Vincent Cerutti : 6 mois avec sursis et 10 000 € requis pour morsures aux fesses

L'ex-animateur de Danse avec les stars jugé pour deux agressions sexuelles sur une collègue en 2015-2016 à Chérie FM

Vincent Cerutti : 6 mois avec sursis et 10 000 € requis pour morsures aux fesses
Salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris lors d'un procès Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le tribunal correctionnel de Paris a examiné mardi 9 décembre 2025 le cas de Vincent Cerutti, ancien animateur vedette de TF1 et de Chérie FM. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende contre le Manceau de 43 ans, accusé d'avoir mordu à deux reprises les fesses d'une collaboratrice il y a dix ans. Les faits, reconnus par l'intéressé mais contestés dans leur nature sexuelle, révèlent une ambiance de travail qualifiée de "très misogyne" par la victime, Caroline Barel, devenue depuis vice-présidente de l'association MeTooMedia.

L'essentiel

  • Le parquet de Paris a requis mardi 9 décembre 2025 six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende contre Vincent Cerutti pour agression sexuelle sur une collaboratrice
  • Les faits remontent à novembre 2015 et février 2016 dans les locaux de Chérie FM, où l'animateur aurait mordu à deux reprises les fesses de Caroline Barel, laissant un hématome impressionnant
  • Vincent Cerutti reconnaît la première morsure mais conteste toute connotation sexuelle, évoquant un prétendu "jeu d'équipe" appelé "Tout cul tendu mérite son dû"
  • La procureure a qualifié ces morsures de "connotation sexuelle évidente" visant "exclusivement une partie intime", rejetant l'argument de la défense
  • Le jugement sera rendu le 4 février 2026, dans un contexte post-MeToo où la justice française redéfinit les limites du comportement acceptable en milieu professionnel

Mardi 9 décembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a entendu les réquisitions du parquet dans une affaire qui replonge le monde de l’audiovisuel français dans ses zones d’ombre. Vincent Cerutti, 43 ans, figure familière du petit écran pour avoir animé l’émission Danse avec les stars sur TF1 et la matinale de Chérie FM, comparaissait pour agression sexuelle sur une ancienne collègue. Selon Europe 1, le ministère public a requis six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende, une peine bien inférieure aux cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende théoriquement encourus.

Une agression « comme un chien enragé » dans les locaux de la radio

Les faits remontent à novembre 2015, dans les coulisses de Chérie FM, radio du groupe NRJ où Vincent Cerutti animait alors la matinale. Caroline Barel, standardiste à l’époque, raconte avoir été victime d’une première morsure particulièrement violente. Comme le rapporte Actu.fr, elle témoigne devant le tribunal, « très émue », expliquant que l’animateur l’a « mise au sol », « les mains derrière le dos », avant de la mordre à la « fesse gauche ». La jeune femme avait crié de douleur avant l’intervention d’un collègue pour mettre fin à la scène.

Dans son témoignage devant la commission d’enquête de l’Assemblée sur les violences dans l’audiovisuel, Caroline Barel avait décrit une situation préoccupante :

« Il avait l’habitude de mordre les fesses de ses collaboratrices. Je l’avais prévenu qu’il n’était pas question qu’il me touche »

, avant d’ajouter qu' »en 2015, alors que je ne m’y attendais pas, il s’est acharné comme un chien enragé sur mon fessier ». Le dossier comprend la photographie d’un hématome que le président du tribunal a qualifié de « assez impressionnant ».

Un « jeu d’équipe » selon la défense, une « connotation sexuelle évidente » pour le parquet

Face aux accusations, Vincent Cerutti, veste grise et pantalon noir à la barre, adopte une ligne de défense qui a suscité la perplexité dans la salle d’audience. L’animateur originaire du Mans reconnaît la première morsure mais conteste formellement toute violence ou « connotation sexuelle ». Il évoque l’existence d’un prétendu « jeu d’équipe » baptisé « Tout cul tendu mérite son dû », consistant à donner une « petite fessée » ou mordre un collègue qui se penchait, « mais sans l’intention de faire mal ». Une comparaison avec le jeu « chat-bite » qui n’a guère convaincu le tribunal.

La procureure a balayé cette argumentation dans son réquisitoire. Selon Actu.fr, elle a déclaré :

« Ces deux morsures ont une connotation sexuelle évidente »

, rappelant qu’elles visaient « exclusivement » « une partie intime », les fesses de la plaignante. Le ministère public a souligné qu’une seconde agression aurait eu lieu en février 2016, lors d’une séance photo après la matinale destinée aux réseaux sociaux, morsure que Vincent Cerutti conteste cette fois catégoriquement.

« On est avant MeToo » : une prise de conscience tardive

L’audience a mis en lumière l’évolution des mentalités dans le monde professionnel français. Caroline Barel, aujourd’hui vice-présidente de l’association MeTooMedia, a rappelé le contexte de l’époque : « On est avant MeToo, je ne sais pas ce que c’est une agression sexuelle ». Elle décrit une ambiance « très misogyne » au sein de la matinale de Chérie FM, où elle n’était pas la seule à avoir été mordue par l’animateur. Face à ces accusations, Vincent Cerutti affirme avoir lui-même été mordu, notamment par Caroline Barel, une version que la partie civile a immédiatement démentie : « Il n’y a que Monsieur Cerutti qui mord ».

L’animateur, qui se revendique « féministe », a exprimé sa « honte d’avoir joué à ce jeu ridicule » tout en jugeant « impossible » d’être l’auteur d’une agression sexuelle. Il a tenté de minimiser les faits en évoquant le caractère de son émission : « On n’est pas sur France Inter », a-t-il lancé, expliquant animer une émission « pour divertir ». Un argument qui n’a pas pesé lourd face au témoignage de Caroline Barel racontant que Vincent Cerutti s’était vanté auprès de l’équipe d’avoir réussi à la mordre, elle qui avait « toujours dit non ».

Un verdict attendu pour février 2026

Le tribunal correctionnel de Paris a mis l’affaire en délibéré et rendra sa décision le 4 février 2026. Cette date donnera l’occasion de mesurer comment la justice française appréhende désormais les comportements qualifiés d’agressions sexuelles dans le monde du travail, particulièrement dans le secteur des médias où les révélations se sont multipliées depuis le mouvement MeToo. La peine requise de six mois avec sursis et 10 000 euros d’amende, si elle est prononcée, marquera-t-elle un tournant dans la reconnaissance de ces violences longtemps banalisées sous couvert de « blagues » ou de « jeux d’équipe » ?

Pour Caroline Barel, qui a témoigné les larmes aux yeux devant le tribunal, l’enjeu dépasse son cas personnel. Comme elle l’a confié lors de son audition, elle ne pouvait « absolument pas bouger » lors de l’agression, et « la seule chose » qu’elle avait, c’était son « cri ». Un cri qui, dix ans plus tard, trouve enfin une oreille attentive dans les prétoires de la République. L’issue de ce procès dira si la justice française est prête à sanctionner fermement des comportements qui, hier encore, étaient trop souvent tolérés dans l’univers impitoyable de l’audiovisuel.

Sources

  • Europe 1 (10 décembre 2025)
  • Actu.fr (10 décembre 2025)
  • Commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les violences dans l'audiovisuel
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.