10 hectares de cacahuètes récoltés : Menguy’s lance sa filière 100% française

La coopérative Océalia et sa filiale Menguy's viennent d'achever la première récolte commerciale de cacahuètes cultivées en Charente-Maritime, visant 2 000 tonnes d'ici 2030

10 hectares de cacahuètes récoltés : Menguy’s lance sa filière 100% française
Récolte de cacahuètes dans un champ de Charente-Maritime avec tracteur spécialisé Alexandre Mercier / INFO.FR

C'est une première dans l'histoire agricole française. En ce mois de novembre 2025, cinq agriculteurs de Charente-Maritime viennent d'achever la toute première récolte commerciale de cacahuètes cultivées en Poitou-Charentes. Portée par la coopérative Océalia et sa filiale Menguy's, cette initiative inédite marque le lancement d'une filière 100% française pour une légumineuse jusqu'alors importée exclusivement d'Argentine et des États-Unis. Avec 10 hectares semés cette année et un objectif de 1 000 hectares d'ici 2030, cette expérimentation agronomique répond aux défis du changement climatique et de la souveraineté alimentaire.

L'essentiel

  • Première récolte commerciale de cacahuètes cultivées en France achevée en novembre 2025 sur 10 hectares en Charente-Maritime par cinq agriculteurs de la coopérative Océalia
  • Production attendue de 20 tonnes pour cette première année, avec un objectif ambitieux de 2 000 tonnes d'ici 2030 sur 1 000 hectares, représentant 10% des besoins de Menguy's
  • Commercialisation prévue début 2026 dans une gamme 100% Origine France distincte des importations, après transformation dans l'usine Menguy's de Mazamet dans le Tarn
  • La cacahuète présente des atouts agronomiques majeurs : légumineuse fixant l'azote, consommation d'eau limitée, adaptation au désherbage mécanique, valorisée par les primes PAC
  • Les importations françaises de cacahuètes ont augmenté de 59% entre 2010 et 2022, passant de 198 000 à 315 000 tonnes, créant une opportunité pour une production locale

Sur les terres de Sablonceaux, entre Rochefort et Saintes, Stéphane Gémon pilote son tracteur avec une satisfaction inhabituelle en cette fin d’automne 2025. L’agriculteur charentais ne récolte ni blé, ni tournesol, ni maïs, mais des cacahuètes. Une première pour l’ancienne région Poitou-Charentes, qui voit ainsi naître une filière agricole totalement inédite sur le territoire national. Selon Le Parisien, cette première récolte officielle devrait fournir près de 20 tonnes de cacahuètes, issues de 10 hectares cultivés par cinq agriculteurs adhérents de la coopérative Océalia.

Dans 7 jours : la commercialisation se précise

D’ici une semaine, les premières cacahuètes françaises auront terminé leur processus de séchage à l’air libre, entamé depuis une dizaine de jours. Les graines seront alors acheminées vers l’usine Menguy’s de Mazamet, dans le Tarn, où elles subiront le décorticage puis la torréfaction au four à air chaud, une méthode distinctive qui rappelle celle du café. Comme l’indique Le Journal des Entreprises, la commercialisation est prévue pour début 2026, avec une gamme entièrement distincte des importations habituelles. Guillaume Lamy, directeur général de Menguy’s, l’affirme sans ambiguïté :

« Nous ne mélangerons pas ces cacahuètes aux autres »

, celles venues d’Argentine ou des États-Unis.

Cette séparation stricte des filières répond à une stratégie commerciale claire : valoriser l’origine France comme un argument de différenciation sur un marché dominé par les multinationales. La PME tarnaise, qui emploie 250 salariés et réalise 47,8 millions d’euros de chiffre d’affaires, ne prétend pas rivaliser avec les géants mondiaux, mais affirme son positionnement sur le créneau de la relocalisation. D’après les données de la FAO citées par Portail Réussir, les importations françaises de cacahuètes destinées à l’alimentation sont passées de 198 000 tonnes en 2010 à 315 000 tonnes en 2022, soit une augmentation de 59% en douze ans.

Dans 48h : les décisions d’extension de la filière

Les résultats de cette première campagne seront analysés dans les prochaines 48 heures pour déterminer l’ampleur du déploiement 2026. Mickaël Bertrand, coordinateur de la filière cacahuète chez Océalia, confie à Le Parisien :

« Nous avons été agréablement surpris à l’arrachage »

. Ces résultats encourageants ouvrent la voie à une montée en puissance rapide. L’objectif affiché par la coopérative charentaise est ambitieux : atteindre 1 000 hectares cultivés d’ici 2030, pour une production de 2 000 tonnes annuelles, représentant 10% des besoins de Menguy’s.

Pour Stéphane Gémon, l’agriculteur pionnier qui a consacré 2 hectares à cette expérimentation, le calcul économique reste à affiner mais le potentiel est réel. Selon France 3 Régions, il explique :

« Ça ne demande pas plus de travail qu’une culture classique comme le tournesol. Les prix des céréales sont à la baisse, ceux des engrais à la hausse… Si cette culture peut nous apporter de la stabilité et plus de visibilité, pourquoi pas ! Et puis consommer de la cacahuète française, ça n’est pas plus mal »

. La marge effectuée sur ce rendement sera évaluée dans les prochains mois, mais la perspective de diversification séduit déjà.

Le 16 octobre 2025 : le moment clé de l’arrachage

C’est le mercredi 16 octobre 2025 que tout s’est joué. Ce jour-là, les cinq agriculteurs pionniers ont procédé à l’arrachage de leurs plants de cacahuètes, une opération délicate nécessitant un équipement spécifique fourni par Océalia. Contrairement aux céréales classiques, la cacahuète développe ses fruits sous terre : après autofécondation des fleurs, le gynophore s’étend pour enterrer l’ovaire, et c’est sous la surface que la gousse se forme. Cette particularité botanique, bien connue de la Ferme Darrigade à Soustons dans les Landes, pionnière depuis plus de 25 ans, impose une technique de récolte spécifique.

Comme le rapporte Sud Ouest, cette première récolte officielle marque l’aboutissement de cinq années d’expérimentations menées en collaboration avec la ferme landaise. Les tests des années 1990, tentés sans succès dans les Landes, avaient été abandonnés. Mais les progrès de la sélection variétale, l’amélioration des techniques agronomiques et, probablement, le réchauffement climatique ont rendu possible ce qui semblait improbable il y a deux décennies. La variété américaine utilisée, gardée confidentielle par Menguy’s, s’est révélée parfaitement adaptée aux conditions charentaises.

Mai 2025 : les signes avant-coureurs du semis

Tout avait commencé le 16 mai 2025, lorsque les premières graines ont été semées dans cinq parcelles de l’ex-Poitou-Charentes, dont les emplacements précis sont tenus secrets, à l’exception de celle de Sablonceaux. Durant l’été, les plants ont nécessité un entretien régulier : binage, léger arrosage, surveillance sanitaire. Selon France 3 Régions, Mickaël Bertrand souligne les atouts agronomiques de cette légumineuse : « C’est une plante qui consomme peu d’eau et où l’on n’a pas besoin d’apporter d’azote : c’est une légumineuse, elle va donc absorber l’azote de l’air. De plus, elle est intéressante pour la culture suivante, car il y aura un reliquat azoté qui sera libéré derrière une céréale ou du maïs. »

Cette caractéristique correspond parfaitement aux nouvelles exigences de la Politique Agricole Commune (PAC), qui impose des rotations longues d’au moins quatre à cinq ans sur la même parcelle et valorise les légumineuses par des primes spécifiques. Valérie Arrignon, secrétaire du bureau d’Océalia, précise à Sud Ouest que la cacahuète constitue « une vraie alternative » dans un contexte où les agriculteurs cherchent à diversifier leurs cultures face à la volatilité des prix des céréales et à la hausse du coût des intrants.

Le pattern historique : du pop-corn à la cacahuète

Cette aventure de la cacahuète française s’inscrit dans une stratégie plus large d’Océalia, qui a déjà réussi le pari du pop-corn avec sa filiale Sphère Production et son usine de Saint-Genis-de-Saintonge. Le succès de cette production locale de maïs à éclater a encouragé la coopérative à poursuivre ses expérimentations sur des cultures à forte valeur ajoutée. Mickaël Bertrand résume l’ambition :

« Nous souhaitons proposer une culture à forte valeur ajoutée »

, capable d’offrir aux adhérents de nouveaux débouchés dans un contexte économique difficile.

L’acquisition de Menguy’s par Océalia en 2020 a créé les conditions idéales pour ce développement. Guillaume Lamy, qui dirige à la fois le pôle agroalimentaire d’Océalia et Menguy’s, explique à Le Journal des Entreprises la logique du projet :

« Il faut répondre au défi technique, mais aussi, il faut un débouché derrière. Là, nous savons que nous allons commercialiser ce produit »

. Cette intégration verticale, du champ à l’assiette, garantit aux agriculteurs un marché stable pour leur production, tandis que Menguy’s sécurise une partie de son approvisionnement.

Derrière son nom à consonance anglo-saxonne, Menguy’s est en réalité une société 100% française, née à Mazamet dans le Tarn en 1987. L’entreprise, qui emploie 170 personnes dans son usine tarnaise et 50 au siège de Saint-Jean près de Toulouse, commercialise depuis près de quarante ans des cacahuètes importées d’Argentine et des États-Unis. Selon Agro Media, elle détient un savoir-faire unique en France : la torréfaction au four à air chaud, qui préserve les qualités aromatiques et nutritionnelles des graines, contrairement à la friture pratiquée par la plupart des concurrents.

Si le modèle économique précis reste à finaliser, l’ambition est claire : créer une filière pérenne impliquant plusieurs centaines d’agriculteurs d’ici 2030. Au-delà des cacahuètes grillées et salées traditionnelles, Menguy’s envisage de développer toute une gamme de produits dérivés : beurre de cacahuète, pâte à tartiner au cacao. Guillaume Lamy confie à Sud Ouest : « Les débouchés existent, il y a de la demande et on a plein d’idées. » Dans un marché mondial dominé par la Chine (19 millions de tonnes en 2024), l’Inde (10,2 millions de tonnes), le Nigeria (4,3 millions de tonnes) et les États-Unis (2,7 millions de tonnes), la France ne pèsera jamais lourd en volume. Mais sur le créneau du local, du traçable et du durable, la cacahuète charentaise pourrait bien se tailler une place de choix. Reste à savoir si les consommateurs français seront prêts à payer un peu plus cher pour croquer du 100% tricolore lors de leur prochain apéritif.

Sources

  • Le Parisien (24 novembre 2025)
  • Le Journal des Entreprises (20 octobre 2025)
  • France 3 Régions (7 novembre 2025)
  • Sud Ouest (19 octobre 2025)
  • Agro Media (15 octobre 2025)
  • Portail Réussir (9 octobre 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.