapté, impossible de verbaliser. La police elle-même réclame des règles qu'elle n'a pas.

LES ENJEUX
Police sans outils
Les forces de l'ordre disent manquer de base légale pour sanctionner les cyclistes dangereux
Vide réglementaire
Le Code de la route existe mais les contrôles spécifiques aux vélos restent marginaux à Paris
Accidentologie floue
Les chiffres précis des accidents et verbalisations de cyclistes à Paris restent difficiles à obtenir
Cohabitation urbaine
Piétons, automobilistes et cyclistes se disputent un espace public sans arbitrage clair
L'essentiel — les faits vérifiés
  • Axel Ronde (CFTC-Police) réclame des moyens pour faire appliquer les règles existantes aux cyclistes parisiens
  • 88 PV dressés en 2 heures lors d'un contrôle ciblé, selon Le Parisien
  • Le Code de la route s'applique déjà aux vélos mais les contrôles restent ponctuels
  • Les fat bikes dépassant 25 km/h circulent sans cadre juridique clair
  • La Mairie de Paris n'a pas réagi

Axel Ronde parle vite. Il est dimanche, c’est l’antenne de MidiNewsWE, et le président et porte-parole du syndicat CFTC-Police lâche une phrase qui résume tout : « Sans réglementation, les gens font n’importe quoi. » Le sujet, c’est les vélos à Paris. Le ton, c’est celui d’un policier qui décrit non pas un problème de délinquance, mais un problème de droit. Pas assez de règles, donc pas assez de sanctions possibles.

C’est tout.

« 88 PV en deux heures » et puis quoi

La scène a fait le tour des réseaux il y a quelques mois : une opération de contrôle filmée par Le Parisien, 88 procès-verbaux dressés en deux heures à un carrefour parisien , dont, selon le titre de l’article du Parisien, 4 pour excès de vitesse. Feux rouges grillés, sens interdits, trottoirs empruntés à pleine vitesse. Selon Le Parisien, la préfecture aurait annoncé un renforcement des contrôles des cyclistes. La vidéo cumule environ 400 000 vues sur YouTube. On y voit des agents débordés, des cyclistes surpris, quelques-uns qui contestent.

88 PV
dressés en 2 heures lors d'un contrôle ciblé de cyclistes à Paris, dont 4 pour excès de vitesse selon Le Parisien
Source : Le Parisien

Mais ces opérations coup de poing restent ponctuelles. Combien de verbalisations de cyclistes en 2025 à Paris ? Les chiffres manquent. Combien d’accidents impliquant des vélos ? Difficile à ce stade d’obtenir un bilan consolidé. Ce flou statistique, c’est précisément ce que pointe la CFTC-Police : on ne mesure pas un phénomène qu’on ne cadre pas.

Le Code de la route existe, les contrôles non

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Soyons clairs : les cyclistes ne roulent pas dans un vide juridique total. Le Code de la route s’applique aux vélos. Feu rouge, priorité à droite, sens de circulation, tout ça existe sur le papier. Un cycliste qui grille un feu risque en principe 135 euros d’amende, selon le Code de la route. Sur le papier.

Dans la rue, c’est une autre histoire. Sur Reddit, un internaute résume le décalage : « En théorie toutes les routes limitées à 30 sont cyclables à contre-sens désormais, même en l’absence de signalisation. » Une affirmation que confirme le décret du 30 juillet 2008 : dans les zones 30, « toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, sauf dispositions différentes ». Les panneaux « tourne à droite » aux feux, les doubles sens cyclables, les sas vélo : autant de dispositifs qui brouillent la lecture pour les automobilistes, les piétons et les policiers eux-mêmes.

(lire aussi : 88 PV en deux heures dont 4 excès de vitesse : à Paris, « les contrôles des cyclistes vont se renforcer »)

Ce qu’Axel Ronde semble demander, au vu de sa déclaration télévisée, c’est moins de nouvelles lois que des moyens de les appliquer. On peut s’interroger sur le besoin de personnel dédié, de consignes claires, d’un cadre opérationnel. Histoire de ne pas se retrouver, comme le moniteur de jet-ski Bruno Labateux le décrivait dans Le Parisien à propos d’un tout autre sujet, face à « des zones abandonnées par l’État où les gens font ce qu’ils veulent ».

Le parallèle est frappant. Un moniteur de la Fédération française motonautique dans l’Oise et un syndicaliste policier à Paris tiennent le même discours, à cinq ans d’écart : les règles existent, personne ne les fait respecter.

Sans réglementation, les gens font n'importe quoi
Axel Ronde, CFTC-Police
29 mars 2026
Ce sont des zones abandonnées par l'État où les gens font ce qu'ils veulent
Bruno Labateux, moniteur jet-ski
21 août 2021

Le fat bike, nouveau casse-tête

En marge du débat sur les vélos classiques, un autre phénomène inquiète. Les fat bikes, ces vélos électriques aux pneus surdimensionnés capables de rouler à plus de 40 km/h , certains modèles sont annoncés « déverrouillables jusqu’à 50 km/h » selon le site marchand evelostore.fr , envahissent les villes. M6 Info y a consacré un reportage vu près de 24 000 fois. Leur vitesse dépasse largement la limite légale de 25 km/h fixée par le Code de la route pour les vélos à assistance électrique. Du coup, ce ne sont techniquement plus des vélos (ce sont des cyclomoteurs non homologués), mais ils circulent comme des vélos, sans casque, sans immatriculation, sans assurance.

La question que personne ne tranche : qui doit les contrôler, et sur quelle base juridique ?

Ce que ça change pour vous
Le Code de la route s'applique déjà aux cyclistes : feu rouge grillé = 135 €, trottoir emprunté = 135 €, téléphone au guidon = 135 €. Mais sans contrôle régulier, ces amendes restent théoriques.
💡 Consultez les règles sur https://www.service-public.fr

Un silence municipal

La Mairie de Paris n’a pas réagi à la sortie d’Axel Ronde. Contactée, elle n’a pas donné suite. On ignore si la CFTC-Police a formulé des propositions concrètes au-delà de la déclaration télévisée. On ignore aussi quel fait divers ou quel accident récent a motivé cette prise de parole un dimanche.

Ce qu’on sait, c’est que CNEWS a diffusé l’intervention, que la séquence tourne en ligne, et qu’un TikTok de CNews sur les cyclistes alcoolisés impliqués dans des accidents parisiens a dépassé les 2 000 vues selon les données disponibles sur la plateforme.

Le dossier reste ouvert. Axel Ronde a dit sa phrase. La phrase est restée là, comme la lettre de Samira sur la table de la cuisine. Personne n’a répondu.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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