Yannick Hanfmann, le tennisman qui n’entend qu’à 60 %
L'Allemand évolue sur le circuit ATP depuis 2018 avec une surdité partielle congénitale que personne ne voit
Malentendant depuis la naissance, Yannick Hanfmann évolue au plus haut niveau du tennis sans jamais porter d'appareil auditif sur le court.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Adaptation sensorielle extrême
Refuser ses appareils auditifs sur le court pour éviter une surcharge sensorielle : Hanfmann a développé une stratégie de compensation unique, transformant parfois son handicap en avantage psychologique face au bruit des tribunes.
Parcours atypique vers le tennis
Contraint d'abandonner le football à cause de sa surdité, Hanfmann a trouvé dans le tennis un sport où le visuel prime sur l'auditif. Un basculement de carrière dicté par le handicap.
Représentation des handicaps invisibles
Avec Jenson Brooksby (autisme) et Gaël Monfils (maladie de Crohn), Hanfmann fait partie d'une génération d'athlètes qui rendent visibles des handicaps longtemps tus dans le sport professionnel.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1991
Naissance avec surdité partielle
Yannick Hanfmann naît le 13 novembre 1991 avec une déficience auditive congénitale.
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1996
Débuts au tennis
Il commence le tennis à cinq ans après avoir abandonné le football, sport où il n'entendait plus les consignes.
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2018
Entrée dans le top 100 ATP
Hanfmann entre pour la première fois dans le top 100 mondial après son parcours universitaire aux États-Unis.
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2019
Roland-Garros face à Nadal
Son handicap devient un sujet public lors de son match contre Rafael Nadal au premier tour.
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2023
45e mondial
Il atteint son meilleur classement en carrière : 45e joueur mondial le 3 juillet.
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2026
Premier titre ATP en double
Il remporte l'Open de Stuttgart en double avec Jan-Lennard Struff et enregistre sa 100e victoire en carrière à Halle.
Le court central de Roland-Garros. Quinze mille spectateurs. Le bruit monte comme une vague. Yannick Hanfmann sert face à Rafael Nadal. C’était en 2019. Personne dans les tribunes ne savait qu’il n’entendait qu’à 60 % de ce que captent des oreilles sans déficience.
Yannick Hanfmann, 51e mondial - mesure 1,93 m. Né le 13 novembre 1991 - il est malentendant de naissance. Une surdité partielle qu’il n’a jamais cachée mais qui reste invisible. Pas d’appareil sur le court. Pas de geste qui trahit. Juste un monde « un peu plus silencieux » - comme il le dit lui-même.
Le football, puis le silence
Avant le tennis, il voulait être footballeur. Il jouait à Karlsruhe. Puis un jour, il a arrêté d’entendre les consignes de l’entraîneur. Les cris des coéquipiers se perdaient dans le vide. « À un moment donné, j’ai arrêté d’entendre mes coéquipiers crier et les consignes des entraîneurs. C’est complètement différent au tennis, où je vois mes adversaires. Cela simplifie énormément les choses » - a-t-il expliqué dans une interview à Tennis Magazine en Allemagne.
Cette transition du football au tennis n’était pas un choix, c’était une nécessité. Le football est un sport de communication verbale constante: appels de balle, couverture défensive, changements tactiques criés depuis le banc. Hanfmann vivait dans un décalage permanent. Quand ses coéquipiers appelaient la passe, il ne l’entendait pas. Quand l’entraîneur hurlait une consigne, le son lui parvenait déformé, trop tard. Le tennis a tout changé: un adversaire visible à quelques mètres, une balle qu’on suit des yeux, un arbitre qu’on prévient avant le match. Pas de voix perdues dans le vent. Hanfmann a commencé le tennis à cinq ans. Il n’est jamais revenu en arrière.
En 2018 - il entre dans le top 100. En 2023 - il atteint son meilleur classement: 45e mondial. Aujourd’hui, il est 51e.
Pas d’appareil, une surcharge sensorielle
Sur le court, Hanfmann ne porte jamais ses appareils auditifs. La raison est technique autant que sensorielle. « Jouer avec mes appareils sur le court aurait provoqué une surcharge du système. C’est aussi un son complètement différent, la balle ne résonne pas de la même façon sur la raquette ». Ce qu’il décrit là, c’est une saturation: la sueur fait glisser les embouts, le bruit ambiant amplifié devient une agression, et surtout, le son de la balle, ce repère tactile essentiel pour tout joueur, perd sa texture. Au tennis, le claquement de la balle sur le cordage indique la qualité de frappe, la trajectoire, la puissance. Avec un appareil, ce son devient artificiel, métallique. Hanfmann préfère l’entendre à 60 % de façon naturelle que déformé à 100 %. Il ne peut pas jouer cinq heures avec.
Alors il s’adapte. Avant chaque match, il prévient l’arbitre de chaise. « Je dois seulement le préciser aux arbitres de chaise pour qu’ils parlent plus fort lorsqu’ils s’adressent à moi ». Le reste, il le gère seul. Parfois, il y voit même un avantage: « Parfois, c’est même utile, car je n’entends pas tout ce qui se passe autour du court. Un court central rempli de spectateurs ne m’affecte pas ».
Ce que les autres ne voient pas
Le tennis professionnel compte d’autres handicaps invisibles. Jenson Brooksby est devenu en 2025 le premier athlète ouvertement autiste à remporter un titre ATP. Gaël Monfils a été diagnostiqué avec la maladie de Crohn à 14 ans.
Ces parcours posent une question rarement soulevée: combien d’athlètes de haut niveau évoluent avec des handicaps que les spectateurs ne voient jamais? Dans le sport professionnel, la norme implicite reste celle du corps valide, performant, sans faille. Les handicaps invisibles, qu’ils soient neurologiques, digestifs, ou sensoriels, restent souvent tus par crainte du stigmate ou du doute sur la légitimité de la performance. Hanfmann, Brooksby et Monfils rendent visible ce qui était caché. Ils prouvent qu’un handicap invisible n’est pas un obstacle insurmontable, mais une réalité avec laquelle on compose. Leur présence sur le circuit interroge aussi les aménagements: faut-il adapter les règles, les infrastructures, la communication? Pour l’instant, le tennis n’a pas de protocole spécifique. Chacun négocie son adaptation, seul.
Hanfmann n’a jamais demandé d’aménagement particulier. Il ne se décrit pas comme désavantagé. Son monde est « un peu plus silencieux » - c’est tout. Il a toujours vécu avec. Il ne connaît rien d’autre.
Un parcours solide
Le circuit ATP continue. Hanfmann joue. Le public applaudit. Lui n’entend qu’une partie du bruit. Ça lui suffit.
Sources
- ATP Tour - Yannick Hanfmann Bio
- ATP Tour - Feature: Hanfmann (May 2024)
- Le Temps - Yannick Hanfmann joue avec un handicap invisible
- Tennis Actu - Hanfmann atteint d'une surdité partielle
- We Love Tennis - Hanfmann malentendant depuis son enfance
- Tennis Infinity - Yannick Hanfmann
- Handicap.fr - Hanfmann, tennisman sourd fait du bruit
- Tennis World USA - Getting to know Yannick Hanfmann
- Roland-Garros - Hearing impairment won't hold back Hanfmann
- Eurosport - Surdité, bachelor et 3600 dollars face à Nadal
- Yannick Hanfmann Official Site
- ESPN - Yannick Hanfmann Player Profile
