YouTube teste des pubs de 90 secondes non skippables sur Smart TV

Des utilisateurs signalent des coupures publicitaires de 1 minute 30 impossibles à passer sur leur téléviseur, trois fois plus longues que la limite affichée par Google dans ses propres conditions.

YouTube teste des pubs de 90 secondes non skippables sur Smart TV
YouTube teste des pubs de 90 secondes non skippables sur Smart TV Illustration par Nathalie Rousselin / INFO.FR

Depuis avril 2025, YouTube teste des publicités de 90 secondes impossibles à ignorer sur les Smart TV.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • YouTube teste des publicités de 90 secondes impossibles à passer sur les Smart TV depuis avril 2025.
  • Ce format dépasse trois fois la limite de 30 secondes fixée par les propres conditions de Google Ads.
  • Les Smart TV sont ciblées car aucun adblocker n'y fonctionne efficacement.
  • Google n'a ni confirmé ni démenti ces tests, suivant sa méthode habituelle de déploiement silencieux.
  • L'alternative proposée : YouTube Premium Lite à 8 euros par mois pour supprimer les publicités.

Le soir du 7 avril, un utilisateur de Reddit allume sa télé, lance une vidéo YouTube sur sa Google TV. Une publicité démarre. Il cherche le bouton « Skip » sur sa télécommande. Il n’y en a pas. Il attend. Trente secondes. Toujours rien. Soixante secondes. Le compteur affiche encore trente secondes à tenir. Une minute trente de publicité, sans échappatoire, dans son propre salon.

Il poste un screenshot. En quelques heures, des dizaines d’autres confirment : même expérience, même stupeur.

90 secondesDurée des nouvelles publicités non skippables testées par YouTube sur Smart TV
LES ENJEUX
Violation des propres CGU de Google
Violation des propres CGU de Google
La documentation Google Ads plafonne les pubs non skippables à 30 secondes sur Smart TV. Les 90 secondes testées dépassent trois fois cette limite sans modification officielle des conditions.
Monétisation agressive du salon
Monétisation agressive du salon
YouTube cible les Smart TV car les adblockers y sont inexistants. L'utilisateur est captif, sans alternative technique simple pour éviter les publicités.
Stratégie de conversion forcée
Stratégie de conversion forcée
En dégradant l'expérience gratuite, Google pousse les utilisateurs vers YouTube Premium (13,99 euros) ou Premium Lite (8 euros), transformant l'agacement en levier commercial.
Position dominante sur la vidéo en ligne
Position dominante sur la vidéo en ligne
YouTube n'a pas de concurrent direct sur la vidéo longue. Cette situation de quasi-monopole lui permet d'imposer des formats publicitaires que les utilisateurs ne peuvent pas fuir.

Le triple de la limite officielle

Sur le papier, YouTube s’impose des règles. La documentation Google Ads, accessible à tout annonceur, plafonne les publicités non skippables à 30 secondes maximum sur les écrans de télévision connectée. Sur YouTube TV, le service de télévision linéaire premium, le format monte à 60 secondes. C’est écrit noir sur blanc.

Les 90 secondes signalées depuis début avril ne rentrent dans aucune de ces cases. Trois fois la limite affichée. Aucune annonce officielle de Google. Aucune mise à jour des conditions d’utilisation.

Silence.

Infographie chronologie

Le salon, angle mort des adblockers

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Sur un ordinateur, on installe uBlock Origin. Sur un smartphone, on bascule sur un navigateur alternatif. Sur une Smart TV, on ne fait rien. C’est précisément le calcul de YouTube.

La plateforme sait que le grand écran est devenu son terrain de conquête. Face à TikTok et Instagram qui dominent le mobile, le téléviseur du salon reste un territoire où YouTube règne presque sans partage. Et sur ce terrain-là, l’utilisateur est captif. Pas de plugin, pas d’extension, pas de contournement simple.

Le format 90 secondes non skippable n’est pas un bug. C’est un A/B test. Tous les utilisateurs ne sont pas touchés - signe que Google mesure, ajuste, observe les réactions avant de décider d’une généralisation.

La stratégie du dégoût calculé

Derrière les 90 secondes, une mécanique connue. Rendre l’expérience gratuite suffisamment pénible pour que l’abonnement devienne un soulagement. YouTube Premium coûte 13,99 euros par mois. YouTube Premium Lite, lancé plus récemment, propose la suppression des pubs pour 8 euros par mois. La plateforme revendique plus de 125 millions d’abonnés payants, YouTube Music inclus.

Le paradoxe tient en une phrase : YouTube réinvente exactement ce que toute une génération fuyait en quittant la télévision linéaire. Les coupures pub interminables de TF1 à 21 heures, les tunnels de réclames qu’on subissait faute de mieux. Sauf qu’ici, il n’y a pas de deuxième chaîne. YouTube est un monopole de fait sur la vidéo longue en ligne.

Et les revenus suivent. La plateforme a généré plus de 34 milliards de dollars de recettes publicitaires en 2024. L’objectif affiché pour 2025 dépasse les 60 milliards, abonnements compris.

Ce que Google ne dit pas

Contacté par plusieurs médias tech, Google n’a pas commenté les signalements. Pas de confirmation. Pas de démenti. La méthode est rodée : tester dans l’ombre, mesurer la tolérance, officialiser quand la colère retombe.

En mars, l’annonce du format 30 secondes non skippable sur TV avait déjà provoqué des remous. Un mois plus tard, le curseur est poussé à 90 secondes. La progression est méthodique. Si le test passe, rien n’empêche d’aller plus loin.

Les alternatives existent, mais elles demandent un effort. Passer par un navigateur comme Brave sur un appareil connecté au téléviseur. Utiliser un Raspberry Pi configuré en bloqueur DNS. Ou payer. C’est le choix que Google met sur la table : votre temps ou votre argent.

Comparaison des durées publicitaires non skippables sur YouTube Smart TV : de la limite officielle de 30 secondes aux 90 secondes testées en avril 2025.
Comparaison des durées publicitaires non skippables sur YouTube Smart TV : de la limite officielle de 30 secondes aux 90 secondes testées en avril 2025.

Le canapé piégé

Sur Reddit, les commentaires oscillent entre colère et résignation. Certains annoncent qu’ils basculent vers Premium. D’autres jurent de ne plus jamais ouvrir l’application TV. La plupart, probablement, ne feront ni l’un ni l’autre. Ils attendront les 90 secondes. Puis les 120. Puis les suivantes.

Sur le buffet du salon, la télécommande est posée à côté du thé qui refroidit. Le compteur tourne. Personne ne bouge.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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