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42 millions de vues : le GIGN dément les accusations d’assassinat de Candace Owens

La podcasteuse américaine affirme sans preuve que les Macron auraient commandité son meurtre via le GIGN

42 millions de vues : le GIGN dément les accusations d’assassinat de Candace Owens
Quartier général du GIGN à Satory près de Versailles Claire Delattre / INFO.FR

Le 22 novembre dernier, Candace Owens a publié sur X un message vu plus de 42 millions de fois accusant Emmanuel et Brigitte Macron d'avoir commandité son assassinat. La podcasteuse d'extrême droite, suivie par 7 millions d'abonnés, prétend qu'un haut fonctionnaire français lui aurait révélé l'existence d'un complot impliquant le GIGN et un commando israélien. Des accusations jugées "ridicules" par l'unité d'élite et formellement démenties par le ministère des Armées.

L'essentiel

  • Le message de Candace Owens publié le 22 novembre 2025 a été vu plus de 42 millions de fois en 72 heures sur X
  • La podcasteuse américaine, suivie par 7 millions d'abonnés, affirme sans preuve qu'un haut fonctionnaire français lui aurait révélé un complot impliquant le GIGN
  • Le GIGN a qualifié ces accusations de "ridicules" et précisé qu'une telle mission ne correspond pas à son cadre opérationnel de force de sécurité intérieure
  • Le ministère des Armées a formellement démenti l'implication de la Légion étrangère dans l'entraînement de Tyler Robinson, affirmant qu'aucun exercice n'a eu lieu au camp Riley entre le 25 août et le 10 septembre 2025
  • Le couple Macron a déposé plainte pour diffamation aux États-Unis en juillet 2025 et prévoit de présenter des preuves scientifiques et photographiques devant la justice américaine

Dans les locaux du GIGN à Satory, près de Versailles, les gendarmes d’élite ont d’abord cru à une plaisanterie. Le 22 novembre 2025, Candace Owens, influenceuse américaine d’extrême droite suivie par 7 millions d’abonnés, publiait sur X un message explosif : le couple présidentiel français aurait « commandité et financé » son assassinat. En moins de 72 heures, la publication a été vue plus de 42 millions de fois, déclenchant une vague de réactions à travers le monde.

Selon 20 Minutes, la podcasteuse affirme avoir été contactée par « un haut fonctionnaire du gouvernement français » qui lui aurait révélé l’existence de ce supposé complot. Elle prétend qu' »une petite équipe du GIGN » aurait été chargée de la mission, avec la participation d’un Israélien, et que les plans auraient été « formalisés ». Une affirmation qui s’inscrit dans la continuité de sa campagne contre Brigitte Macron, qu’elle accuse depuis janvier 2025 d’être une personne transgenre.

Une unité d’élite prise pour cible

Au sein du GIGN, les accusations ont provoqué un mélange d’incrédulité et d’exaspération. « On était obligé de rire parce que c’était énorme quand même ! C’est ridicule. Le problème, c’est que des gens peuvent y croire », confie à 20 Minutes une source proche du dossier. L’interlocuteur poursuit en expliquant que ces allégations ne correspondent « pas du tout à un emploi qui pourrait être fait par le GIGN, même sur des actions pilotées par l’État ».

Selon Closer, le GIGN est « une force de sécurité intérieure, rien de plus que ça » avec « un cadre d’action, un contrat opérationnel » bien défini. Si le gouvernement français avait réellement voulu orchestrer une opération clandestine, il se serait tourné vers la DGSE, spécialisée dans ce type de missions à l’étranger. La source précise également que le GIGN n’a plus « de contact, d’échange » avec Israël depuis plusieurs mois, en raison de l’intensification du conflit israélo-palestinien.

« Il faut savoir que cela ne correspond pas du tout à un emploi qui pourrait être fait par le GIGN… On est une force de sécurité intérieure, rien de plus que ça. On a un cadre d’action, un contrat opérationnel. Et ça ne fait absolument pas partie de ce qui pourrait être demandé au GIGN », explique une source proche du dossier à 20 Minutes.

La Légion étrangère impliquée dans un autre complot

Les accusations de Candace Owens ne s’arrêtent pas là. Le 23 novembre, elle a également affirmé que Tyler Robinson, l’assassin de Charlie Kirk, « s’est entraîné avec la 13e brigade de la Légion française ». Elle suggère que la présence de légionnaires français lors d’exercices de trois semaines avec des Marines américains en Californie ne serait « pas un hasard ».

Le centre médias du ministère des Armées et des Anciens combattants a formellement démenti ces allégations. Selon Closer, le ministère affirme qu' »il n’y a pas eu d’entraînement de la Légion étrangère au camp Riley dans le Minnesota entre le 25 août 2025 et le 10 septembre 2025″. Le communiqué précise également que « Tyler Robinson n’a jamais fait partie des effectifs de la Légion étrangère » et que, n’ayant pas servi dans une unité militaire américaine, il ne pouvait pas avoir été amené à s’entraîner avec la Légion étrangère française.

Une stratégie médiatique bien rodée

Pour les observateurs, le choix du GIGN par Candace Owens n’est pas anodin. « On est une unité connue même à l’international. C’est une unité très suivie. Quand on parle du GIGN sur les réseaux sociaux, ça génère des likes, des partages », analyse la source de 20 Minutes. L’influenceuse, proche de Donald Trump, a construit sa notoriété sur la diffusion de théories complotistes et de contenus polémiques.

Depuis janvier 2025, elle s’est emparée d’une infox transphobe circulant en France depuis 2017, affirmant que Brigitte Macron serait une personne transgenre. Sa série de vidéos intitulée « Becoming Brigitte » et son livre éponyme ont battu des records de vente aux États-Unis, générant des millions de vues et d’importants revenus publicitaires. Selon Euronews, elle déclare même qu’elle miserait « toute sa carrière professionnelle sur le fait que Brigitte Macron est un homme ».

Une bataille juridique transatlantique

Face à l’ampleur de la campagne de désinformation, le couple présidentiel a décidé de riposter. En juillet 2025, Emmanuel et Brigitte Macron ont déposé une plainte pour diffamation contre Candace Owens aux États-Unis. « Trop, c’est trop », a déclaré leur avocat américain Tom Clare sur CNN, selon Libération.

En septembre 2025, Tom Clare a révélé dans un podcast de la BBC que le couple présidentiel comptait présenter des preuves « scientifiques » et des photographies pour démontrer que Brigitte Macron est une femme cisgenre. Selon Le Monde, l’avocat a indiqué que « des témoignages d’experts seront également présentés, qui seront de nature scientifique et démontreront également la fausseté des déclarations » de l’influenceuse.

« Nous sommes prêts à démontrer de manière exhaustive, tant de manière générale que spécifique, que ce qu’elle dit à propos de Brigitte Macron est faux », a déclaré Tom Clare à la BBC, selon Le Monde.

Un phénomène complotiste plus large

Les attaques contre Brigitte Macron s’inscrivent dans un phénomène plus vaste baptisé « transvestigation » par les chercheurs. Selon Euronews, de nombreuses personnalités féminines comme Michelle Obama, Jacinda Ardern ou Kamala Harris ont été victimes de campagnes transphobes similaires sur les réseaux sociaux.

Lexi Webster, professeure agrégée de culture numérique à l’université de Southampton, explique que ces « transvestigations » consistent à examiner « la taille et la forme des épaules d’une personne, de son crâne et de sa mâchoire, mais aussi sa démarche et ses organes génitaux », accompagnées de théories conspirationnistes. En France, deux femmes qui avaient largement diffusé cette infox ont été condamnées en 2024 à payer des dommages et intérêts à Brigitte Macron et son frère Jean-Michel Trogneux, avant d’être relaxées en appel en juillet 2025.

Avec 42 millions de vues en quelques jours, les dernières accusations de Candace Owens démontrent la puissance virale de la désinformation à l’ère des réseaux sociaux. Reste à savoir si la justice américaine parviendra à endiguer cette campagne qui mêle transphobie, complotisme et théories d’assassinat, ou si l’influenceuse continuera à exploiter cette affaire pour accroître sa notoriété et ses revenus.

Sources

  • 20 Minutes (26 novembre 2025)
  • Closer (26 novembre 2025)
  • Yahoo Actualités (25 novembre 2025)
  • Le Monde (19 septembre 2025)
  • Libération (24 juillet 2025)
  • Euronews (7 août 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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