Albi : le gouvernement dissout officiellement Patria Albiges par décret du 3 juin
Le groupuscule identitaire tarnais fondé en 2021 est dissous par décret publié au Journal officiel, sur proposition du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Le Conseil des ministres du 3 juin 2026 a prononcé la dissolution du groupement de fait « Patria Albiges », basé à Albi (Tarn). Le décret, publié au Journal officiel, se fonde sur l'article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure pour troubles à l'ordre public, discrimination et incitation à la violence.
L’essentiel
- 3 juin 2026 : le Conseil des ministres dissout « Patria Albiges » sur proposition du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ; décret publié au Journal officiel (JORF).
- Fondement légal : article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure - troubles à l’ordre public, discrimination, haine et provocation à la violence.
- Procédure engagée en février 2026 : phase contradictoire lancée par le ministère de l’Intérieur dès le 23 février 2026.
- 11 condamnations : en avril 2026, onze militants proches du groupe ont été condamnés à des peines de 4 à 8 mois de prison pour une expédition punitive dans un bar d’Albi en avril 2025.
- ~20 membres : groupuscule créé en août-septembre 2021, cofondé par Clément Cabrolier, fils de l’ex-député RN Frédéric Cabrolier.
Le décret, signé le 3 juin
Le Conseil des ministres du 3 juin 2026 a officialisé la dissolution du groupement de fait « Patria Albiges ». La décision a été proposée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et actée par décret publié au Journal officiel de la République française (Legifrance, JORFTEXT000054189917). Le préfet du Tarn l’a annoncé le même jour sur X.
Selon le compte rendu officiel du Conseil des ministres (info.gouv.fr), la dissolution repose sur l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure. Le texte vise les groupements « qui provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes » et ceux qui « provoquent à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ».
Dans le même Conseil des ministres, le gouvernement a également dissous « Front de rue », groupement d’ultragauche basé dans le Nord-Lille, selon Le Monde et franceinfo.
Un groupuscule créé en 2021 dans le sillage de Génération Identitaire
Patria Albiges est fondé en août-septembre 2021 à Albi, peu après la dissolution de Génération Identitaire par le gouvernement Castex. Parmi ses cofondateurs figure Clément Cabrolier, fils de Frédéric Cabrolier, ancien député Rassemblement national du Tarn, selon les données croisées du décret JORF et du recensement Cartofaf (Streetpress).
Le groupe se présente comme un mouvement de jeunesse identitaire opposé à l’immigration, à l’insécurité et au « wokisme ». Il compte environ une vingtaine de membres. Le Tarn et sa préfecture Albi constituent l’unique ancrage territorial du groupement.
Un historique judiciaire chargé
Patria Albiges accumule les condamnations depuis 2023. Trois militants, dont Clément Cabrolier, ont été poursuivis pour provocation publique à la haine après avoir apposé des affiches racistes sur des parcs d’Albi - « Protégeons nos familles de l’immigration ». La condamnation a été confirmée en appel, puis en cassation en mars 2026, selon La Dépêche du Midi et Actu.fr.
En avril 2025, une vingtaine d’individus proches du groupe ont pris part à une expédition punitive dans un bar albigeois. En avril 2026, onze d’entre eux ont été condamnés à des peines allant de quatre à huit mois de prison, majoritairement avec sursis, selon Mediacités et France 3 Occitanie. Le porte-parole Lorenzo Bodino compte également des condamnations pour violences, selon ICI Occitanie.
C’est cet ensemble de faits - condamnations judiciaires répétées, violences collectives, publications haineuses - qui a motivé l’ouverture de la procédure administrative de dissolution.
Procédure : quatre mois du contradictoire au décret
Le ministère de l’Intérieur a engagé la phase contradictoire en février 2026, comme l’avait révélé La Dépêche du Midi le 23 février. Cette étape obligatoire permet au groupement visé de présenter ses observations avant toute décision. Le délai entre l’ouverture de la procédure et le décret de dissolution est d’environ trois mois et demi.
Aucun recours contentieux n’avait encore été rendu public au 3 juin 2026. La loi autorise les membres d’un groupement dissous à saisir le Conseil d’État.
Contexte dans le Tarn
Le Tarn (81) est un département de 400 000 habitants environ, dont Albi constitue la préfecture avec près de 50 000 habitants. La présence de groupuscules identitaires dans le département est documentée depuis plusieurs années. Patria Albiges en était le principal représentant recensé, selon les bases Cartofaf de Streetpress.
La dissolution intervient dans un contexte national de durcissement de la politique de dissolution des groupements extrémistes. Depuis 2017, une cinquantaine de groupes - ultra-droite et ultra-gauche confondus - ont fait l’objet de décrets similaires, selon franceinfo et Le Monde. Le Tarn n’avait pas été directement concerné par une telle mesure jusqu’à ce 3 juin 2026.
La politique de sécurité intérieure conduite par le gouvernement Nuñez s’applique donc désormais aussi aux groupuscules locaux de taille modeste, dès lors que des condamnations pénales répétées en étayent la dissolution.
Ce que change concrètement la dissolution
Un groupement dissous par décret ne peut légalement plus fonctionner, se réunir ni recruter sous ce nom. Ses responsables qui maintiendraient l’activité s’exposent à des poursuites pénales, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (article 431-15 du code pénal). Les avoirs du groupe peuvent être saisis.
La dissolution administrative ne préjuge pas des éventuelles poursuites pénales individuelles en cours ou à venir contre les membres. Plusieurs d’entre eux sont déjà sous le coup de condamnations définitives, rappelle Mediacités.
Le préfet du Tarn n’a pas précisé, dans son annonce du 3 juin, les modalités concrètes de contrôle du respect du décret sur le territoire albigeois. La question du suivi local de l’application reste ouverte.
Le groupement dispose d’un délai pour saisir le Conseil d’État. Aucune procédure de ce type n’avait été annoncée à la date de publication de cet article.
Sources
- info.gouv.fr : Compte rendu du Conseil des ministres du 03/06/2026
- Legifrance / JORF : Décret portant dissolution du groupement de fait Patria Albiges
- La Dépêche du Midi : Le ministère de l'Intérieur a engagé une procédure de dissolution contre Patria Albiges
- Mediacités : Des militants identitaires condamnés pour violences à Albi