Aéroport de Mayotte : 1,2 milliard d’euros, une piste à Bouyouni et une ouverture en 2036 qui attend

Le futur aéroport mahorais, inscrit dans la loi de refondation, bute sur le foncier et l'administratif malgré un feu vert écologique rare

Aéroport de Mayotte : 1,2 milliard d'euros, une piste à Bouyouni et une ouverture en 2036 qui attend
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Le nouvel aéroport de Mayotte doit s'implanter à Bouyouni, au nord de Grande-Terre, pour une ouverture annoncée en 2036. Chiffré à 1,2 milliard d'euros, le projet peine à avancer la déclaration d'utilité publique n'est pas encore prononcée, et les expropriations restent à mener.

Le nouvel aéroport de Mayotte doit s’implanter à Bouyouni, au nord de Grande-Terre, pour une ouverture annoncée en 2036. Chiffré à 1,2 milliard d’euros, le projet peine à avancer : la déclaration d’utilité publique n’est pas encore prononcée, et les expropriations restent à mener.

L’essentiel

  • Budget : 1,2 milliard d’euros, soit 37 % des 3,2 milliards de la loi de refondation de Mayotte (août 2025)
  • Site retenu : Bouyouni/M’Tsangamouji, nord de Grande-Terre - décision officielle du 3 décembre 2025
  • Piste : 2 730 m sur un périmètre de 490 hectares
  • Calendrier : DUP attendue fin 2026, maîtrise foncière fin 2028, travaux début 2027, ouverture 2036
  • Décret : classement en catégorie A publié au Journal officiel le 17 avril 2026

Un projet né en 2011, relancé en 2025

L’idée d’un nouvel aéroport à Mayotte remonte à 2011. Pendant plus d’une décennie, l’hypothèse d’une extension de la piste de Dzaoudzi-Pamandzi a dominé les études. Elle a été abandonnée en avril 2025 : son coût atteignait 7 milliards d’euros, et sa réalisation aurait imposé dix-huit mois de coupure totale de la desserte aérienne de l’île, selon les sources concordantes de BFMTV et du Moniteur.

C’est lors de sa visite à Mayotte en avril 2025 qu’Emmanuel Macron a officiellement tranché pour un site entièrement nouveau. Le 3 décembre 2025, l’État a formalisé le choix de Bouyouni, dans la commune de M’Tsangamouji. Le 17 avril 2026, un décret a classé le futur équipement en catégorie A - la catégorie des aéroports d’intérêt national.

1,2 milliard dans une loi de refondation

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Le projet est inscrit dans la loi n° 2025-797 du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte. Ce texte prévoit 3,18 milliards d’euros d’investissements de l’État entre 2025 et 2031, selon le rapport du Sénat. L’aéroport y représente à lui seul 37 % de l’enveloppe globale.

La plateforme projetée couvrirait 490 hectares. Elle intégrerait des activités commerciales, du fret, des installations militaires et de l’aviation générale. La piste de 2 730 mètres remplacerait celle de Dzaoudzi-Pamandzi, jugée insuffisante pour absorber la croissance du trafic. Selon l’INSEE et des études prospectives citées par AKTO, le nombre de passagers a progressé d’environ 60 000 entre 2019 et 2023. L’objectif à terme est d’atteindre 600 000 passagers annuels.

Le foncier, principal obstacle

Le calendrier officiel prévoit des travaux à partir du début 2027. Mais avant cela, deux étapes administratives majeures restent à franchir : la déclaration d’utilité publique (DUP), attendue d’ici la fin du second semestre 2026, puis la maîtrise foncière, programmée pour fin 2028.

C’est ce second volet qui concentre les inquiétudes. À Mayotte, les régimes fonciers sont particulièrement complexes. Une partie des terres relève du droit coutumier, les registres cadastraux sont incomplets, et les héritages sont souvent indivisaires entre de nombreux ayants droit. Les expropriations nécessaires à un chantier de cette ampleur - 490 hectares, dont environ 300 de terres agricoles - s’annoncent longues, selon BFMTV et Air Journal.

Les écologistes pour, les agriculteurs divisés

Le soutien des associations environnementales constitue une particularité de ce dossier. Michel Charpentier, des Naturalistes de Mayotte, l’a dit sans ambiguïté à BFMTV : « À Bouyouni, l’impact environnemental est beaucoup moins important qu’à Dzaoudzi. » L’alternative côtière impliquait des risques sur les récifs coralliens et les zones humides littorales, jugés plus sensibles que les terres agricoles de l’intérieur.

Du côté des agriculteurs, la position est moins tranchée. Les 300 hectares de terres cultivées qui seraient mobilisés par le chantier représentent une surface significative dans un territoire où le foncier agricole est limité. Les modalités d’indemnisation et de relogement des exploitants n’ont pas encore été précisées publiquement à ce stade.

Contexte dans le département de Mayotte

Mayotte est le département français le plus pauvre, avec un PIB par habitant très inférieur à la moyenne nationale. Son enclavement géographique - un archipel de l’océan Indien à 8 000 kilomètres de la métropole - rend la desserte aérienne vitale pour les échanges économiques, sanitaires et administratifs. L’aéroport actuel de Dzaoudzi-Pamandzi, situé sur Petite-Terre, impose un transit en barge depuis Grande-Terre, là où vit la grande majorité de la population.

Le cyclone Chido, fin 2024, a accentué l’urgence de moderniser les infrastructures du territoire. La loi de refondation votée en août 2025 s’inscrit dans ce contexte de reconstruction et de rattrapage structurel. Dans ce cadre, d’autres territoires ultramarins comme la Martinique engagent eux aussi des réformes institutionnelles profondes pour adapter leur gouvernance aux besoins locaux.

L’aéroport de Bouyouni est présenté comme le projet d’infrastructure le plus important jamais engagé à Mayotte. Son poids dans le budget de la loi de refondation - plus d’un tiers - illustre le pari fait sur la connectivité comme levier de développement.

Un calendrier sous tension

La séquence officielle reste fragile. La DUP de fin 2026 conditionne l’ouverture des enquêtes parcellaires. La maîtrise foncière fin 2028 conditionne le démarrage des travaux. Et le démarrage des travaux conditionne l’ouverture de 2036. Le moindre contentieux foncier devant le tribunal administratif peut décaler l’ensemble de la chaîne.

Des projets d’infrastructure comparables en outre-mer ont régulièrement connu des glissements de plusieurs années. La question de savoir si ce calendrier tiendra dépendra en grande partie de la capacité de l’État à conduire les expropriations dans les délais fixés - un exercice inédit à cette échelle sur le territoire mahorais.

La prochaine étape formelle est la publication de la DUP, prévue d’ici la fin de l’année 2026, qui ouvrira la phase d’enquête publique et de négociations foncières.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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