À Wimbledon, les stars du tennis limitent leurs conférences de presse pour protester contre le prize money
Les joueurs ATP et WTA réduisent leurs obligations médiatiques à 15 minutes lors de la première semaine du Grand Chelem londonien, une action symbolique pour réclamer une meilleure redistribution des revenus.
Mouvement inédit à Wimbledon les têtes d'affiche du tennis mondial limitent leurs conférences de presse à 15 minutes pour dénoncer la part des revenus reversée aux joueurs. Une action qui fait suite à celle entamée à Roland-Garros en mai dernier.
L’essentiel
- Fait 1 : Depuis le 24 juin 2026, les joueurs ATP et WTA limitent leurs conférences de presse à 15 minutes lors de la première semaine de Wimbledon.
- Fait 2 : Cette durée symbolise le pourcentage des revenus des tournois du Grand Chelem reversé aux joueurs, estimé à environ 15 %.
- Fait 3 : La dotation 2026 de Wimbledon atteint un record de 64,2 millions de livres sterling (+20 %), mais ne représente que 14,4 % des recettes prévues du tournoi (444,8 millions de livres).
- Fait 4 : Les joueurs réclament une part de 16% dès 2027 et 22% d’ici 2030, en ligne avec les autres tournois ATP/WTA.
Le All England Club vit une première semaine de tournoi sous tension. Depuis mercredi 24 juin, les stars du tennis mondial ont décidé de réduire leurs obligations médiatiques d’après-match à exactement un quart d’heure. Une action collective inédite, qui fait suite à celle menée à Roland-Garros en mai dernier, et qui a pour but de faire pression sur les organisateurs des tournois du Grand Chelem pour une meilleure répartition des revenus.
Ce qui s’est passé à Wimbledon
Depuis le début du tournoi londonien, les conférences de presse des principaux tennismans et tenniswomen sont chronométrées. Après chaque match, les joueurs ne répondent plus aux questions des journalistes que pendant 15 minutes, ni plus ni moins. Cette décision a été annoncée le 24 juin par des représentants des circuits ATP et WTA, selon l’agence Associated Press. Les noms d’Aryna Sabalenka, Jannik Sinner ou encore Iga Swiatek - déjà à la manœuvre à Roland-Garros - sont cités comme moteurs de cette action, bien que tous n’aient pas pris la parole publiquement.
« Les têtes d’affiche du tennis mondial ont décidé de limiter à un quart d’heure leurs conférences de presse », confirmait RMC Sport sur X. Un geste que les joueurs qualifient de « mesure de rétorsion nécessaire » face à ce qu’ils estiment être une redistribution insuffisante des bénéfices des tournois majeurs.
La symbolique des 15 %
Ce chiffre de 15 minutes n’a pas été choisi au hasard. Il correspond au pourcentage estimé des revenus des Grands Chelems qui retourne aux joueurs. Selon la BBC, les athlètes dénoncent une part qui stagne autour de 14-15 % des recettes totales, bien en deçà de ce qui se pratique lors des tournois ATP et WTA classiques - où elle peut atteindre 20 à 25 %. Wimbledon, pour sa part, a annoncé une dotation record de 64,2 millions de livres sterling (environ 74 millions d’euros), en hausse de 20 % par rapport à 2025. Mais les représentants des joueurs rétorquent, chiffres du Financial Times à l’appui, que ce montant ne représente que 14,4 % des 444,8 millions de livres de revenus prévus par le tournoi en 2026.
Les revendications sont claires : une hausse immédiate à 16 % du prize money, et une trajectoire fixée à 22 % d’ici 2030. « On ne demande pas la lune, juste une part équitable de ce que l’on génère », résumait une source proche des joueurs sous couvert d’anonymat. Les vainqueurs du simple messieurs et dames empocheront 3,6 millions de livres (4,2 millions d’euros), tandis que les éliminés au premier tour devront se contenter de 80 000 livres.
La réaction des instances
Du côté de l’All England Lawn Tennis Club (AELTC), la déception est palpable. La présidente Deborah Jevans s’est dite « surprise et déçue » par cette action, estimant que le pourcentage des revenus n’est pas le bon indicateur pour mesurer l’effort financier consenti. « Nous avons augmenté la dotation de 20 % en un an, c’est du jamais-vu », a-t-elle rappelé à la BBC. L’instance souligne également les investissements dans les infrastructures et la promotion du tennis, qui pèsent aussi dans le budget.
Novak Djokovic, qui n’a pas participé directement à l’action - mais en soutient le principe - , a appelé au dialogue. « Je comprends la frustration de mes collègues. Il faut que les tournois comprennent que sans nous, il n’y a pas de spectacle », a-t-il glissé après son premier tour.
Contexte dans le département de Paris
Si Wimbledon se joue à Londres, l’épicentre de cette grogne se trouve à Paris. C’est en effet lors de Roland-Garros, porte d’Auteuil, que le mouvement a pris forme en mai 2026. La Porte d’Auteuil, dans le 16e arrondissement, a vu les mêmes joueurs - Sinner, Swiatek, Sabalenka - limiter déjà leurs échanges avec la presse. Paris, qui accueille chaque année l’un des quatre tournois du Grand Chelem, est donc directement concerné par ce rapport de force. Les clubs de la région parisienne, nombreux à former les futurs champions, observent avec attention ces négociations qui pourraient redéfinir le modèle économique des tournois majeurs. Selon une source à la Fédération française de tennis, « les joueurs français suivent de près, même s’ils ne sont pas en première ligne. La question de la redistribution concerne tout le circuit. »
Le précédent de Roland-Garros 2026, où les stars avaient déjà réduit leurs obligations médias, avait créé une première brèche. Aujourd’hui, Wimbledon amplifie la pression à l’approche de l’US Open d’août.
Prochaine étape : le dialogue s’ouvrira-t-il ?
Cette action collective est prévue pour durer au moins la première semaine du tournoi. Les joueurs n’ont pas exclu de la prolonger si leurs revendications n’étaient pas entendues. Du côté des instances, on appelle au calme, mais sans promesse ferme de renégociation. Déborah Jevans a indiqué que les discussions se poursuivraient « de manière constructive » avec les représentants des joueurs. L’US Open, en août, pourrait être le prochain théâtre d’une escalade si rien n’évolue.
Prochaine étape : voir si le dialogue s’ouvre ou si d’autres tournois emboîtent le pas. En attendant, les conférences de presse de Wimbledon durent exactement un quart d’heure - pas une minute de plus.
Sources
- BBC Sport : Wimbledon 2026: Players limit press conferences to 15 minutes in prize money protest
- Financial Times : Wimbledon prize money hits record £64.2m but player share falls
- Associated Press : Top tennis players cut press conferences to 15 minutes at Wimbledon
- Front Office Sports : Tennis Players Limit Press at Wimbledon in Prize Money Protest