Affaire Epstein : l’email de 2011 sur DSK et Fort Knox ressurgit dans 3 millions de pages

Un message évoque un supposé piège contre Strauss-Kahn lié aux réserves d'or américaines, parmi des milliers de documents déclassifiés

Affaire Epstein : l’email de 2011 sur DSK et Fort Knox ressurgit dans 3 millions de pages
Entrée des réserves d'or de Fort Knox avec drapeau américain Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Parmi les 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images publiées fin janvier 2026 par le ministère américain de la Justice sur l'affaire Jeffrey Epstein, un email de 2011 fait ressurgir une théorie conspirationniste impliquant Dominique Strauss-Kahn. Le message affirme que l'ancien directeur du FMI aurait été piégé dans le scandale du Sofitel car il savait que les coffres de Fort Knox étaient vides. Cette révélation s'inscrit dans un vaste dévoilement documentaire qui a également éclaboussé de nombreuses personnalités françaises.

L'essentiel

  • Un email de 2011 dans les archives Epstein évoque une théorie selon laquelle DSK aurait été piégé car il connaissait l'état réel des réserves d'or de Fort Knox
  • Le ministère américain de la Justice a publié le 30 janvier 2026 plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images sur l'affaire Epstein
  • Des dizaines de personnalités françaises apparaissent dans les documents, dont Jack Lang, Cédric Villani, et des mentions du Rassemblement national avec une proposition de prêt de 4,7 millions de dollars
  • Deux ingénieurs américains ont créé Jmail, une plateforme reproduisant l'interface Gmail pour faciliter l'exploration de la messagerie d'Epstein
  • La publication résulte d'une loi fédérale votée fin 2025 obligeant la déclassification de tous les documents non sensibles dans un délai de 30 jours

Le 30 janvier 2026, le département de la Justice américain a mis en ligne une masse considérable d’archives concernant Jeffrey Epstein, le financier déchu retrouvé mort dans sa cellule en août 2019. Selon Closer, cette publication comprend plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images, constituant l’un des dévoilements documentaires les plus massifs de l’histoire judiciaire récente. Parmi ces documents figure un email de 2011 évoquant Dominique Strauss-Kahn et une théorie selon laquelle il aurait été piégé en raison de sa connaissance présumée de l’état réel des réserves d’or de Fort Knox.

Une théorie conspirationniste ressurgit dans les archives

L’email en question, reçu par Epstein en 2011, affirme que Dominique Strauss-Kahn, alors président du Fonds monétaire international, aurait été victime d’un complot orchestré parce qu’il détenait des informations sensibles sur les réserves d’or américaines. Selon cette correspondance, les coffres de Fort Knox seraient vides, et DSK aurait été neutralisé par le scandale du Sofitel de New York pour l’empêcher de révéler cette information explosive. Cette théorie, qui circule depuis l’affaire du Sofitel en mai 2011, n’a jamais été étayée par la moindre preuve tangible et relève de la spéculation conspirationniste.

Le contexte de cette révélation est crucial : Jeffrey Epstein entretenait un vaste réseau de contacts dans les sphères du pouvoir international. Comme le rapporte l’Opinion, ses correspondances révèlent l’étendue de son influence dans le monde des affaires et de la politique. La présence de ce message dans ses archives suggère qu’Epstein collectionnait les informations sensibles, vraies ou fausses, sur les personnalités influentes qu’il côtoyait.

Un carnet d’adresses français impressionnant

Au-delà de cette mention de DSK, les documents déclassifiés révèlent une présence française notable dans l’entourage d’Epstein. Selon Pleine Vie, des dizaines de noms bien connus en France apparaissent dans ces archives : ministres, artistes, banquiers et scientifiques composent un vaste carnet d’adresses où la France occupe une place visible. Jack Lang, ancien ministre de la Culture, figure au premier rang avec une correspondance régulière montrant une réelle proximité avec le financier américain.

Le mathématicien Cédric Villani, médaillé Fields, s’est retrouvé malgré lui dans ces documents après avoir reçu un email d’Epstein le 12 octobre 2017. Comme le raconte La Libre, le message disait simplement :

« Cédric. Joi Ito m’a suggéré de vous rencontrer. Je suis aussi ami avec Misha Gromov qui me dit beaucoup de bien de vous. Mon domaine d’expertise, c’est l’argent et les monnaies numériques. Je suis à Paris si vous avez du temps pour prendre un café. »

Villani se souvient : « Il ne me donne même pas son nom de famille ! » Le mathématicien explique que l’expéditeur s’annonçait avec les recommandations de Joi Ito, alors directeur du MIT Media Lab, et surtout de Misha Gromov, l’un des plus grands mathématiciens vivants. « Gromov et moi avons été assez proches, nous avons été ensemble à l’IHES. Et quand quelqu’un s’annonce sur recommandation de Gromov, vous y allez ! », justifie-t-il.

Des connexions politiques troublantes

Les archives révèlent également des tentatives d’influence politique directe. Selon l’Humanité, plusieurs mails évoquent les besoins financiers du Rassemblement national, avec mention d’une rencontre entre Steve Bannon et Louis Aliot, ainsi qu’une proposition de prêt de 4,7 millions de dollars. Ces documents datent de 2018 et 2019, période où Epstein cherchait visiblement à étendre son influence sur la scène politique européenne.

Jack Lang apparaît comme l’une des personnalités françaises les plus proches d’Epstein. D’après Valeurs actuelles, une conversation du 19 septembre 2018 montre l’ancien ministre écrivant : « Cher Jeffrey, avez-vous reçu mon e-mail à propos du projet de film de Serge Moati ? Notre récente conversation sur Trump était passionnante. Encore une fois, vous aviez raison. » Les deux hommes échangeaient régulièrement autour d’un projet de documentaire cofinancé à hauteur de près de 58 000 dollars par Epstein en 2018.

Une plateforme numérique pour explorer les archives

Face à la masse considérable de documents, deux ingénieurs américains, Luke Igel et Riley Walz, ont créé Jmail, une plateforme qui reproduit l’interface de Gmail pour reconstituer la messagerie d’Epstein. Comme l’explique Closer, cet outil permet de consulter les échanges comme s’il s’agissait d’une boîte mail ordinaire, avec une barre de recherche et la possibilité de marquer les messages importants. Dans la colonne latérale, les correspondants les plus réguliers apparaissent : Ghislaine Maxwell, Steve Bannon, Larry Summers ou encore Noam Chomsky.

Cette initiative vise à rendre accessible au grand public une masse de données qui serait autrement réservée aux enquêteurs et journalistes d’investigation. L’outil ne repose pas sur un piratage mais sur des archives publiques rendues disponibles suite à une loi fédérale votée à une large majorité et signée par Donald Trump fin 2025. Cette loi oblige le ministère de la Justice à publier l’ensemble des documents non classifiés liés au dossier dans un délai de 30 jours.

Les zones d’ombre persistent

Malgré l’ampleur de cette publication, de nombreuses questions demeurent sans réponse. L’email concernant Dominique Strauss-Kahn et Fort Knox illustre la difficulté de distinguer, dans ces archives, les informations vérifiables des rumeurs et théories conspirationnistes qu’Epstein collectionnait apparemment sans discernement. Être mentionné dans ces documents ne constitue pas une mise en cause pénale automatique, mais la variété des personnalités françaises nommées interroge sur l’étendue réelle du réseau d’influence du financier américain.

Le mathématicien Cédric Villani résume la perplexité de nombreuses personnalités citées : lors de sa rencontre avec Epstein avenue Foch à Paris le 18 octobre 2017, il avait été accueilli par une domestique en livrée dans un appartement ultra-luxueux, sans se douter de l’identité réelle de son hôte ni de ses activités criminelles. « Ce qui n’était pas banal, c’est que l’adresse donnée soit un hôtel particulier dans l’une des rues les plus chics de Paris », se souvient-il. Ces rencontres mondaines cachaient-elles systématiquement des arrière-pensées, ou Epstein cherchait-il simplement à s’entourer de personnalités prestigieuses pour asseoir sa respectabilité ?

L’affaire Epstein continue de dévoiler ses ramifications internationales, soulevant des questions sur les réseaux d’influence qui traversent les frontières et les milieux. Combien d’autres révélations émergront encore de ces 3 millions de pages d’archives, et jusqu’où s’étendait réellement l’emprise du financier déchu sur les élites mondiales ?

Sources

  • Closer (3 février 2026)
  • l'Opinion (2 février 2026)
  • La Libre.be (4 février 2026)
  • l'Humanité (2 février 2026)
  • Valeurs actuelles (1 février 2026)
  • Pleine Vie (3 février 2026)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.