33% des engrais mondiaux bloqués : la guerre en Iran paralyse les stations-service françaises
Le détroit d'Ormuz paralysé provoque une ruée aux pompes tandis que 60 navires français restent coincés dans le Golfe persique
Depuis samedi 28 février 2026 et le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, les automobilistes français se précipitent massivement dans les stations-service pour anticiper une flambée des prix du carburant. La paralysie du détroit d'Ormuz, par lequel transite un tiers des engrais mondiaux et une part majeure du pétrole, combinée à la riposte iranienne qui a touché dimanche une base militaire française à Abou Dhabi, déclenche une onde de choc économique qui dépasse largement le seul secteur énergétique. Soixante navires battant pavillon français demeurent bloqués à l'intérieur du Golfe persique tandis que les principaux armateurs mondiaux suspendent leurs passages dans la zone.
- 33% des engrais mondiaux, incluant soufre et ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz désormais paralysé par le conflit débuté samedi 28 février 2026
- Une base militaire française à Abou Dhabi a été touchée dimanche 1er mars par deux drones iraniens, sans faire de victimes mais provoquant un durcissement de la posture française
- 60 navires sous pavillon français restent bloqués dans le Golfe persique tandis que les principaux armateurs mondiaux suspendent leurs passages dans la zone
- Des centaines de Français sont coincés dans les pays du Golfe après la suspension totale du trafic aérien à Dubaï, Doha, Koweït City et Tel-Aviv
- La région produit 23 millions de tonnes annuelles de polyéthylène (15% de la production mondiale), avec le port de Jebel Ali touché dimanche par une explosion
À 3h23 ce lundi 2 mars 2026, les files d’attente s’allongeaient déjà devant les stations-service de l’Hexagone. Un mouvement de panique préventive déclenché par l’embrasement du Moyen-Orient, où les frappes israélo-américaines lancées samedi contre l’Iran ont provoqué une riposte massive de Téhéran touchant l’ensemble des pays du Golfe. Selon Le Figaro, environ 33% des engrais mondiaux, incluant le soufre et l’ammoniac, transitent normalement par le détroit d’Ormuz, désormais paralysé par le conflit.
Une base française touchée, la posture militaire renforcée
La France n’est plus simple spectatrice de cette guerre. Dimanche 1er mars, un hangar de la base navale d’Al Salam à Abou Dhabi a été endommagé par deux drones iraniens, comme l’a confirmé la ministre des Armées Catherine Vautrin. D’après TF1 Info, cette attaque n’a causé que des dégâts matériels limités sans faire de victimes, mais elle marque un tournant dans l’implication française. Emmanuel Macron, qui avait initialement affiché une certaine distance en déclarant que Paris n’avait été « ni prévenue ni impliquée » dans l’opération israélo-américaine, a durci le ton lors d’un second conseil de défense dimanche soir.
Le président de la République a annoncé que la France allait « rehausser sa posture et son accompagnement défensif » pour protéger ses ressortissants et ses bases militaires dans la région. Avec 5.000 militaires déployés au Moyen-Orient, dont 900 stationnés aux Émirats arabes unis, la France dispose de moyens conséquents dans une zone désormais en proie à une escalade incontrôlée. L’Opinion rapporte qu’au lendemain de la mort du guide suprême Ali Khamenei, tué dans les frappes initiales, la République islamique place désormais la France dans son collimateur.
Des centaines de Français piégés dans le Golfe
La situation humanitaire préoccupe autant que la dimension militaire. Des centaines de ressortissants français se retrouvent bloqués dans les pays du Golfe après la suspension totale du trafic aérien dans la région. Les aéroports de Dubaï, Doha, Koweït City et Tel-Aviv ne voient plus décoller ni atterrir aucun appareil. Air France a suspendu l’ensemble de ses liaisons vers Beyrouth, Dubaï, Riyad et Tel-Aviv jusqu’au moins ce lundi 2 mars. Selon Franceinfo, un ressortissant coincé à Dubaï témoigne de son désarroi.
« J’ai réservé un autre vol pour lundi soir. Il faisait Dubaï-Bucarest, Bucarest-Paris. Mais il a de nouveau été annulé. C’est la galère. Les lignes téléphoniques sont saturées, il n’y a personne qui répond. L’ambassade ne sait pas trop non plus quelle est la situation », confie ce Français bloqué dans l’émirat.
Les autorités émiraties ont diffusé dans la nuit de samedi à dimanche un message d’alerte sur les téléphones portables des résidents et visiteurs, rapporte Le Parisien. Le texte indiquait : « En raison de la situation actuelle, une menace potentielle à domicile est à prévoir. Mettez-vous immédiatement à l’abri dans le bâtiment sécurisé le plus proche ». De nombreux Français ont ainsi passé la nuit dans des parkings souterrains ou des abris, entendant les explosions résonner au-dessus de leurs têtes.
Le commerce mondial bouleversé au-delà du pétrole
Si la flambée anticipée des prix du carburant explique la ruée française aux stations-service, les répercussions économiques dépassent largement le secteur énergétique. Le cabinet d’analyse Kpler, cité par Le Figaro, révèle qu’il n’existe « pas d’alternative viable » à la navigation dans le Golfe pour le transport des fertilisants, les voies terrestres étant limitées par la capacité des pipelines et des camions. Cette paralysie menace directement les exportations vers l’Inde, la Chine, le Brésil et plusieurs pays africains.
La région produit également jusqu’à 23 millions de tonnes annuelles de polyéthylène, soit 15% de la production mondiale de ce plastique omniprésent. Dimanche, le port émirati de Jebel Ali, infrastructure centrale pour ces exportations, a été frappé par une explosion provoquant un incendie sur l’un des quais. Au Koweït, une installation portuaire a dû suspendre temporairement ses activités après la chute de débris à proximité. Les principaux armateurs mondiaux, dont le Danois Maersk et le Français CMA CGM, ont annoncé geler leurs passages dans le détroit d’Ormuz. Selon Armateurs France, 60 navires sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises demeurent bloqués à l’intérieur du Golfe.
Une évacuation en attente d’ouverture des espaces aériens
Le gouvernement français se prépare à rapatrier ses ressortissants dès que les conditions le permettront. La porte-parole Maud Bregeon a assuré que la France était « prête à procéder aux évacuations pour nos compatriotes qui le demanderaient quand la situation le permettra ». En attendant, le Quai d’Orsay multiplie les consignes de sécurité. Les Français présents aux Émirats arabes unis doivent suivre « strictement les consignes diffusées par les autorités locales », rester confinés à leur domicile ou dans leur hôtel, et « se tenir éloigné des fenêtres, des portes et des zones ouvertes ».
Un centre de soutien a été ouvert à Paris au +33 1 43 17 51 00, tandis que les ambassades et consulats dans la région restent joignables malgré les restrictions. L’ambassade d’Abou Dhabi peut être contactée au +971 28 13 10 01 et le consulat de Dubaï au +971 44 08 49 06. Les ressortissants sont également invités à s’inscrire sur la plateforme Fil d’Ariane pour recevoir les alertes du ministère des Affaires étrangères. En Israël, où les autorités ont interdit tout rassemblement et fermé les écoles, les Français sont appelés à rejoindre les abris collectifs en cas d’alerte.
Une déclaration tripartite aux accents belliqueux
Dimanche soir, un communiqué conjoint de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne a marqué un durcissement diplomatique significatif. Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz se sont déclarés prêts à des « actions défensives proportionnées » visant à « détruire à la source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones ». Les trois dirigeants se disent « consternés » par les tirs iraniens « à l’aveugle et disproportionnés », y compris contre des pays non impliqués dans l’offensive israélo-américaine initiale. Cette position marque une évolution notable par rapport à la prudence affichée samedi, lorsque Macron appelait encore à « cesser » une « escalade dangereuse pour tous ».
Les assureurs ont fait bondir leurs tarifs pour les navires traversant le Moyen-Orient, certains comme le scandinave Skuld ayant carrément annulé leur couverture. Dans ces conditions, naviguer dans le Golfe devient prohibitif voire impossible pour les cargos commerciaux. Les navires doivent désormais contourner l’Afrique pour rallier l’Europe depuis le Moyen-Orient et l’Asie, un détour de plusieurs milliers de kilomètres ajoutant plusieurs jours de traversée. Cette réorganisation logistique majeure laisse présager des perturbations durables sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, bien au-delà de la seule question des hydrocarbures qui alimente aujourd’hui l’inquiétude des automobilistes français. La question demeure : combien de temps l’économie mondiale pourra-t-elle absorber cette paralysie d’une artère commerciale aussi vitale que le détroit d’Ormuz ?
Sources
- Le Figaro (2 mars 2026)
- TF1 Info (1 mars 2026)
- L'Opinion (1 mars 2026)
- Franceinfo (1 mars 2026)
- Le Parisien (1 mars 2026)