Washington impose de nouveaux droits de douane à 60 pays, Paris concerné
L'administration Trump instaure des tarifs de 10 à 12,5 % sur 99 % des importations américaines, au nom de la lutte contre le travail forcé
À compter de ce 24 juillet 2026, les États-Unis appliquent de nouveaux droits de douane sur les importations de 60 partenaires économiques, dont la France via l'Union européenne. Une décision qui ravive les tensions commerciales transatlantiques.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Des droits de douane de 10 à 12,5 % s'appliquent depuis le 24 juillet 2026 aux importations de 60 pays, dont la France via l'UE.
- La mesure couvre 99,4 % des importations américaines et remplace des tarifs temporaires expirés le même jour.
- Washington invoque la section 301 du Trade Act de 1974 et justifie les tarifs par la lutte contre le travail forcé.
- Des exemptions concernent le pétrole, le gaz, les engrais et certains produits de l'accord USMCA.
- L'Australie, le Japon et l'Union européenne ont critiqué ces mesures qu'ils jugent injustifiées.
L’administration Trump a déclenché une nouvelle salve tarifaire ce 24 juillet. Des droits de douane complémentaires de 10 à 12,5 % s’appliquent désormais aux importations en provenance de 60 économies, selon l’annonce faite mercredi 23 juillet par le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer. La mesure couvre environ 99 % des importations totales des États-Unis, selon les données publiées par l’USTR.
Parmi les pays visés figurent la Chine, l’Union européenne - et donc la France - , le Japon, le Canada, le Mexique, l’Australie et le Royaume-Uni. Cette décision remplace ou prolonge des tarifs temporaires de 10 % arrivés à expiration le même jour.
Un cadre juridique de contournement
Pour justifier ces nouveaux droits, Washington invoque la section 301 du Trade Act de 1974, un mécanisme qui permet à l’exécutif américain d’imposer des sanctions commerciales en cas de pratiques jugées déloyales. Le représentant au Commerce met en avant la lutte contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, selon les termes du communiqué officiel.
Cette stratégie juridique intervient après que la Cour suprême a invalidé des mesures tarifaires précédentes fondées sur d’autres bases légales. En mobilisant la section 301, l’administration Trump contourne ce blocage judiciaire et maintient une pression tarifaire généralisée, comme le rapporte Boursorama.
Des exemptions sectorielles stratégiques
Malgré la portée massive de ces tarifs, certains secteurs échappent à la taxation. Le pétrole, le gaz naturel, les engrais et plusieurs produits couverts par l’accord USMCA (États-Unis-Mexique-Canada) bénéficient d’exemptions, selon CBS News. Ces dérogations visent à limiter l’impact sur l’économie américaine, particulièrement dans les domaines énergétique et agricole où les importations restent vitales.
Les entreprises importatrices disposent également de procédures d’exclusion pour certains produits, mais les critères restent flous et soumis à l’appréciation discrétionnaire de l’USTR.
Réactions diplomatiques tendues
L’annonce a suscité des réactions immédiates de plusieurs alliés historiques des États-Unis. L’Australie et le Japon ont officiellement critiqué ces mesures, les qualifiant respectivement d’injustifiées et de décevantes, selon L’Orient-Le Jour. L’Union européenne n’a pas encore formalisé de réponse commerciale, mais Bruxelles a exprimé par le passé sa ferme opposition à toute escalade tarifaire unilatérale.
Ces tensions s’ajoutent à un contexte déjà fragilisé par les disputes commerciales récurrentes entre Washington et ses partenaires, notamment sur l’acier, l’aluminium et les produits agricoles. Le Royaume-Uni, également touché, pourrait voir ses négociations commerciales post-Brexit avec les États-Unis compliquées.
Contexte international : une stratégie protectionniste assumée
Ces nouveaux droits de douane s’inscrivent dans la continuité de la politique commerciale de Donald Trump, caractérisée par un protectionnisme affirmé et une utilisation intensive des outils tarifaires. Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a multiplié les mesures visant à réduire le déficit commercial américain, estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars.
La justification par la lutte contre le travail forcé reste contestée par plusieurs observateurs, qui y voient avant tout un prétexte pour renforcer la production nationale et peser sur les négociations commerciales bilatérales. Selon France 24, cette rhétorique humanitaire permet à Washington de présenter ses tarifs comme une réponse éthique, plutôt que comme une simple guerre commerciale.
La Chine, première cible de ces mesures, fait face à des droits cumulés qui n’atteignent pas les 30 % sur de nombreux produits manufacturés. Pékin n’a pas encore réagi officiellement à cette nouvelle salve, mais des représailles sont attendues dans les semaines à venir.
Impact sur les entreprises françaises
Pour les exportateurs français, ces tarifs s’ajoutent aux droits existants et compliquent l’accès au marché américain. Les secteurs du luxe, de l’agroalimentaire et de l’aéronautique, déjà soumis à des régulations strictes outre-Atlantique, devront absorber ces surcoûts ou réviser leurs prix.
Les entreprises tricolores exportant vers les États-Unis représentent plusieurs milliards d’euros d’échanges annuels. Une partie de ces flux pourrait être réorientée vers d’autres marchés si les coûts deviennent prohibitifs, au risque de peser sur l’emploi dans les bassins industriels français tournés vers l’export.
Le gouvernement français n’a pas encore communiqué de position officielle, mais Paris devrait s’aligner sur la stratégie européenne de réponse, qui pourrait inclure des droits de rétorsion ou un recours devant l’Organisation mondiale du commerce.
Prochaine étape
L’Union européenne doit se réunir dans les prochains jours pour coordonner une réponse commune. Bruxelles pourrait activer des mécanismes de contre-mesures tarifaires ou engager une procédure de règlement des différends à l’OMC, bien que cette instance reste affaiblie par le blocage américain de son organe d’appel.