Dembeni : une usine d’ylang-ylang pour relancer une filière en déclin
Une unité de transformation a ouvert le 10 avril à Dembeni, portée par un plan de relance de la DAAF pour redonner vie à une culture centenaire.
À Dembeni, une usine de transformation d'ylang-ylang a ouvert ses portes le 10 avril 2026. Le projet s'inscrit dans un plan de relance de la filière piloté par la DAAF, après plusieurs décennies de recul. Il concerne directement 50 à 75 familles productrices.
L’ylang-ylang, cette fleur dont l’huile essentielle parfume les cosmétiques haut de gamme, peine à trouver sa place à Mayotte depuis les années 1980. La concurrence des producteurs comoriens, à des coûts de main-d’œuvre bien inférieurs, a progressivement érodé la filière locale. Il ne reste aujourd’hui qu’environ 100 hectares de plantations sur l’île, selon AGRA Presse, contre une période faste entre les années 1950 et 1980.
Des alambics centralisés pour réduire les coûts
Face à ce recul, la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) de Mayotte a élaboré un plan de relance dont l’ouverture de l’usine de Dembeni constitue une pièce centrale. Le principe : installer des alambics en série à un point central de l’île pour mutualiser les coûts de distillation, jusque-là prohibitifs pour les petits producteurs.
L’aide à la production devrait être revue à la hausse, passant de 1,80 € à 3,70 € par équivalent kilogramme de fleurs, ce qui permettrait un prix d’achat autour de 2,50 €/kg avec subventions. La DAAF vise une marge nette d’au moins 2 000 €/ha, un niveau comparable à celui du manioc ou de l’arboriculture locale, toujours selon AGRA Presse.
La production mahoraise d’huile essentielle d’ylang-ylang reste modeste : 3 à 4 tonnes par an, loin derrière Anjouan aux Comores, premier producteur mondial avec 44 à 47 tonnes annuelles. Mais la DAAF perçoit une fenêtre d’opportunité. « Nous sommes dans une conjoncture porteuse, car l’offre d’huile essentielle d’ylang-ylang est inférieure à la demande du négoce, ce qui ouvre pour Mayotte des perspectives de relance », déclare la direction.
Des financements publics mobilisés
Le projet bénéficie de plusieurs leviers financiers. Le Plan Innovation Outre-Mer (PIOM) soutient le Pôle d’Innovation Intégré de Mayotte (PI²M) à hauteur de 2,5 millions d’euros pour valoriser la biodiversité locale en cosmétopée, dont l’ylang-ylang fait partie, selon Invest in Mayotte. Par ailleurs, la loi de programmation pour la refondation de Mayotte du 11 août 2025 prévoit 12 millions d’euros dédiés à l’agriculture et à la pêche sur la période 2025-2029.
Si la filière retrouve de la vigueur, une extension à 150 hectares de plantations est envisagée. Des essais de stockage à froid des fleurs sont également prévus pour lever un verrou technique majeur : la distillation doit aujourd’hui intervenir dans les cinq heures suivant la récolte.
Prochaine étape : les résultats des essais de stockage froid et la structuration d’une filière de produits dérivés en cosmétopée détermineront la viabilité à moyen terme du modèle mis en place à Dembeni.