Altrad visé par une enquête pour fraude fiscale : le sponsor du XV de France dans le viseur

Le Parquet national financier enquête sur le groupe montpelliérain pour fraude fiscale aggravée et blanchiment. Le fisc réclame 331 millions d'euros et Mediapart révèle que l'argent détourné aurait financé le contrat maillot du XV de France.

Altrad visé par une enquête pour fraude fiscale : le sponsor du XV de France dans le viseur
Illustration Paul Vidauban / info.fr

Le groupe Altrad, sponsor officiel du XV de France, est au cœur d'une enquête du Parquet national financier pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée. L'administration fiscale réclame 331 millions d'euros d'arriérés d'impôts, tandis que Mediapart dévoile un montage offshore à Dubaï qui aurait servi à financer le partenariat avec la Fédération française de rugby.

L’essentiel

  • Fait 1 : Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire en juin 2026 contre le groupe Altrad pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée.
  • Fait 2 : L’administration fiscale réclame 331 millions d’euros d’arriérés d’impôts sur la période 2018-2024, avec un préjudice total estimé entre 350 et 400 millions d’euros.
  • Fait 3 : Mediapart révèle que l’argent issu d’un montage offshore à Dubaï aurait servi à financer le sponsoring maillot du XV de France, contrat en cours depuis 2018 et renouvelé jusqu’en juin 2027.
  • Fait 4 : Une cinquantaine d’enquêteurs ont perquisitionné le siège social du groupe à Montpellier en juin 2026.

Le géant du BTP basé à Montpellier, Altrad, fait l’objet depuis quelques jours d’une enquête préliminaire du Parquet national financier (PNF) pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée. Une information révélée par Mediapart le 24 juin 2026, qui secoue le monde du rugby français : le groupe est en effet le sponsor principal du XV de France depuis 2018.

Ce que révèle l’enquête du PNF

Selon les informations recueillies, l’enquête porte sur des soupçons de fraude fiscale à grande échelle via un montage offshore complexe basé à Dubaï. L’administration fiscale aurait adressé au groupe une réclamation de 331 millions d’euros au titre de l’impôt sur les sociétés pour la période 2018-2024. Le préjudice total est estimé entre 350 et 400 millions d’euros, selon une source interne proche du dossier confirmée par Mediapart.

Les investigations ont donné lieu à une vague de perquisitions au début du mois. Une cinquantaine d’enquêteurs du PNF ont investi plusieurs sites du groupe, dont son siège social à Montpellier. Plusieurs personnes physiques ont été entendues sous le régime de l’audition libre ; aucune garde à vue n’a été ordonnée à ce stade.

Un montage offshore à Dubaï

Au cœur du système présumé, une plateforme offshore installée à Dubaï servait de pivot pour transférer artificiellement les marges des filiales internationales du groupe Altrad. Ce montage aurait permis d’éluder l’impôt sur les sociétés en France, en concentrant les bénéfices dans un territoire à la fiscalité avantageuse. Les enquêteurs cherchent à établir l’ampleur exacte des sommes détournées et les responsabilités des dirigeants.

Le Parquet national financier n’a pas encore communiqué officiellement, mais les éléments recueillis par Mediapart dressent un tableau accablant : le groupe aurait utilisé des sociétés-écrans aux Émirats arabes unis pour minorer ses résultats imposables en France.

Le lien avec le sponsoring du XV de France

Le volet le plus sensible de cette affaire concerne le partenariat entre Altrad et la Fédération française de rugby (FFR). Depuis 2018, le logo du groupe trône sur le maillot des Bleus, et ce contrat a été prolongé en 2023 jusqu’en juin 2027. Selon l’enquête de Mediapart, les fonds détournés via le montage offshore auraient directement alimenté le financement de ce sponsoring. Un lien que les enquêteurs du PNF examinent de près, car il pourrait démontrer l’utilisation d’argent frauduleux pour des opérations de prestige.

Contactée par info.fr, la FFR n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat, renvoyant à la communication officielle du groupe Altrad. Ce dernier a, par la voix de son directeur de la communication, démenti toute intention frauduleuse et affirmé coopérer pleinement avec la justice.

Mohed Altrad, un entrepreneur déjà condamné

Cette nouvelle affaire judiciaire s’ajoute à un lourd passif. Le fondateur et président du groupe, Mohed Altrad, avait été condamné en décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Paris pour corruption active et trafic d’influence dans l’affaire dite « Laporte-Altrad ». Il était reproché à l’homme d’affaires d’avoir versé des avantages à Bernard Laporte, alors président de la FFR, pour obtenir des marchés et le sponsoring du XV de France. Cette condamnation, contestée en appel, a valu à Mohed Altrad une peine de 18 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende.

Aujourd’hui, les ennuis judiciaires reprennent de plus belle, avec des accusations potentiellement bien plus lourdes sur le plan financier.

Contexte dans l’Hérault

Basé à Montpellier, le groupe Altrad est un poids lourd de l’économie régionale. Fondé en 1985 par Mohed Altrad, il emploie plusieurs milliers de personnes dans l’Hérault et dans toute la France, principalement dans le BTP, l’industrie et l’énergie. Cette nouvelle enquête jette une ombre sur le tissu économique local, même si les élus de la métropole montpelliéraine se montrent discrets. Interrogé par info.fr, un conseiller municipal sous couvert d’anonymat a confié : « C’est une très mauvaise nouvelle pour l’image de Montpellier ; espérons que la justice fera son travail et que l’entreprise pourra continuer à créer de l’emploi ». Aucune réaction officielle de la mairie ou de la Métropole n’a été publiée à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Le département de l’Hérault (34) compte environ 1,2 million d’habitants, avec Montpellier comme pôle économique majeur. Altrad fait partie des fleurons locaux, aux côtés d’entreprises comme la Compagnie des Alpes ou le groupe Nicollin. Cette affaire pourrait fragiliser la réputation du territoire, même si pour l’instant l’activité du groupe se poursuit normalement.

Prochaine étape : l’enquête se poursuit

Les investigations du PNF se poursuivent. Aucune mise en examen n’a encore été prononcée, mais les perquisitions et les auditions laissent présager des suites judiciaires dans les mois à venir. Le contrat de sponsoring du XV de France, lui, court jusqu’en 2027, mais la FFR pourrait être amenée à revoir sa position si les faits venaient à être confirmés.

Affaire à suivre de près pour le monde du rugby et pour l’économie montpelliéraine.

Paul
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Sources

Paul Vidauban

Paul Vidauban

Paul est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisé dans le sport automobile : Formule 1, MotoGP, rallye et endurance. Il distingue toujours la performance machine de la performance pilote, décrypte les stratégies (pneus, arrêts, drapeaux) et les transferts d'écuries, et resitue chaque course dans le classement du championnat.

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