Aisne : à la ferme de Moyembrie, 20 détenus se réinsèrent avec 90% de réussite
Près de Rozoy-sur-Serre, un dispositif pionnier de placement extérieur affiche un taux de non-récidive exceptionnel depuis plus de 30 ans.
À Coucy-le-Château, dans l'Aisne, la ferme de Moyembrie accueille une vingtaine de détenus en fin de peine. Pas de barreaux, pas de miradors : du travail agricole, une vie collective et un taux de non-récidive de 90%. Un modèle qui fait référence en France.
Le matin, ils sarclent, sèment ou s’occupent des animaux. L’après-midi, ils préparent leur retour à la vie civile. À la ferme de Moyembrie, à Coucy-le-Château, une vingtaine de détenus en fin de peine purgent leur condamnation sans murs ni surveillants armés. Le dispositif, dit de placement extérieur, existe depuis 1990 et reste une référence nationale.
La structure a été fondée par Jacques et Geneviève Pluvinage, un couple d’ingénieurs agronomes à la retraite, sur 24 hectares dédiés à l’agriculture biologique. Membre du réseau Emmaüs depuis 2009, la ferme est financée par le ministère de la Justice à hauteur de 21 euros par jour et par résident, complétés par des soutiens de la Fondation de France et de la Fondation SNCF. Le coût journalier total reste autour de 30 euros, contre plus de 80 euros en détention classique, selon des données datant de 2018.
« On donne plus, on est reconnaissant »
Les résidents séjournent de 6 mois à 2 ans, pour une durée moyenne de 9 mois. Le matin est consacré au maraîchage et à l’élevage ; l’après-midi, à des ateliers de réinsertion. Didier, ancien résident, témoigne : « À Moyembrie, on change de mentalité. On est plus près des autres, on donne plus, on est reconnaissant. » (source : OIP.fr)
Le résultat le plus cité : un taux de non-récidive de 90 à 95%, selon la présidente de la ferme, rapporté par BFMTV. À titre de comparaison, les sorties sèches de prison sans accompagnement conduisent à 63% de récidive dans les cinq ans, selon Le Media Social. « La prison conduit à 60% de récidive, car sans accompagnement social, la marche est trop haute », résume Lara Védovelli, responsable des relations avec les prisons à la ferme. En 2018, 66% des sortants avaient trouvé un emploi ou une formation.
Un ancrage rural qui dynamise le territoire
Le programme ne profite pas qu’aux résidents. La ferme dynamise un territoire rural peu dense, à quelques kilomètres de Rozoy-sur-Serre. Elle a été visitée en 2019 par la garde des Sceaux Nicole Belloubet, et avait reçu le député Julien Dive en 2018. Des soutiens institutionnels qui attestent d’une reconnaissance dépassant le cadre local. Pour des lecteurs intéressés par d’autres exemples de partenariats État-terrain en matière de sécurité, ou par les recrutements dans les services publics de la région, ces dispositifs illustrent une même logique de proximité institutionnelle.
En janvier 2026, la ferme a annoncé un projet d’extension, visant à accueillir davantage de résidents et à abaisser encore le taux de retour en détention, dans un contexte national de surpopulation carcérale, selon L’Aisne Nouvelle. Le montant et le calendrier précis de cette extension n’ont pas encore été communiqués.
Sources
- BFMTV : 90% de non-récidive : ces détenus purgent la fin de leur peine dans une ferme en Picardie
- L'Aisne Nouvelle : À Coucy-le-château, la ferme de Moyembrie, modèle de réinsertion, veut accueillir plus de résidents
- Le Media Social : La ferme de Moyembrie : rebâtir un projet de vie après la prison
- Fondation de France : Inventer demain avec la ferme de Moyembrie