Andorre : Macron pousse pour dépénaliser l’IVG, le Vatican verrouille
En visite officielle comme coprince, le président français appelle à faire bouger l'une des deux dernières législations européennes interdisant totalement l'avortement.
Sept ans après sa dernière visite, Emmanuel Macron a sommé Andorre d'avancer sur l'IVG. La principauté reste, avec le Vatican, le seul État européen à l'interdire totalement.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Une interdiction parmi les plus strictes d'Europe
Andorre interdit totalement l'IVG, même en cas de viol ou de danger pour la mère, avec six mois de prison pour la femme et trois ans pour le médecin.
Le verrou institutionnel du Saint-Siège
Toute évolution législative en Andorre nécessite une validation du Vatican, l'évêque d'Urgell étant coprince aux côtés du président français.
Dépénalisation n'est pas légalisation
Le gouvernement andorran vise 2027 pour retirer les peines, mais sans créer de service d'avortement local : les femmes continueront à se rendre en Espagne.
Un timing diplomatique chargé
L'appel sur l'IVG s'inscrit dans une visite où Macron pousse aussi à l'adoption de l'accord d'association avec l'Union européenne, à signer avant l'été.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Macron a appelé Andorre à faire progresser le débat sur l'IVG le 28 avril 2026.
- Andorre est, avec le Vatican, le seul État européen à interdire totalement l'avortement.
- Le chef du gouvernement andorran vise une dépénalisation en 2027, sans légalisation.
- 131 Andorranes par an se rendent en Espagne pour avorter, selon une enquête de 2025.
- Toute réforme nécessite l'aval du Saint-Siège, coprince institutionnel.
Emmanuel Macron [1] a choisi la Plaça del Poble, à Andorre-la-Vieille [2], pour appeler la principauté à faire « progresser » le débat sur la dépénalisation de l’avortement. C’était mardi 28 avril [3], deuxième et dernier jour d’une visite officielle [4] menée en sa qualité de coprince [1]. Sept ans [5] après sa dernière venue.
« De là où je suis, sans préempter vos débats, je souhaite avec affection que ce débat progresse et qu’il permette de répondre à une demande que j’entends » [6], a-t-il déclaré. Avant d’ajouter: « Votre gouvernement a fait une proposition d’avancer. Elle me paraît proportionnée » [7]. Macron pose le mot. Il ne le pose pas par hasard.
Une législation parmi les plus dures d’Europe
Andorre, principauté pyrénéenne enclavée entre la France et l’Espagne [9], 80 000 habitants [10], est avec le Vatican le seul État en Europe à interdire totalement l’IVG [11]. Totalement, c’est-à-dire: même en cas de viol, d’inceste, de danger pour la mère ou de maladie du fœtus [12]. La principauté fait désormais figure d’anomalie en Europe, aux côtés de Monaco [13] où l’avortement reste très restreint.
Le Code pénal andorran prévoit six mois de prison pour la femme [14]. Trois ans pour le médecin, plus cinq ans d’interdiction d’exercer [15]. Sur le papier seulement: il n’y a jamais eu de procès [16]. La sanction n’a pas besoin de tomber pour produire ses effets - elle suffit à exporter le problème. Une enquête transfrontalière publiée en 2025 [17] a établi qu’en moyenne 131 femmes andorranes [8] traversent chaque année la frontière espagnole pour avorter. La principauté n’interdit pas l’avortement. Elle l’externalise.
Le verrou s’appelle le Saint-Siège
Andorre est dirigée par deux coprinces: le président français et l’évêque d’Urgell [18]. Système vieux de plusieurs siècles [19]. Conséquence directe: toute évolution sur l’avortement nécessite des négociations avec le Saint-Siège [20]. Chaque décision doit être validée en amont par Rome [21].
L’évêque d’Urgell, coprince épiscopal, est selon plusieurs sources opposé à la légalisation. Macron pousse donc dans un système où il ne décide pas seul. C’est tout le sens de sa formule: « De là où je suis, sans préempter vos débats » [6]. Le coprince français ne peut pas légiférer seul; il peut peser sur le débat. Aucune source consultée ne mentionne de réaction officielle du Saint-Siège à la déclaration de Macron. Le silence romain, dans ce dossier, est en soi un fait politique.
Dépénaliser n’est pas légaliser
C’est la nuance que la communication politique gomme. Xavier Espot Zamora [22], chef du gouvernement andorran, avait dit fin mars [23] espérer dépénaliser l’IVG d’ici à un an « sans pour autant la légaliser » [24]. Horizon avancé: 2027 [25].
Traduction: on retire la peine de prison. On ne crée pas de service d’avortement. On continue d’envoyer les femmes accoucher de leur choix en Espagne. Amnesty International [26] l’a écrit noir sur blanc: « Les femmes, les filles et les autres personnes pouvant être enceintes resteraient donc contraintes de se rendre à l’étranger pour exercer ce droit en cas de besoin » [27]. Ce que Macron a salué comme « proportionné » [7] est une demi-mesure pour les associations féministes. Le droit à l’avortement reste inégal selon les frontières, et l’Andorre incarne cette inégalité jusqu’à l’absurde.
Une voix féministe ignorée des grands médias
L’association Acció Feminista d’Andorra [28] a adressé une lettre ouverte à Macron le 27 avril [29]. Le texte est sec: « ce qui est un droit en France est une infraction pénale en Andorre » [30]. L’association demande « la pleine légalisation de l’avortement dans le pays, son accessibilité en Andorre, sans nécessité de se déplacer à l’étranger et sa gratuité en tant qu’acte médical » [31]. Pas la dépénalisation. La légalisation pleine.
Le décalage entre cette revendication et la position officielle d’Espot Zamora - qui assume publiquement de ne pas vouloir légaliser [24] - est le vrai sujet politique. Macron, en saluant la « proposition proportionnée » [7] du gouvernement andorran, valide implicitement la position minimaliste. Ce que personne ne dit: le coprince français aurait pu soutenir la position d’Acció Feminista. Il a choisi celle du chef du gouvernement andorran [22]. Une posture plus prudente que celle affichée à Paris.
Le timing: pourquoi maintenant?
La question mérite d’être posée frontalement. Macron ne se rend en Andorre qu’une fois par mandat [32]: la fenêtre est étroite et hautement symbolique. Or l’agenda est dense. L’accord d’association entre Andorre et l’Union européenne, qui doit permettre à la principauté de participer au marché commun sans devenir État membre [33], doit être signé par la Commission et les Vingt-Sept avant l’été [34], puis soumis à référendum andorran [35]. Le président a prévenu, sans détour: « Si à la fin vous disiez non, ou pas maintenant, on va renégocier, la porte ne se rouvrira pas » [36]. Et: « la Commission européenne diront ‘on en a marre de ces gens-là’ » [37].
Le lien entre l’IVG et l’accord UE n’est pas affirmé en tant que tel par les sources: c’est l’analyse de la rédaction. Mais Macron lui-même projette une principauté « profondément européenne par sa géographie, son histoire et sa culture » [38]. Or l’Union, selon plusieurs sources, a fait des droits sexuels et reproductifs un marqueur politique de son espace commun. Une principauté membre du marché commun mais maintenant la prison pour avortement serait, à Bruxelles, une dissonance lourde à porter. Pousser sur l’IVG maintenant, c’est aligner les calendriers - et donner à la principauté un argument supplémentaire pour vendre l’accord à ses propres conservateurs. Le coprince a aussi été accueilli par des sifflets de manifestants réclamant une politique de « logement digne » [39]: signe que la fenêtre n’est pas seulement européenne, elle est aussi sociale.
Le contraste avec la France
Le 4 mars 2024 [40], la France a inscrit la liberté d’avorter dans sa Constitution, premier pays au monde à offrir une telle protection [41]. Deux ans plus tard, son président va plaider pour qu’un État coprésidé par lui-même cesse de mettre en prison les femmes qui avortent. La distance entre les deux situations dit l’écart entre la rhétorique constitutionnelle et la realpolitik institutionnelle.
Notre lecture: Macron a fait ce qu’il pouvait faire - pousser publiquement, sans pouvoir trancher. Le verrou n’est pas à l’Élysée. Il est à Rome. Et tant que le Saint-Siège conservera son droit de veto institutionnel sur la législation andorrane, les Andorranes continueront de faire leurs valises pour exercer en Espagne un droit que leur Constitution leur refuse. La dépénalisation à horizon 2027 [25], si elle aboutit, retirera la peine. Pas l’exil. Une avancée symbolique de plus dans un dossier qui n’en finit pas.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (41)
« Le président français, qui est aussi coprince d’Andorre, Emmanuel Macron »
lemonde.fr ↗ ↩
« a-t-il déclaré dans une adresse aux Andorrans sur la Plaça del Poble à Andorre-la-Vieille »
fr.aleteia.org ↗ ↩
« Emmanuel Macron, a appelé mardi 28 avril »
lemonde.fr ↗ ↩
« En visite lundi et mardi 28 avril 2026, le président français et coprince d’Andorre Emmanuel Macron »
ouest-france.fr ↗ ↩
« Sept ans après sa dernière visite, le Président Emmanuel Macron s'est rendu en Principauté d'Andorre »
elysee.fr ↗ ↩
« "De là où je suis, sans préempter vos débats, je souhaite avec affection que ce débat progresse et qu'il permette de répondre à une demande que j'entends", a-t-il dit dans une adresse aux Andorrans sur la Plaça del Poble à Andorre-la-Vieille. »
france24.com ↗ ↩
« « Votre gouvernement a fait une proposition d’avancer. Elle me paraît proportionnée » »
lemonde.fr ↗ ↩
« Une enquête journalistique transfrontalière publiée en 2025 a révélé qu’en moyenne, chaque année, 131 femmes vivant en Andorre se rendaient en Espagne pour avorter »
ouest-france.fr ↗ ↩
« la principauté pyrénéenne enclavée entre la France et l’Espagne »
fr.euronews.com ↗ ↩
« la principauté de 80 000 habitants »
lemonde.fr ↗ ↩
« La principauté est, avec le Vatican, le seul Etat en Europe à interdire totalement l’IVG »
lemonde.fr ↗ ↩
« le seul Etat en Europe à interdire totalement l’IVG, même en cas de viol, d’inceste, de danger pour la mère ou de maladie du fœtus »
lemonde.fr ↗ ↩
« tout comme à Monaco ou au Liechtenstein »
fr.euronews.com ↗ ↩
« Actuellement, l’avortement y est puni de six mois de prison pour la femme qui y a recours »
ouest-france.fr ↗ ↩
« et de trois ans de prison ainsi que cinq ans d’interdiction d’exercer la médecine pour la personne qui réalise l’interruption de grossesse »
ouest-france.fr ↗ ↩
« L'IVG est passible de prison pour les femmes et les médecins qui la pratiquent, même s'il n'y a jamais eu de procès. »
france24.com ↗ ↩
« Une enquête journalistique transfrontalière publiée en 2025 »
ouest-france.fr ↗ ↩
« dont le président français est coprince aux côtés de Monseigneur Josep-Lluís Serrano Pentina, évêque d'Urgell »
fr.euronews.com ↗ ↩
« En vertu d'un système vieux de plusieurs siècles, le chef de l'Etat français partage les fonctions de coprince d'Andorre »
france24.com ↗ ↩
« toute avancée nécessite des négociations avec le Saint-Siège »
lemonde.fr ↗ ↩
« Cette structure rend toute évolution sur l’IVG particulièrement délicate, puisque chaque décision doit être au préalable validée par le Saint-Siège »
valeursactuelles.com ↗ ↩
« Le chef du gouvernement andorran, Xavier Espot Zamora »
lemonde.fr ↗ ↩
« avait dit fin mars à l’Agence France-Presse (AFP) »
lemonde.fr ↗ ↩
« Le chef du gouvernement andorran, Xavier Espot Zamora, avait dit fin mars à l'AFP espérer dépénaliser l'IVG d'ici à un an sans pour autant la légaliser »
france24.com ↗ ↩
« le chef du gouvernement de la principauté d’Andorre Xavier Espot Zamora avait annoncé [.] qu’il souhaitait « dépénaliser » l’IVG à l’horizon 2027 »
ouest-france.fr ↗ ↩
« rappelle Amnesty International dans un rapport »
ouest-france.fr ↗ ↩
« « Ce projet ne prévoyait cependant pas de mettre en place des services d’avortement en Andorre. Les femmes, les filles et les autres personnes pouvant être enceintes resteraient donc contraintes de se rendre à l’étranger pour exercer ce droit en cas de besoin », rappelle Amnesty International dans un rapport »
ouest-france.fr ↗ ↩
« L’association féministe Acció Feminista d’Andorra, fondée en 2018 »
ouest-france.fr ↗ ↩
« L’association féministe Acció Feminista d’Andorra [.] a adressé une lettre ouverte au locataire du Palais de l’Élysée, le 27 avril »
ouest-france.fr ↗ ↩
« « ce qui est un droit en France est une infraction pénale en Andorre. » »
ouest-france.fr ↗ ↩
« Elle demande « la pleine légalisation de l’avortement dans le pays, son accessibilité en Andorre, sans nécessité de se déplacer à l’étranger et sa gratuité en tant qu’acte médical, afin de garantir l’égalité d’accès » »
ouest-france.fr ↗ ↩
« Le président français se rend traditionnellement une fois par mandat en Andorre. Emmanuel Macron, qui s'y était déjà rendu en 2019, a enchaîné durant deux jours les séquences protocolaires »
france24.com ↗ ↩
« Un accord d'association avec l'UE doit permettre à la principauté d'Andorre de participer au marché commun sans devenir État membre de l'UE »
bfmtv.com ↗ ↩
« L'accord - qui sera signé "avant l'été" par la Commission européenne et les les Vingt-Sept, a-t-il précisé »
france24.com ↗ ↩
« Le texte doit encore être soumis à référendum »
bfmtv.com ↗ ↩
« "Si à la fin vous disiez non, ou pas maintenant, on va renégocier (.), la porte ne se rouvrira pas", a-t-il averti »
france24.com ↗ ↩
« "Je vous le dis en toute sincérité, la Commission européenne et tous les gens qui se sont engagés pendant des années (.) diront +on en a marre de ces gens-là+", a-t-il ajouté »
france24.com ↗ ↩
« "C'est une "promesse d'avenir, un jalon naturel pour cette principauté profondément européenne par sa géographie, son histoire et sa culture", a assuré le président français. »
france24.com ↗ ↩
« Il a d'ailleurs été accueilli par des sifflets de manifestants réclamant une politique de "logement digne". »
france24.com ↗ ↩
« le 4 mars 2024, la France inscrit la liberté d'avorter dans sa constitution, et est ainsi le premier pays de la planète à offrir une protection de cette ampleur au droit à l'avortement. »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« le 4 mars 2024, la France inscrit la liberté d'avorter dans sa constitution, et est ainsi le premier pays de la planète à offrir une protection de cette ampleur au droit à l'avortement. »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
Sources
- Avortement : Emmanuel Macron souhaite que « le débat progresse » en Andorre, où l’IVG est totalement interdit
- Macron en Andorre : soutien à l'accord d'association avec l'UE et appel à dépénaliser l'IVG
- Déplacement en Andorre : première journée.
- Emmanuel Macron appelle Andorre à dépénaliser l’avortement : pourquoi l’IVG est toujours interdite dans la principauté ?
- Avortement : Emmanuel Macron souhaite que le débat "progresse" en Andorre
- Macron appelle Andorre à dépénaliser l'avortement
- Emmanuel Macron soutient la dépénalisation de l’IVG en Andorre
- "La porte ne se rouvrira pas": Emmanuel Macron prévient Andorre qu'il faut qu'elle arrête de tergiverser sur l'accord d'association avec l'UE
- Statut juridique de l'avortement
