Allemagne : Berlin autorise du combustible nucléaire fabriqué avec Moscou
La Basse-Saxe a validé une coopération entre Framatome et Rosatom à Lingen, malgré les tensions sur la sécurité nationale allemande.
Le 22 juillet 2026, l'Allemagne a autorisé la production de combustible nucléaire russe à l'usine de Lingen, en Basse-Saxe. Une décision jugée juridiquement inévitable, mais vivement critiquée par le gouvernement régional.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le 22 juillet 2026, le ministère de l'Environnement de Basse-Saxe a autorisé la production de combustible nucléaire sous licence russe à Lingen.
- Le projet est porté par Advanced Nuclear Fuels (ANF), filiale de Framatome, en coopération avec le russe Rosatom.
- Le combustible hexagonal produit est destiné aux réacteurs VVER de conception russe utilisés en Europe de l'Est et en Finlande.
- Le ministre régional Christian Meyer (Verts) a qualifié cette coopération de "fondamentalement mauvaise".
- L'accès au site est interdit aux représentants de Rosatom et TVEL, sauf cas limités et sous surveillance.
Berlin a tranché, à contrecœur. Le 22 juillet 2026, le ministère de l’Environnement de Basse-Saxe a autorisé la production, sur le site de Lingen, de combustible nucléaire fabriqué selon une technologie russe. Une décision qui expose, selon plusieurs médias allemands, les fissures de la stratégie d’indépendance énergétique affichée par Berlin depuis le début de la guerre en Ukraine.
Ce que Berlin a autorisé
L’autorisation concerne l’usine Advanced Nuclear Fuels (ANF), filiale du groupe français Framatome, implantée à Lingen, en Basse-Saxe. Elle permet à ANF de produire, en coopération avec le géant public russe Rosatom, un combustible nucléaire de type hexagonal, selon Boursorama. Ce combustible n’est pas destiné aux réacteurs allemands, tous fermés depuis 2023, mais aux réacteurs de conception soviétique VVER encore en service dans plusieurs pays d’Europe de l’Est ainsi qu’en Finlande, précise Le Monde.
Sur X, plusieurs comptes suivant le dossier énergétique européen ont relayé la nouvelle dès son annonce.
Framatome, Rosatom et l’héritage du nucléaire soviétique
Le projet illustre un paradoxe propre au secteur nucléaire civil européen : plusieurs pays, notamment en Europe de l’Est, dépendent encore de réacteurs VVER conçus à l’époque soviétique, qui nécessitent un combustible spécifique. Framatome, via sa filiale ANF, s’est positionné depuis plusieurs années pour proposer une alternative aux fournisseurs russes historiques. Mais dans ce dossier précis, selon Franceinfo, c’est bien une association entre l’industriel français et le groupe étatique russe qui a été validée par les autorités de Basse-Saxe, et non un remplacement pur et simple de Rosatom.
Une décision jugée « fondamentalement mauvaise » mais juridiquement inévitable
Le gouvernement régional n’a pas caché son malaise. Le ministre de l’Environnement de Basse-Saxe, Christian Meyer, membre des Verts, a qualifié cette coopération de « fondamentalement mauvaise », selon Clean Energy Wire. Mais BFMTV rapporte que les autorités allemandes ont estimé n’avoir aucun fondement juridique pour s’opposer au projet, faute de sanctions européennes visant spécifiquement le secteur nucléaire civil russe. L’énergie nucléaire échappe en effet, à ce jour, aux différents paquets de sanctions adoptés par l’Union européenne depuis l’invasion de l’Ukraine.
Cette situation met en lumière une tension plus large en Allemagne : d’un côté, un discours politique ferme sur la nécessité de rompre les liens économiques avec Moscou depuis 2022 ; de l’autre, des dépendances industrielles et contractuelles qui persistent, notamment dans des secteurs très encadrés par le droit international comme le nucléaire civil.
Garde-fous et surveillance renforcée du site
Pour limiter les risques, des restrictions strictes ont été imposées sur le site de Lingen. Selon Politico, l’accès est interdit aux représentants de Rosatom et de sa filiale TVEL, sauf cas limités et sous surveillance. Le ministère fédéral de l’Environnement a par ailleurs précisé que l’autorisation pourrait être réexaminée si de nouveaux risques, notamment liés à la sécurité nationale, venaient à être identifiés. Cette clause de révision traduit une crainte exprimée par plusieurs responsables allemands : celle d’une « guerre hybride » passant par l’espionnage industriel, le sabotage ou des pressions exercées via des installations sensibles de ce type.
Contexte en Basse-Saxe, région clé du nucléaire allemand
Lingen, petite ville de Basse-Saxe proche de la frontière néerlandaise, a longtemps abrité l’une des dernières centrales nucléaires allemandes en activité, fermée définitivement en 2023 avec la sortie du nucléaire décidée par Berlin. L’usine ANF, elle, a continué de fonctionner comme site de fabrication de combustible, un secteur industriel que l’Allemagne n’a jamais totalement abandonné malgré l’arrêt de sa production électrique nucléaire. La Basse-Saxe se retrouve ainsi en première ligne d’un dossier qui dépasse largement l’échelle régionale, puisqu’il touche à la politique énergétique et diplomatique de l’ensemble du pays vis-à-vis de la Russie.
Pour un lecteur français, ce dossier rappelle que la sortie du nucléaire allemande, actée depuis 2023, n’a pas mis fin à toute activité liée à l’atome sur le sol allemand. Elle a aussi ses propres angles morts, dont ce maintien d’une chaîne industrielle liée à Rosatom fait partie.
Le gouvernement fédéral allemand a conservé la possibilité de revenir sur cette autorisation en cas de nouvelle alerte sécuritaire. Le dossier restera surveillé de près, à Berlin comme à Bruxelles.