À Cagnes-sur-Mer, un radar flashe 465 automobilistes par jour
Avec 170.000 infractions annuelles, le radar de la RD6098 génère plusieurs millions d'euros de recettes pour l'État
170.000 infractions constatées en une année. Sur la route départementale 6098 à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, un radar automatique s'est imposé comme le plus productif de France. Installé sur un axe routier très fréquenté de la Côte d'Azur, ce dispositif flashe en moyenne 465 automobilistes chaque jour, générant des recettes considérables pour le Trésor public. Une rentabilité qui soulève des questions sur l'équilibre entre sécurité routière et politique de répression.
- Le radar de la RD6098 à Cagnes-sur-Mer enregistre 170.000 infractions par an, soit 465 flashs quotidiens en moyenne, un record national
- Ce dispositif génère environ 11.050.000 euros de recettes annuelles pour l'État, soit 56 fois plus que la moyenne nationale des radars français
- L'emplacement du radar, sur un axe reliant Nice à Antibes où la limitation passe brutalement de 90 à 70 km/h, fait l'objet de vives critiques
- En 2025, l'ensemble des 4.718 radars français a collecté 920 millions d'euros d'amendes, alimentant les débats sur leur dimension budgétaire
- Les associations d'automobilistes dénoncent un piège à conducteurs, tandis que les autorités invoquent les impératifs de sécurité routière
465 flashs quotidiens en moyenne. C’est le rythme auquel fonctionne le radar automatique installé sur la route départementale 6098 à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes. Avec 170.000 infractions relevées sur une année complète, ce dispositif détient désormais le record national de rentabilité, devançant largement ses homologues répartis sur l’ensemble du territoire français. Un chiffre qui interpelle autant qu’il questionne l’efficacité réelle de ces équipements censés améliorer la sécurité routière.
Selon les données de la Sécurité routière, la France comptait 4.718 radars automatiques en service au 31 décembre 2025. Mais tous ne se valent pas en termes de productivité. Le radar de Cagnes-sur-Mer se distingue par une efficacité redoutable, captant les excès de vitesse sur un axe routier particulièrement fréquenté qui relie Nice à Antibes, empruntée quotidiennement par des dizaines de milliers de véhicules.
Un emplacement stratégique sur la Côte d’Azur
La route départementale 6098 constitue l’une des artères principales de circulation sur le littoral azuréen. Cette voie rapide, qui longe la Méditerranée, voit défiler chaque jour un flux incessant d’automobilistes, entre résidents locaux, travailleurs pendulaires et touristes découvrant la région. C’est précisément sur ce segment à forte densité que les autorités ont choisi d’installer ce radar fixe, à un emplacement où la limitation de vitesse passe brutalement de 90 à 70 kilomètres par heure.
D’après les observations de Nice-Matin, ce changement de limitation intervient à proximité d’une zone commerciale, dans un secteur où la visibilité du panneau de signalisation fait régulièrement débat parmi les usagers. Nombreux sont les automobilistes à dénoncer un « piège » tendu aux conducteurs, une accusation que réfutent les services de l’État en invoquant les impératifs de sécurité liés à la densité du trafic et aux nombreux accès riverains.
Les statistiques publiées par Auto Plus révèlent que ce radar génère environ 11.050.000 euros de recettes annuelles pour l’État, sur la base d’une amende forfaitaire moyenne de 65 euros pour excès de vitesse inférieur à 20 kilomètres par heure. Une manne financière considérable qui alimente les critiques sur la dimension budgétaire de la politique de contrôle automatisé.
Entre sécurité routière et rentabilité budgétaire
Le débat sur la finalité réelle des radars automatiques n’est pas nouveau. Depuis leur généralisation au début des années 2000, ces dispositifs ont toujours suscité des controverses entre partisans d’une répression stricte des excès de vitesse et défenseurs d’une approche plus pédagogique de la sécurité routière. Le cas de Cagnes-sur-Mer ravive cette polémique avec une acuité particulière.
« Un radar qui flashe 465 fois par jour pose nécessairement question sur son emplacement et sa pertinence en termes de sécurité », estime Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. « Si autant de conducteurs sont verbalisés quotidiennement, c’est peut-être que la signalisation n’est pas adaptée ou que la limitation n’est pas cohérente avec les caractéristiques de la voie. »
Les défenseurs du dispositif rétorquent que la multiplication des flashs témoigne au contraire d’un non-respect massif des règles de circulation. Selon les données du ministère de l’Intérieur, la vitesse demeure la première cause de mortalité sur les routes françaises, impliquée dans près d’un tiers des accidents mortels. Dans cette perspective, l’efficacité d’un radar se mesurerait davantage à sa capacité dissuasive qu’à son nombre de flashs.
Pourtant, les chiffres de Cagnes-sur-Mer interrogent sur cette dimension dissuasive. Si 170.000 automobilistes sont verbalisés chaque année au même endroit, cela signifie que le dispositif n’a manifestement pas réussi à modifier durablement les comportements. Une situation qui nourrit l’hypothèse d’un radar davantage conçu pour générer des recettes que pour améliorer la sécurité.
Un palmarès national qui évolue chaque année
Le radar de Cagnes-sur-Mer n’est pas le premier à détenir ce record peu enviable. Chaque année, le classement des radars les plus productifs de France connaît des variations, en fonction des évolutions du trafic, des modifications d’infrastructure ou des déplacements d’équipements. Selon les analyses de La Dépêche du Midi, plusieurs radars du sud de la France figurent régulièrement dans le top 10, notamment sur les axes autoroutiers et les routes départementales à forte fréquentation touristique.
En 2024, c’est un radar situé sur l’autoroute A75 dans l’Hérault qui occupait la première place avec environ 154.000 infractions annuelles. L’année précédente, un dispositif installé sur la rocade de Toulouse avait atteint les 148.000 verbalisations. La progression du radar azuréen, qui franchit désormais la barre des 170.000 infractions, témoigne d’une intensification du trafic sur la Côte d’Azur ou d’une inadéquation croissante entre les limitations imposées et les pratiques des conducteurs.
« Ces chiffres doivent nous interroger sur notre politique de sécurité routière », souligne Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention Routière. « Un radar n’est efficace que s’il contribue à faire baisser la vitesse moyenne et le nombre d’accidents. S’il ne fait que verbaliser massivement sans changer les comportements, c’est qu’il y a un problème dans son implantation ou dans la cohérence de la signalisation. »
Les recettes des radars au cœur des finances publiques
Au-delà du cas particulier de Cagnes-sur-Mer, c’est l’ensemble du système de contrôle automatisé qui génère des revenus considérables pour l’État. En 2025, les radars français ont permis de collecter près de 920 millions d’euros d’amendes, selon les chiffres du ministère du Budget. Une somme qui alimente théoriquement le compte d’affectation spéciale « Contrôle de la circulation et du stationnement routiers », censé financer des actions de sécurité routière et des infrastructures.
Dans les faits, seule une partie de ces recettes est effectivement réinvestie dans la prévention et l’amélioration des routes. Le reste vient abonder le budget général de l’État, alimentant les soupçons d’une instrumentalisation fiscale des radars automatiques. Cette dimension budgétaire explique pourquoi les associations d’automobilistes dénoncent régulièrement une « taxation déguisée » plutôt qu’une véritable politique de sécurité.
Les analyses des Échos montrent que le rendement moyen d’un radar automatique en France s’établit autour de 195.000 euros par an. Avec ses 11 millions d’euros de recettes estimées, le radar de Cagnes-sur-Mer affiche donc une rentabilité 56 fois supérieure à la moyenne nationale, un écart spectaculaire qui justifie à lui seul les interrogations sur sa légitimité.
Quelles perspectives pour le contrôle automatisé ?
Face à ces controverses récurrentes, les pouvoirs publics défendent une approche pragmatique. Le déploiement des radars s’inscrit dans une stratégie globale de lutte contre l’insécurité routière, qui a permis de diviser par quatre le nombre de morts sur les routes depuis les années 1970. Même si les dernières années montrent une stagnation, voire une légère remontée de la mortalité, les autorités considèrent que l’abandon du contrôle automatisé serait contre-productif.
Plusieurs pistes d’amélioration sont régulièrement évoquées : meilleure signalisation des changements de limitation, installation de radars pédagogiques affichant la vitesse sans verbaliser, ou encore modulation des limitations en fonction des conditions de circulation. Certains experts plaident pour une révision complète de la politique de vitesse en France, avec des limitations plus cohérentes et mieux acceptées par les usagers.
En attendant d’éventuelles réformes, le radar de Cagnes-sur-Mer continuera probablement à flasher plusieurs centaines d’automobilistes chaque jour. Un symbole des contradictions d’un système qui peine à concilier impératifs de sécurité, acceptabilité sociale et équilibre budgétaire. La question demeure : un radar qui verbalise 465 conducteurs quotidiennement remplit-il vraiment sa mission de prévention, ou n’est-il devenu qu’une machine à cash au service des finances publiques ?
Sources
- Sécurité routière (janvier 2026)
- Nice-Matin (janvier 2026)
- Auto Plus (janvier 2026)
- 40 millions d'automobilistes (janvier 2026)
- Ministère de l'Intérieur (2025)
- La Dépêche du Midi (2025)
- Prévention Routière (janvier 2026)
- Ministère du Budget (2025)
- Les Échos (janvier 2026)