Algérie : après l’élimination au Mondial 2026, la FAF entre diagnostic et angles morts
Le président de la FAF dresse un bilan de l'élimination face à la Suisse sans aborder les décisions qui ont précipité l'échec
Huit jours après l'élimination face à la Suisse (0-2), le président de la FAF Walid Sadi a présenté son bilan. Entre reconnaissance de l'échec et célébration du retour en phase finale
- L'Algérie éliminée 0-2 par la Suisse en huitièmes de finale le 3 juillet 2026, après douze ans d'absence en phase finale
- Walid Sadi présente un diagnostic huit jours après l'échec, parle de reconstruction mais évite les décisions controversées
- Les commentaires d'après-match de Morandi et Mahrez qualifiés de « lunaires » « on a mis la Suisse en difficulté »
- Prolongation de Petkovic jusqu'en juillet 2028 sans consultation du bureau fédéral, négociations de rupture en cours
- Le 10 juin 2026, la FIFA dénonce publiquement l'Algérie avec une chaise vide lors d'une conférence au stade Azteca
Walid Sadi - président de la Fédération Algérienne de Football depuis 2023 et ministre des Sports depuis 2024 - a présenté le 11 juillet 2026 son diagnostic de la participation algérienne à la Coupe du Monde 2026. Première réunion du bureau fédéral au Centre technique national de Sidi Moussa depuis l’élimination face à la Suisse, le 3 juillet - sur le score de 0-2.
Le constat officiel: résultats « en deçà des attentes des supporters » . La FAF reconnaît l’échec, tout en saluant le retour en Coupe du Monde après douze ans d’absence - qualifié d’« étape importante dans le processus de reconstruction du football national » . Une lecture qui tente de relativiser la sortie précoce en huitièmes de finale.
Cette juxtaposition n’est pas une simple nuance de langage: elle révèle une contradiction narrative assumée. D’un côté, l’aveu d’un échec sportif; de l’autre, la célébration de la simple participation comme une victoire. Comme si la FAF voulait satisfaire à la fois les supporters en colère et les institutions qui ont porté ce Mondial à bout de bras. Mais ce double discours ne convainc pas: comment qualifier d’« étape importante » un tournoi soldé par une élimination sans un seul but marqué en match à élimination directe?
Les déclarations lunaires d’après-match
Le terme « commentaire lunaire » n’a pas été prononcé par le président algérien Abdelmadjid Tebboune - mais par l’entraîneur adjoint Davide Morandi et le capitaine Riyad Mahrez juste après la défaite 0-2 contre la Suisse. Morandi affirme que l’équipe a « mis en difficulté la Suisse » et invite à ne pas voir « uniquement le négatif » . Mahrez estime que le match était « à notre portée » et que les Verts n’ont « pas démérité » , malgré les erreurs ayant conduit aux buts adverses.
Nabil Djellit a qualifié ces déclarations de « totalement lunaires » ou « hors sol » . Une dissonance narrative qui a cristallisé les critiques: comment prétendre avoir inquiété la Suisse quand le score final et la physionomie du match racontent une tout autre histoire?
Petkovic prolongé à la hâte, la décision qui interroge
Walid Sadi a prolongé le contrat de Vladimir Petkovic jusqu’en juillet 2028 - avec revalorisation salariale, peu avant le départ pour la Coupe du Monde. Une décision qualifiée de « démarche risquée » et prise sans consultation du bureau fédéral, selon Romain Molina.
Aujourd’hui, l’avenir de Petkovic est incertain. Des négociations financières complexes sont en cours pour une rupture de contrat. La FAF a initialement proposé deux mois de salaire en indemnités - mais Petkovic réclamerait une somme bien plus élevée. Le coût de l’improvisation.
Ce que personne ne dit: le timing politique du diagnostic
Cette réunion du 11 juillet intervient huit jours après l’élimination. Entre-temps, un événement a secoué le régime algérien: le 10 juin 2026 - à la veille de l’ouverture du Mondial, le président de la FIFA a laissé une chaise vide lors d’une conférence de presse au stade Azteca à Mexico - dénonçant publiquement l’Algérie comme le seul pays au monde à emprisonner un journaliste sportif . Une humiliation planétaire.
Ce geste a porté un coup sévère à la crédibilité internationale de la FAF et du pays. Alors que l’Algérie espérait utiliser le Mondial comme vitrine diplomatique, la FIFA a choisi de la stigmatiser en direct. Depuis, aucune déclaration officielle n’a permis de restaurer l’image du football algérien à l’étranger. La réunion du 11 juillet n’a pas non plus abordé cet épisode, pas plus qu’elle n’a proposé de stratégie de réhabilitation.
Le président Abdelmadjid Tebboune avait pourtant multiplié les gestes avant le tournoi: félicitations officielles le 9 octobre 2025 après la qualification 3-0 contre la Somalie - réception de l’équipe pour la motiver - accueil du trophée original de la Coupe du Monde en février 2026. Le fiasco sportif est aussi un revers politique.
Walid Sadi cumule depuis 2024 les fonctions de président de la FAF et de ministre des Sports. Cette double casquette complique toute évaluation indépendante: qui contrôle quoi? La FAF promet des « réformes en matière de gouvernance, de formation et d’infrastructures » , tout en condamnant les « campagnes de désinformation, les attaques personnelles et les discours de haine » . Une posture défensive qui évacue l’autocritique.
Les voix critiques pointent les angles morts
Romain Molina - accusé la FAF de mauvaise gestion, d’absence de cadre professionnel et de privilégier les intérêts personnels . Il pointe les lacunes structurelles et les tensions internes. Certains articles mentionnent que le président Tebboune aurait refusé d’autres candidats, comme Hervé Renard.
La FAF s’est associée à d’autres fédérations pour déposer une plainte conjointe dénonçant des propos d’Aleksander Čeferin - concernant l’élargissement de la Coupe du Monde et la minimisation de l’importance de certains matchs. Une offensive diplomatique qui détourne l’attention du bilan sportif.
Le paradoxe algérien
L’Algérie avait mis fin à douze ans d’absence sur la scène mondiale. Une qualification arrachée 3-0 contre la Somalie qui a déclenché l’euphorie. Le président Tebboune avait même affirmé que toutes les conditions avaient été réunies pour un grand parcours .
Résultat: élimination au premier tour à élimination directe, commentaires déconnectés du staff technique, et un président de fédération-ministre qui dresse un bilan en évitant les décisions qu’il a lui-même prises. La FAF se dit ouverte aux « critiques constructives » , mais le diagnostic présenté le 11 juillet ne répond à aucune des questions soulevées par l’échec.
Aucune source consultée ne détaille le processus de recrutement ni les critères de prolongation de Petkovic. Ce que les sources ne disent pas: quel processus de recrutement a mené au choix de Petkovic? Qui a validé sa prolongation anticipée? Quels critères objectifs ont été retenus? Pourquoi aucun bilan intermédiaire n’a été communiqué entre la qualification et le Mondial? L’absence de réponses à ces questions élémentaires de gouvernance sportive est le vrai diagnostic de cet échec.