Ajaccio : les agents de la DREETS manifestent pour dénoncer harcèlement et violences sexistes
L'intersyndicale CGT-STC réclame un audit immédiat après un an de signalements sans réponse et une tentative de suicide en février
Les agents de la Direction régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) d'Ajaccio ont manifesté le 6 mai 2026 devant la préfecture de Corse-du-Sud. Ils dénoncent un climat toxique fait de harcèlement moral, de violences sexistes et sexuelles. La préfecture promet un audit à l'automne.
Les agents de la Direction régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) d’Ajaccio ont manifesté le 6 mai 2026 devant la préfecture de Corse-du-Sud. Ils dénoncent un climat toxique fait de harcèlement moral, de violences sexistes et sexuelles. La préfecture promet un audit à l’automne.
L’essentiel
- 6 mai 2026 : manifestation des agents de la DREETS devant la préfecture d’Ajaccio, à l’appel de l’intersyndicale CGT-STC.
- Environ une dizaine de femmes avaient signalé des faits de violences sexistes et sexuelles dès mai 2025, sans avancée significative depuis.
- 9 février 2026 : l’intersyndicale a alerté le préfet sur une tentative de suicide d’un agent et des agissements sexistes documentés.
- Un directeur délégué originaire de Normandie est visé par des plaintes pour harcèlement et management par la peur, selon Corse Matin.
- Audit prévu à l’automne 2026 selon la préfecture, qui confirme que plusieurs procédures sont en cours.
Une mobilisation après un an sans réponse
Le 6 mai 2026, des agents de la DREETS se sont rassemblés devant la préfecture de Corse-du-Sud. L’intersyndicale CGT-STC avait déposé un préavis de grève pour cette date, dénonçant des conditions de travail « dégradées depuis plusieurs mois », selon Corse Matin et France 3 ViaStella.
Ce n’est pas la première alerte. En mai 2025, une dizaine de femmes agents avaient déjà signalé des faits de violences sexistes et sexuelles à leur hiérarchie. Un an plus tard, les syndicats font le constat d’une absence d’avancée significative sur ces signalements.
Tentative de suicide et saisine du préfet
La situation s’est aggravée au début de l’année. Le 9 février 2026, lors d’une réunion avec la préfecture, l’intersyndicale STC-CGT a alerté formellement le préfet sur une tentative de suicide d’un agent. Les représentants syndicaux ont également documenté des agissements sexistes répétés contre des femmes au sein de la direction, selon France 3 ViaStella.
Les syndicats qualifient aujourd’hui la situation de « climat préoccupant et d’engagements non tenus » par la hiérarchie. Cette formule, reprise par France 3 Corse ViaStella, résume l’accumulation de faits signalés sans suite perçue par les agents.
Un directeur délégué au cœur des griefs
Parmi les revendications syndicales figure une demande explicite : l’arrêt du recrutement d’un directeur délégué venu de Normandie. Ce cadre aurait été visé par des plaintes pour harcèlement et management par la peur dès décembre 2025, selon Corse Matin. L’information reste à ce stade single-source.
L’intersyndicale CGT-STC réclame également une « mission flash », c’est-à-dire un audit immédiat et ciblé, plutôt que d’attendre la procédure annoncée par la préfecture. Selon Alta Frequenza, les syndicats demandent en parallèle des mesures de protection immédiates pour les agents concernés.
Ce conflit social au sein d’un service public fait écho à d’autres tensions dans le secteur de l’action sociale en Corse. La grève illimitée à l’ADMR de Corse-du-Sud, qui exige aussi le départ d’une directrice après un droit d’alerte, illustre une période de tensions dans plusieurs structures insulaires.
La réponse de la préfecture : des procédures en cours, un audit à l’automne
La préfecture de Corse-du-Sud n’a pas contesté les faits. Elle confirme que plusieurs procédures sont en cours concernant les signalements. Un audit complet de la DREETS est annoncé pour l’automne 2026, selon Corse Matin.
Ce calendrier ne satisfait pas les syndicats. Pour la CGT-STC, attendre plusieurs mois revient à laisser les agents exposés. Ils maintiennent leur demande d’intervention immédiate.
La préfecture n’a pas précisé à ce stade quelles procédures disciplinaires ou de protection fonctionnelle ont été engagées, ni si le directeur délégué mis en cause fait l’objet d’une suspension préventive.
Contexte dans la Corse-du-Sud
La DREETS de Corse a été créée le 1er avril 2021 par regroupement des DIRECCTE et des services de cohésion sociale. Elle couvre économie, emploi, travail et solidarités pour la région entière, avec une antenne principale à Ajaccio, chef-lieu de Corse-du-Sud.
L’ironie de la situation n’échappe pas aux observateurs locaux : c’est le service chargé d’appliquer le droit du travail et de contrôler les employeurs qui est aujourd’hui mis en cause pour des pratiques que l’Inspection du travail est censée sanctionner ailleurs. Le bilan 2024 de l’Inspection du travail en Corse mentionnait déjà des saisines pour harcèlement moral et discrimination syndicale dans le secteur de la distribution, selon le document publié sur le site de la DREETS Corse.
À l’échelle nationale, l’enquête Conditions de Travail et Risques Psychosociaux 2024-2025 de l’INSEE a précisément renforcé ses indicateurs sur le harcèlement et les discriminations dans la fonction publique, signe d’une prise de conscience institutionnelle progressive.
Pour les agents mobilisés, la question reste posée : qui contrôle les contrôleurs ? Dans une île de 340 000 habitants, où les réseaux professionnels sont étroits et les recours internes limités, la pression syndicale sur la préfecture constitue souvent le seul levier disponible. La situation à la DREETS rappelle d’ailleurs les tensions récentes dans d’autres structures publiques locales, comme les difficultés de recrutement documentées en Haute-Corse dans les métiers de la sécurité publique.
Un préavis de grève comme signal d’alarme
Le préavis de grève du 6 mai n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une séquence : signalements en mai 2025, réunion préfectorale en février 2026, tentative de suicide signalée, puis mobilisation publique. Les syndicats ont choisi la visibilité pour forcer une réponse.
Ici.fr Corse rapporte que des agents évoquent une « souffrance au travail » durable, sans que des mesures concrètes aient été visibles depuis les premiers signalements. La notion d’« engagements non tenus » revient systématiquement dans les prises de position syndicales.
Le mouvement pourrait s’étendre si l’audit annoncé à l’automne tarde à se matérialiser sous une forme plus contraignante. Les syndicats n’ont pas exclu de nouvelles actions dans les semaines à venir.
La prochaine étape formelle reste l’audit prévu à l’automne 2026 par la préfecture. D’ici là, l’intersyndicale CGT-STC n’a pas précisé si elle déposerait de nouveaux préavis de grève.
Sources
- Corse Matin : Harcèlement, violences sexistes et sexuelles : à Ajaccio, les agents de la direction du Travail alertent le préfet
- France 3 Corse ViaStella : "Un climat préoccupant et des engagements non tenus" : mobilisation des agents de la DREETS devant la préfecture d'Ajaccio
- Alta Frequenza : L'intersyndicale STC-CGT de la DREETS a fait remonter son mécontentement au préfet
- Ici Corse : Conflit à la DREETS de Corse : les agents dénoncent harcèlement et souffrance au travail