Wimbledon : faut-il abandonner le cinquième set ?
Rennae Stubbs propose un format en quatre sets avec tie-break décisif après le marathon Djokovic-Auger-Aliassime
Rennae Stubbs, ex-coach de Serena Williams, propose de passer au best-of-four avec tie-break décisif. Après le quart marathon de Djokovic à Wimbledon 2026, le débat sur la durée des matchs masculins s'intensifie.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Fatigue des joueurs vétérans
À 39 ans, Djokovic s'est effondré après un quart marathon. Le format actuel pénalise les carrières longues.
Attractivité pour les jeunes
Des matchs de 5h rebutent les nouvelles générations habituées aux formats courts. Les diffuseurs poussent au changement.
Tradition vs modernité
Le best-of-5 existe depuis 1877 à Wimbledon. Y toucher, c'est remettre en cause l'ADN du tournoi.
Égalité hommes-femmes
Certains veulent allonger les matchs féminins à 5 sets, d'autres raccourcir les matchs masculins à 3 sets. Le débat divise.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1877
Création du best-of-5
Wimbledon instaure le format en cinq sets pour les messieurs dès la première édition
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2010
Match de 11 heures
Isner bat Mahut après le plus long match de l'histoire : 11 heures de jeu
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2019
Tie-break à 12-12
Wimbledon introduit un tie-break au 5e set à 12-12 pour éviter les marathons
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mars 2022
Super tie-break à 6-6
Tous les Grands Chelems adoptent le tie-break de 10 points à 6-6 au set décisif
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2023
Double en best-of-3
Le double masculin à Wimbledon passe au format en trois sets
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juil. 2026
Proposition Stubbs
Après le quart marathon Djokovic-Auger-Aliassime (5h15), Stubbs réclame un best-of-4
Le Central Court de Wimbledon, 11 juillet 2026. Novak Djokovic vient de battre Felix Auger-Aliassime après cinq heures et quinze minutes de combat. Le plus long quart de finale de l’histoire du tournoi. Deux jours plus tard, le Serbe de 39 ans s’écroule en demi-finale face à Jannik Sinner: 6-4, 6-4, 6-4. Trois sets secs. Le corps ne suit plus.
Depuis son podcast en juillet - Rennae Stubbs - ancienne coach de Serena Williams et ex-numéro 1 mondiale en double - pilonne. « Je pense qu’un équilibre pourrait être le best-of-four. Si on arrive à deux sets partout, on joue un tie-break de 10 points. » Sa proposition: abandonner le cinquième set, passer à quatre manches maximum, trancher au super tie-break en cas d’égalité 2-2.
Un format qui date de 1877
Le best-of-five pour les hommes en Grand Chelem, c’est une religion. Wimbledon l’applique depuis 1877 - dès la première édition. L’argument: l’endurance, la résistance mentale, la capacité à rebondir après deux sets perdus. Le tennis dans sa forme la plus pure, disent les puristes. Le problème: personne n’avait prévu que les joueurs joueraient aussi longtemps, aussi fort, aussi vieux.
En 2010 - John Isner et Nicolas Mahut ont disputé un match de 11 heures au premier tour. Le tournoi a fini par réagir: en 2019 - un tie-break est introduit à 12-12 au cinquième set. Depuis mars 2022 - tous les Grands Chelems appliquent un super tie-break de 10 points dès 6-6 au set décisif. Mais ça ne suffit pas à Stubbs. Ce qu’elle veut, c’est couper un set entier.
Djokovic, le corps qui lâche
Stubbs pointe le cas Djokovic. « Est-ce parce qu’il a 39 ans? Probablement. » Le Serbe a survécu au marathon du quart, mais il est arrivé vidé en demie.
L’argument de Stubbs: à partir des quarts ou des demies - le format actuel pénalise les vétérans et favorise les machines physiques. « On pourrait garder le best-of-five pour les quarts et les demies, mais dès qu’on arrive à deux sets partout, on joue un tie-break de 10 points. » Un compromis entre tradition et modernité. Entre spectacle et survie.
Ce que personne ne dit: le double a déjà cédé
Les défenseurs du best-of-five oublient un détail: Wimbledon a déjà raccourci. En 2023 - le double masculin est passé au best-of-three. Sans scandale, sans pétition, sans débat national. Le tournoi a simplement acté que trois sets suffisaient pour le double. Pourquoi le simple masculin serait-il intouchable?
Autre précédent: entre 1984 et 1998 - la finale des WTA Tour Finals se jouait en cinq sets. Les femmes ont déjà testé le format long. Elles sont revenues au best-of-three. Pas par faiblesse physique, mais par pragmatisme: le calendrier ne permet plus les marathons.
Le camp d’en face: « Ne touchez à rien »
Billie Jean King et John Lloyd vont plus loin: ils proposent de réduire les matchs masculins à trois sets pour « minimiser les blessures et améliorer le bien-être des joueurs ». John McEnroe suggère un tie-break après quatre sets - « un compromis pour rendre le sport plus accessible aux téléspectateurs ».
À l’inverse, Craig Tiley - directeur de l’Open d’Australie, défend l’idée que les femmes jouent en cinq sets dans les phases finales. Greg Rusedski partage cette vision. Le débat est ouvert dans les deux sens: raccourcir pour les hommes, allonger pour les femmes.
Le vrai enjeu: la télé et les jeunes
Patrick Mouratoglou pointe le cœur du problème: « Le tennis est perçu comme trop long, et un format raccourci pourrait attirer un public plus jeune et moins patient. » Les diffuseurs ne veulent plus de matchs à rallonge qui décalent les programmes. Les jeunes ne regardent plus des matchs de cinq heures.
Wimbledon a compris le message. En 2025 - l’arbitrage électronique (Live ELC) remplace les juges de ligne. En 2026 - la révision vidéo arrive sur six courts - sans limite de défis. Le tournoi se modernise partout, sauf sur la durée des matchs. Paradoxe.
Wimbledon ne bougera pas (encore)
Pour 2026, rien ne change. Les finales de simple commencent à 16h - les finales de double à 13h. La dotation grimpe de 20 % - à 64,2 millions de livres. Le tournoi investit dans la tech, dans les prix, dans le confort. Pas dans la réforme du format.
Stubbs ne lâche rien. Elle sait que les marathons finiront par faire plier le All England Club.
