Agen : après le meurtre d’un SDF, les associations alertent sur la précarité invisible
Un homme tué rue Roussanes le 2 mai 2026. Les bénévoles pointent des disparitions inexpliquées et l'absence de solutions durables.
Un SDF roumain a été tué en plein centre-ville d'Agen dans la nuit du 1er au 2 mai 2026. Le suspect, un autre sans-abri, a été mis en examen pour meurtre volontaire. Le drame rouvre le débat sur la grande précarité dans la ville préfecture du Lot-et-Garonne.
Un SDF roumain a été tué en plein centre-ville d’Agen dans la nuit du 1er au 2 mai 2026. Le suspect, un autre sans-abri, a été mis en examen pour meurtre volontaire. Le drame rouvre le débat sur la grande précarité dans la ville préfecture du Lot-et-Garonne.
L’essentiel
- Nuit du 1er au 2 mai 2026 : Gheorghe Danitoiu, 48 ans, SDF roumain, retrouvé mort rue Roussanes à Agen, multiples blessures au visage et plaie à l’arrière du crâne.
- 4 mai 2026 : Marius Grigore, 50 ans, SDF roumain vétéran de guerre, mis en examen pour meurtre volontaire et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt d’Agen.
- Près de 1 000 kits d’hygiène distribués chaque année à Agen par la Croix-Rouge, l’église protestante et l’Ordre de Malte via le CCAS.
- 27 % des Agenais vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, selon Le Petit Bleu.
- 50 places d’accueil d’urgence recensées au niveau départemental en Lot-et-Garonne, un chiffre jugé insuffisant par les acteurs de terrain.
Une nuit meurtrière rue Roussanes
Le corps de Gheorghe Danitoiu, surnommé « Alex », a été découvert rue Roussanes, en centre-ville d’Agen, dans les premières heures du 2 mai 2026. Cet homme de 48 ans, de nationalité roumaine, vivait à la rue. Les blessures relevées - multiples au visage, plaie importante à l’arrière du crâne - ont conduit le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, à ouvrir une enquête pour meurtre dès le même jour, selon son communiqué officiel.
Quelques heures plus tard, un homme s’est présenté spontanément au commissariat d’Agen. Il a avoué les faits en état d’ébriété, affirmant avoir agi en légitime défense lors d’une rixe. Il s’agit de Marius Grigore, 50 ans, lui aussi SDF roumain. Selon Sud Ouest, cet homme est vétéran de guerre en Afghanistan, souffre de troubles psychiatriques et avait déjà été condamné à huit mois d’emprisonnement pour violences avec arme en 2025.
Le 4 mai 2026, Marius Grigore a été mis en examen pour meurtre volontaire et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt d’Agen, confirment La Dépêche du Midi et Sud Ouest. Ce fait divers, rare dans son intensité, a aussitôt relancé les interrogations sur la situation des personnes sans domicile dans la ville.
« Du jour au lendemain, on ne les voit plus »
C’est la phrase de Martine Ourabah, présidente de la Croix-Rouge d’Agen, rapportée par La Dépêche du Midi le 7 mai 2026 : « On connaît certains SDF depuis longtemps et puis du jour au lendemain, on ne les voit plus. » Une réalité que les bénévoles côtoient régulièrement, sans toujours en connaître les causes - départ volontaire, hospitalisation, arrestation, ou pire.
La présidente de la Croix-Rouge pointe l’absence de suivi médical continu pour des personnes dont l’état de santé se dégrade - alcoolisme chronique, addictions, troubles psychiatriques non pris en charge. Les maraudes permettent un contact régulier, mais pas de solutions pérennes. Trois structures interviennent régulièrement sur le terrain à Agen : la Croix-Rouge, l’église protestante et l’Ordre de Malte. Ensemble, elles distribuent près de 1 000 kits d’hygiène annuels via le CCAS, ainsi que des colis alimentaires et des vêtements chauds. Une maraude santé hebdomadaire oriente les personnes vers des soins, selon La Dépêche.
Ces dispositifs restent cependant limités face à l’ampleur du phénomène. La question des campements et de la mise à l’abri se pose dans d’autres villes françaises avec la même acuité.
Des squats multipliés, des profils qui rajeunissent
Selon La Dépêche du Midi, les squats se sont multipliés dans plusieurs quartiers agenais : rue des Fumadelles, rue des Augustins, rue d’Albret, rue Neuve. Les personnes qui y vivent ont principalement entre 25 et 35 ans. Des problèmes de nuisances, d’insécurité et de trafic de drogue y sont associés, selon la même source.
Agen, ville préfecture dotée d’une gare, attirerait des personnes précaires venues de grandes agglomérations, en quête d’un cadre plus calme, toujours selon La Dépêche. Ce phénomène n’est pas propre à la ville, mais la concentration de cas complexes - troubles psychiatriques, poly-addictions, parcours migratoires - y rend la prise en charge particulièrement difficile.
La dimension judiciaire du drame du 2 mai en illustre la gravité : deux hommes sans domicile, l’un mort, l’autre incarcéré, tous deux étrangers, tous deux en grande fragilité. Les violences entre personnes précaires ne sont pas rares en France, mais elles restent peu documentées.
Contexte dans le Lot-et-Garonne
Le Lot-et-Garonne présente une situation sociale préoccupante. En 2024, 27 % des habitants d’Agen vivaient avec moins de 1 063 euros par mois, seuil de pauvreté retenu cette année-là, selon Le Petit Bleu. Quelque 2 900 personnes supplémentaires se situaient entre ce seuil et 1 263 euros mensuels.
Au niveau départemental, le Secours Catholique alertait déjà sur une pauvreté progressant en milieu rural, touchant de plus en plus les personnes isolées et âgées, selon Sud Ouest. Le département recenserait par ailleurs environ 30 000 ménages potentiellement en précarité énergétique, selon des données du Conseil départemental.
Le parc d’hébergement d’urgence reste sous-dimensionné : 50 places seraient disponibles au niveau départemental pour les sans-abri, selon Le Petit Bleu (janvier 2024), un chiffre que les acteurs associatifs jugent insuffisant. À l’échelle nationale, l’INSEE estime à 350 000 le nombre de personnes sans domicile en 2026 - contre 143 000 en 2012 - , dans l’attente des résultats complets d’une enquête en cours prévus fin 2026.
Un débat sur les solutions durables
Les associations agenaises ne réclament pas seulement plus de maraudes. Elles soulignent le manque de structures d’insertion, de suivi psychiatrique de proximité et de logements adaptés aux profils les plus complexes. Les kits d’hygiène et les colis alimentaires stabilisent sans résoudre.
La mairie d’Agen n’a pas fait de déclaration publique depuis le drame, selon les sources disponibles à ce jour. Les raisons d’une absence de réponse institutionnelle locale n’ont pas été précisées. La question de l’hébergement d’urgence cristallise les tensions dans plusieurs villes françaises, entre impératif humanitaire et résistances locales.
L’instruction judiciaire pour le meurtre de Gheorghe Danitoiu suit son cours. La prochaine étape dépend du juge d’instruction saisi, sans date d’audience annoncée à ce stade.
Sources
- La Dépêche du Midi : Après le drame, la réalité de la précarité à Agen en l'absence de vraies solutions
- Sud Ouest : Meurtre d'un SDF à Agen : vétéran de guerre, le suspect mis en examen et écroué
- La Dépêche du Midi : Le corps d'un homme sans vie retrouvé dans une rue du centre-ville d'Agen
- Le Petit Bleu : 27 % des Agenais vivent avec moins de 1 063 euros par mois