Zelensky lance FREYA, le bouclier anti-missiles européen face à la Russie
Le président ukrainien officialise un système de défense moins coûteux que le Patriot, développé avec huit pays européens dont la France
Volodymyr Zelensky a dévoilé ce jeudi 10 juillet le projet FREYA, un système anti-balistique ukraino-européen conçu pour intercepter les missiles russes. Alternative au Patriot américain, ce bouclier repose sur un intercepteur ukrainien testé en juin et sera construit avec huit partenaires européens. Première réunion prévue en France.
L’essentiel
- Coût : 700 000 dollars par tir d’intercepteur, contre plusieurs millions pour un Patriot
- Test réussi : l’intercepteur FP-7.x de Fire Point a été testé avec succès le 3 juin 2025
- Coalition : huit pays européens participent, dont la France et l’Allemagne
- Prochaine étape : première réunion de la coalition antimissile en France dans les prochaines semaines
Un système moins cher que le Patriot
Le président Volodymyr Zelensky a officialisé ce vendredi 10 juillet le lancement de FREYA, un projet de défense anti-balistique pensé comme une alternative européenne au système américain Patriot. Lors de son allocution, le chef d’État a précisé que ce système ukrainien vise à intercepter des cibles balistiques avec la même efficacité que le Patriot, mais à moindre coût et avec une production de masse facilitée.
Selon Kyiv Independent, FREYA repose sur le missile intercepteur FP-7.x développé par la société ukrainienne Fire Point, qui a annoncé un premier test réussi le 3 juin dernier. L’objectif affiché est un coût de production d’environ 700 000 dollars par tir, d’après Euromaidan Press, bien en deçà des millions de dollars nécessaires pour un intercepteur Patriot.
Zelensky a souligné les limites actuelles de la production occidentale : « La production de Patriots et SAMP/T est limitée avec de longues listes d’attente », a-t-il déclaré. Ce constat rejoint les discussions qui ont eu lieu lors du sommet de l’OTAN des 8-9 juillet en Turquie, où la question de la production locale de missiles Patriot avait été évoquée.
Une coalition de huit pays européens
Le projet FREYA s’appuie sur une coalition industrielle de huit nations européennes, selon Ukrinform. L’Allemagne participe via l’entreprise Hensoldt, qui s’est engagée à fournir des radars mobiles TRML-4D, rapporte United24 Media. Ces radars tactiques permettront de détecter et suivre les menaces balistiques en temps réel.
La France joue un rôle central dans cette coopération. Zelensky a mentionné les accords conclus avec Paris pour des systèmes SAMP/T NG, la nouvelle génération du système sol-air français. Selon Interfax-Ukraine, la première réunion de la coalition antimissile se tiendra en France dans les prochaines semaines pour structurer cette coopération industrielle et définir les calendriers de production.
Le président ukrainien a insisté sur l’urgence : « Notre première réunion sur ce sujet aura lieu en France, et cela arrivera dans un avenir proche », a-t-il déclaré. Selon UNN, Zelensky a souligné que l’apport de la coalition européenne permettra d’accélérer drastiquement le développement du projet.
Un besoin stratégique face aux frappes russes
L’annonce intervient dans un contexte de pression militaire soutenue sur l’Ukraine. Depuis le début du conflit en février 2022, la Russie a intensifié l’usage de missiles balistiques Iskander et de missiles de croisière Kalibr pour frapper des infrastructures civiles et militaires ukrainiennes. Les systèmes Patriot livrés par les États-Unis et les SAMP/T fournis par la France et l’Italie ont permis d’intercepter une partie de ces menaces, mais leur nombre reste insuffisant pour couvrir l’ensemble du territoire.
FREYA vise à combler ce déficit en proposant un système capable d’être déployé rapidement et en quantité. Le modèle repose sur une architecture modulaire : l’intercepteur ukrainien FP-7.x sera couplé aux radars allemands et aux systèmes de commandement européens. Cette approche hybride permet de réduire les coûts tout en capitalisant sur les savoir-faire nationaux.
Contexte international : l’Europe face aux missiles
Le projet FREYA s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’autonomie stratégique européenne. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les pays de l’Est européen - Pologne, pays baltes, Roumanie - ont multiplié les demandes de systèmes anti-missiles pour protéger leurs populations et infrastructures critiques. La dépendance vis-à-vis des États-Unis pour les Patriots pose des problèmes de disponibilité et de souveraineté.
En développant un système européen moins cher et plus rapide à produire, l’Ukraine et ses partenaires cherchent à créer une alternative crédible. Le coût de 700 000 dollars par intercepteur, s’il est confirmé en production, représenterait une rupture économique majeure pour la défense européenne. À titre de comparaison, un missile Patriot PAC-3 coûte entre 3 et 4 millions de dollars.
La France, qui dispose d’une industrie de défense solide avec MBDA et Thales, pourrait jouer un rôle d’intégrateur dans ce projet. Les accords évoqués par Zelensky sur les SAMP/T NG laissent penser que Paris souhaite s’impliquer dans la montée en puissance de FREYA, notamment pour sécuriser des débouchés industriels et renforcer ses liens stratégiques avec Kiev.
Prochaine étape : la réunion en France
La première réunion de la coalition FREYA, prévue en France dans les prochaines semaines, devra trancher plusieurs questions opérationnelles : calendrier de développement, répartition industrielle entre les huit pays participants, financement du programme, et cadre d’exportation vers d’autres nations européennes. Selon Interfax-Ukraine, cette réunion marquera le lancement officiel de la coopération industrielle.
Si le projet tient ses promesses, FREYA pourrait entrer en phase de production dès 2027, offrant à l’Ukraine et à l’Europe un outil de dissuasion face aux frappes balistiques russes. Le succès du test de juin dernier constitue une première validation technique, mais la montée en cadence industrielle reste l’enjeu principal.