Le réveillon de Noël 2025 marque un nouveau plancher historique pour l'audience télévisuelle traditionnelle. Avec 9,217 millions de téléspectateurs devant les chaînes gratuites hors programmes d'information, la soirée du 24 décembre enregistre une chute de 32,2% par rapport au pic de 2020. Cette érosion continue, qui s'accélère d'année en année, illustre la transformation radicale des modes de consommation des contenus vidéo en France, entre essor du streaming, des plateformes de replay et de l'hyperconnexion numérique.
L'essentiel
- L'audience des chaînes gratuites au réveillon de Noël 2025 s'établit à 9,217 millions de téléspectateurs, en baisse de 32,2% par rapport au pic de 13,595 millions enregistré en 2020
- La télévision traditionnelle en direct ne représente plus que 64% du temps vidéo des Français, contre 36% pour les contenus à la demande sur les plateformes de streaming et réseaux sociaux
- Les Français passent 4 heures par jour devant leurs écrans en moyenne, avec 91% de la population équipée d'un smartphone en 2024, soit quatre points de plus qu'en 2023
- Les plateformes de replay des chaînes traditionnelles ont connu une hausse de 10% de leur fréquentation au dernier trimestre 2024, avec 11,6 millions de Français visionnant quotidiennement au moins un programme à la demande
- 61% des 18-24 ans passant plus de 3 heures par jour devant les écrans estiment ce temps excessif, révélant une prise de conscience générationnelle de la surexposition numérique
9,217 millions de Français. C’est le nombre de téléspectateurs qui ont choisi de passer leur réveillon de Noël 2025 devant les chaînes de télévision gratuites, hors programmes d’information. Un chiffre qui marque un nouveau record à la baisse dans une tendance désormais installée depuis six ans. Entre 2020, année du pic pandémique qui avait rassemblé 13,595 millions de personnes, et cette fin d’année 2025, la chute atteint 32,2%. Une érosion qui interroge sur les mutations profondes des habitudes audiovisuelles des Français et sur l’avenir de la télévision traditionnelle.
Une chute ininterrompue depuis le pic de la pandémie
Les chiffres sont implacables. Après avoir culminé à 13,595 millions de téléspectateurs au réveillon 2020, en pleine crise sanitaire du Covid-19, l’audience des chaînes gratuites n’a cessé de reculer. 11,967 millions en 2021, 10,755 millions en 2022, 10,502 millions en 2023, puis 9,733 millions en 2024, pour atteindre ce plancher de 9,217 millions en 2025. Soit une perte moyenne de 516 000 téléspectateurs par an sur les cinq dernières années.
Cette désaffection progressive s’inscrit dans un contexte plus large de transformation des usages médiatiques. Selon les données de Médiamétrie publiées en janvier 2025, le temps passé à regarder des contenus vidéo a atteint 4 heures et 23 minutes par jour en moyenne pour les Français en 2024, contre 4 heures et 37 minutes en 2023. Mais la télévision traditionnelle en direct ne représente plus que 64% de ce temps vidéo, contre 36% pour les contenus à la demande sur les plateformes de streaming et les réseaux sociaux.
Le replay et les plateformes cannibalisent l’audience en direct
La migration vers les plateformes de replay des chaînes traditionnelles constitue l’un des facteurs majeurs de cette érosion. Les statistiques présentées par Médiamétrie en février 2025 révèlent que 78% de la population se connecte chaque mois à un service de vidéo à la demande gratuit, 49% à une plateforme de replay des chaînes (TF1+, M6+, france.tv), et 51% à un service de streaming par abonnement.
« Le contrôle du choix du moment où on va regarder son contenu devient une habitude des Français », soulignait Laurence Deléchapt, directrice TV & Cross médias de Médiamétrie, lors de la présentation des résultats annuels.
Les plateformes des chaînes traditionnelles ont d’ailleurs connu une progression spectaculaire. Au dernier trimestre 2024, leur fréquentation a augmenté de 10% par rapport au premier trimestre, avec 11,6 millions de Français regardant chaque jour au moins un programme à la demande. Les Français consacrent désormais en moyenne 10 minutes par jour à la télévision de rattrapage sur ces plateformes, qui proposent des contenus en avant-première, en rediffusion ou en exclusivité numérique.
L’hyperconnexion numérique redessine les soirées festives
Au-delà de la simple migration vers le replay, c’est toute l’économie de l’attention qui se trouve bouleversée. L’édition 2025 du Baromètre du numérique du Crédoc, réalisée auprès de 4 066 personnes représentatives de la population française de 12 ans et plus, révèle que les Français passent environ 4 heures par jour devant leurs écrans, soit un quart du temps éveillé. Pour une personne sur quatre, l’exposition aux écrans dépasse même les 5 heures quotidiennes.
Le smartphone, devenu l’écran numéro un, équipe désormais 91% de la population en 2024, soit une augmentation de quatre points en un an. L’adoption est quasi universelle chez les jeunes, avec 96% des 12-17 ans et 98% des 18-39 ans équipés. Même les seniors rattrapent leur retard : 90% des 60-69 ans et 70% des plus de 70 ans possèdent désormais un smartphone, avec des progressions respectives de dix et huit points en un an.
Cette multiplication des écrans transforme radicalement les moments de convivialité. Là où le réveillon de Noël constituait traditionnellement un rendez-vous familial devant la télévision, les Français privilégient désormais des usages fragmentés et personnalisés. Selon les données de Médiamétrie, les Français passent en moyenne 2h40 chaque jour sur internet, contre 2h06 en 2019, soit une progression de 27% en cinq ans. Pour les 15-24 ans, ce temps atteint même 4h21 quotidiennes, en hausse de 23% depuis 2019.
Une prise de conscience générationnelle de la surexposition
Paradoxalement, cette hyperconnexion s’accompagne d’une prise de conscience croissante, particulièrement chez les plus jeunes. L’enquête du Crédoc révèle que 61% des 18-24 ans passant plus de 3 heures par jour devant les écrans estiment ce temps excessif, contre seulement 31% des plus de 70 ans. Cette lucidité générationnelle intervient alors que le gouvernement tente de réduire l’hyperconnexion des enfants et des adolescents.
« Il y a une perturbation, une évolution du paysage », reconnaissait la responsable de Médiamétrie lors de la présentation des chiffres annuels, ajoutant : « nous mesurerons l’impact pour les Français ».
En moyenne, chaque foyer français dispose désormais d’environ dix équipements avec écran, dont deux restent inutilisés et pourraient être recyclés ou revendus. Cette accumulation technologique témoigne d’une société en pleine mutation, où la consommation de contenus audiovisuels se démultiplie sur une variété croissante de supports, au détriment de l’écran familial traditionnel.
Vers la fin des grands rendez-vous télévisuels collectifs
L’érosion continue de l’audience télévisuelle au réveillon de Noël pose une question fondamentale : assistons-nous à la disparition progressive des grands rendez-vous collectifs devant le petit écran ? Si la télévision traditionnelle a connu un été 2024 exceptionnel avec les Jeux olympiques de Paris – la cérémonie d’ouverture du 26 juillet ayant réuni 24,4 millions de téléspectateurs, meilleure audience de l’histoire de la télévision française –, ces pics restent désormais l’exception plutôt que la règle.
Le paysage audiovisuel français connaîtra d’ailleurs une nouvelle transformation à partir du 6 juin 2026, avec l’arrêt sur la TNT de C8, NRJ 12 et de quatre chaînes payantes du groupe Canal+. Cette recomposition pourrait accélérer encore la fragmentation des audiences et le basculement vers les plateformes numériques.
La chute de 32,2% de l’audience télévisuelle au réveillon entre 2020 et 2025 n’est sans doute qu’un symptôme d’une révolution plus profonde : celle d’une société où le temps d’écran explose, mais se disperse sur une multitude de supports et de contenus personnalisés. Le grand écran familial du salon, longtemps symbole de la convivialité des fêtes, cède progressivement la place à une myriade de petits écrans individuels. Reste à savoir si cette atomisation des usages enrichit ou appauvrit les moments de partage collectif qui fondent nos traditions festives.
Sources
- Médiamétrie via Le Parisien (23 janvier 2025)
- Médiamétrie via Ecran Total (13 février 2025)
- Baromètre du numérique Crédoc via ZDNET (21 mars 2025)
- TF1 Info (7 février 2024)