Affaire Hedi à Marseille : de la mise en examen des policiers à celle de leur commandante
Trois ans après les faits, l'instruction judiciaire vise désormais quatre agents de la BAC et leur supérieure hiérarchique pour les violences du 2 juillet 2023.
Dans la nuit du 1er au 2 juillet 2023, Hedi Rouabah, 22 ans, était grièvement blessé par des policiers de la BAC à Marseille. Quatre agents ont été mis en examen dès juillet 2023. La commandante de la brigade a été mise en examen à son tour le 10 décembre 2025. L'instruction est toujours en cours au parquet de Marseille.
L’essentiel
- Faits : Hedi Rouabah, 22 ans, touché au crâne par un tir de LBD et roué de coups par des policiers de la BAC dans le 6e arrondissement de Marseille dans la nuit du 1er au 2 juillet 2023.
- Mises en examen : quatre policiers des BAC centre et sud poursuivis depuis le 21 juillet 2023 pour violences volontaires aggravées en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique.
- Hiérarchie : la commandante de la BAC mise en examen le 10 décembre 2025 pour non-empêchement de crime ou délit d’atteinte contre les personnes.
- IGPN : un rapport de 2025 réclame un conseil de discipline pour les quatre policiers et leur cheffe ; le ministère de l’Intérieur n’avait pas encore statué à mi-2025.
- Reconstitution : une reconstitution judiciaire s’est tenue les 7 et 8 janvier 2026, en présence des mis en examen et de la victime.
La nuit du 2 juillet 2023 : les faits retenus
Les faits se déroulent dans le 6e arrondissement de Marseille, en plein contexte d’émeutes nationales consécutives à la mort de Nahel Merzouk à Nanterre. Hedi Rouabah, serveur de 22 ans, est touché au crâne par un tir de LBD par un policier de la brigade anticriminalité. Il est ensuite roué de coups et laissé pour mort sur place.
Les blessures sont graves. Selon Wikipedia et Le Monde, la victime a subi plusieurs opérations dont l’ablation d’une partie du crâne. Des vidéos de vidéosurveillance, diffusées notamment par Mediapart en octobre 2023, ont documenté les faits et permis d’identifier les agents.
Une information judiciaire est ouverte le 5 juillet 2023 par le parquet de Marseille, trois jours après les faits.
Quatre policiers mis en examen dès juillet 2023
Le 21 juillet 2023, quatre policiers des BAC centre et sud de Marseille sont mis en examen pour violences volontaires aggravées en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique. L’un d’eux, identifié via les images de vidéosurveillance comme l’auteur présumé du tir, est placé en détention provisoire. Il sera libéré par la suite.
Selon des enquêtes de Mediapart publiées en décembre 2023, deux des quatre mis en examen avaient déjà des antécédents signalés de violences avant cette affaire - dont un impliqué dans un tabassage en 2018. Ces éléments n’ont pas donné lieu à des sanctions disciplinaires selon les mêmes sources.
L’affaire Hedi s’inscrit dans un contexte plus large de poursuites judiciaires sensibles à Marseille, où plusieurs dossiers impliquant des personnalités ou des agents publics sont instruits simultanément.
La commandante mise en examen en décembre 2025
Deux ans et demi après les faits, l’instruction franchit un nouveau palier. Le 10 décembre 2025, la commandante de la BAC est à son tour mise en examen. La qualification retenue : non-empêchement de crime ou délit d’atteinte contre les personnes, ou qualification équivalente, selon France 3 Provence et Le Monde.
Cette mise en examen vise la responsabilité hiérarchique. La commandante est soupçonnée de ne pas avoir empêché les violences commises par ses subordonnés, voire de ne pas avoir porté secours à la victime. Les détails de la procédure restent couverts par le secret de l’instruction.
La reconstitution de janvier 2026 et le rapport IGPN
Les 7 et 8 janvier 2026, une reconstitution judiciaire est organisée, en conditions proches de la réalité selon La Provence. Les mis en examen, dont la commandante, et Hedi Rouabah y participent.
Sur le plan disciplinaire, un rapport de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), établi en 2025, réclame un conseil de discipline pour les quatre agents et leur commandante. Selon Ouest-France, le ministère de l’Intérieur n’avait pas encore statué à mi-2025. Deux procédures - judiciaire et administrative - progressent donc en parallèle.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
L’affaire Hedi est l’une des plus médiatisées parmi les dossiers de violences policières ouverts en France depuis les émeutes de l’été 2023. À Marseille, plusieurs incidents similaires survenus la même nuit ont donné lieu à des enquêtes, mais celle-ci reste la plus documentée grâce aux images de vidéosurveillance.
Dans les Bouches-du-Rhône, le parquet de Marseille instruit plusieurs affaires sensibles impliquant des agents publics. La mise en examen d’un cadre hiérarchique est rare dans les dossiers de violences policières en France ; elle marque un tournant dans le traitement judiciaire de cette affaire. Le département concentre par ailleurs une attention nationale sur les questions de sécurité et de maintien de l’ordre, notamment après les tensions estivales de 2023. Des risques environnementaux pèsent également sur le territoire : 19 massifs des Bouches-du-Rhône sont actuellement en vigilance jaune feu ce jeudi 11 juin 2026.
L’affaire a fait l’objet d’une couverture nationale continue - Le Monde, France 3, La Provence, Mediapart, Ouest-France - et alimente le débat sur les antécédents disciplinaires des agents de la BAC et sur la chaîne de commandement.
L’instruction reste ouverte. Aucune date de renvoi en jugement n’a été communiquée à ce stade par le parquet de Marseille.
Sources
- Le Monde : Tabassage de Hedi R. à Marseille : la commandante de la BAC mise en examen
- France 3 Provence : Violences policières à Marseille : la commandante de la Bac mise en examen
- La Provence : Affaire Hedi : la nuit du lynchage policier reconstituée en conditions presque réelles
- Ouest-France : Affaire Hedi : l'IGPN réclame un conseil de discipline pour les policiers et leur cheffe
- Mediapart : Affaire Hedi : le passé violent et impuni de deux des policiers mis en cause

