Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, visée par un arrêté d’expulsion et un gel de ses avoirs
L'ancienne directrice de RT France visée par un arrêté d'expulsion et un blocage financier de six mois
L'ancienne patronne de RT France fait l'objet d'un arrêté d'expulsion et d'un gel de ses avoirs bancaires pour six mois. Le gouvernement la qualifie de relais de la désinformation russe.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Liberté d'expression vs propagande d'État
Le groupe Bolloré invoque la liberté de la presse. Le gouvernement y voit du relais de désinformation russe financé par Moscou. La frontière juridique entre opinion et propagande est au cœur du recours.
Titre de séjour accordé puis révoqué
Carte de résident de 10 ans obtenue en août 2024, expulsion ordonnée 11 mois plus tard. La cohérence administrative interroge : revirement politique ou nouveaux éléments factuels ?
Blocage financier comme arme administrative
Le gel des avoirs pour 6 mois prive Fedorova de toute ressource en France pendant la procédure. Une mesure qui cumule sanction juridique et pression économique.
Précédent pour les médias étrangers
Première expulsion d'une figure médiatique liée à RT depuis l'interdiction de 2022. Le signal envoyé vise tous les relais présumés de Moscou dans l'audiovisuel français.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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mars 2022
Interdiction de RT France dans l'UE
La chaîne russe est suspendue dans toute l'Union européenne après l'invasion de l'Ukraine
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janv. 2023
Gel des comptes de RT France
Bercy bloque les comptes bancaires de la société française, précipitant sa liquidation
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août 2024
Carte de résident de 10 ans
Xenia Fedorova obtient un titre de séjour longue durée en France
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29 juil. 2026
Arrêté d'expulsion
Le ministère de l'Intérieur ordonne l'expulsion de Fedorova du territoire français
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30 juil. 2026
Gel des avoirs pour 6 mois
Un arrêté bloque les comptes bancaires de la présentatrice jusqu'au 30 janvier 2027
Xenia Fedorova, doit quitter le territoire français. L’arrêté d’expulsion remis le 29 juillet 2026 à Me Emmanuel Piwnica la désigne comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes
. Le lendemain - un second arrêté publié au Journal officiel gèle ses avoirs bancaires pour six mois. Carte bleue bloquée, virements suspendus, comptes inaccessibles. Le gouvernement verrouille toute marge de manœuvre financière à l’ancienne directrice de RT France.
Ancienne patronne d’une chaîne interdite
RT France, c’était avant. La chaîne russe est interdite dans toute l’Union européenne depuis mars 2022 - quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine. En janvier 2023 - Bercy gèle les comptes bancaires de la société française. La liquidation suit. Xenia Fedorova rebondit dans les médias du groupe Bolloré: CNews, Europe 1, JDNews. Chroniqueuse politique, elle y défend des positions pro-russes sans jamais masquer sa ligne.
Pourtant, en août 2024 - elle obtient une carte de résident de dix ans. Titre renouvelé, situation régularisée. Moins d’un an plus tard, l’État français retourne sa veste.
Les accusations du ministère
L’arrêté d’expulsion est explicite. Xenia Fedorova contribuerait à la diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation
. Objectif présumé: manipuler l’opinion publique
et saper la confiance des citoyens européens et français en leurs institutions
. Le ministère de l’Intérieur la considère comme une menace pour l’ordre public
et les intérêts fondamentaux de l’État
.
L’Allemagne l’a interdite de territoire. Des eurodéputés ont demandé à l’UE de prendre des sanctions à son encontre. Les autorités françaises passent à l’acte.
Le cadre juridique de l’expulsion
L’arrêté d’expulsion pris par le ministère de l’Intérieur repose sur l’article L. 521-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). Ce texte autorise l’expulsion d’un étranger dont la présence constitue une menace grave pour l’ordre public ou la sécurité nationale. La mesure peut être contestée devant le tribunal administratif, ce que Me Piwnica a immédiatement annoncé.
Le gel des avoirs, lui, relève de l’article L. 562-1 du Code monétaire et financier. Cette disposition permet de bloquer les comptes bancaires d’une personne pour des raisons de sécurité nationale. La durée maximale est de six mois - renouvelable sur décision administrative. L’arrêté du 30 juillet 2026 fixe l’échéance au 30 janvier 2027. Pendant cette période, aucun virement, retrait ou paiement par carte n’est autorisé.
Les deux mesures, expulsion et gel, se cumulent. Elles forment un verrouillage juridique et financier total. Reste à savoir si les juridictions administratives valideront cette double sanction.
Carte de résident révoquée: une procédure exceptionnelle
En août 2024 - Xenia Fedorova obtenait une carte de résident de dix ans. Moins d’un an plus tard, elle fait l’objet d’un arrêté d’expulsion. Cette procédure interroge. Une carte de résident de dix ans offre normalement une protection renforcée contre l’éloignement. L’article L. 511-1 du CESEDA prévoit toutefois des exceptions: menace grave pour l’ordre public, atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, comportements constitutifs de propagande en faveur d’une puissance étrangère hostile.
Le ministère de l’Intérieur invoque cette dernière hypothèse. Mais pourquoi avoir accordé ce titre en août 2024 si les éléments factuels existaient déjà? Deux explications possibles: soit les services de renseignement ont découvert de nouveaux faits entre cette date et juillet 2026, soit il s’agit d’un revirement politique. Aucune source ne permet de trancher.
Le blocage financier comme arme administrative
Le gel des avoirs pour six mois prive Xenia Fedorova de toute ressource en France. Impossible de payer un loyer, de régler des factures, de retirer de l’argent liquide ou de transférer des fonds vers un compte à l’étranger. Cette mesure administrative ne nécessite pas de décision judiciaire préalable. Elle peut être contestée devant le juge administratif dans un délai de deux mois, mais aucune suspension automatique n’est prévue pendant l’instruction du recours.
L’objectif affiché du gouvernement est d’empêcher la personne visée de disposer de moyens financiers pendant la procédure d’éloignement. Dans les faits, le gel des avoirs fonctionne comme une double sanction: une expulsion administrative doublée d’une paralysie économique. Me Emmanuel Piwnica prépare un recours contre cette mesure, arguant qu’elle constitue une entrave disproportionnée aux droits de la défense.
Les médias du groupe Bolloré montent au créneau
Me Emmanuel Piwnica annonce un recours immédiat. Le groupe Bolloré invoque la liberté d’expression et le pluralisme. Sauf que le pluralisme a des limites juridiques quand il s’agit de propagande d’État étranger. RT France n’était pas une chaîne d’opinion parmi d’autres: elle était financée et pilotée par Moscou. Entre juillet 2023 et juillet 2024, TV-Novosti, maison mère de RT, a versé à Fedorova environ 24,5 millions de roubles.
Journaliste ou propagandiste: la frontière juridique
Me Emmanuel Piwnica présente Xenia Fedorova comme une journaliste
. Le ministère de l’Intérieur la qualifie de relais des campagnes de désinformation
. Cette contradiction n’est pas qu’un débat sémantique. Elle touche au cœur de la protection offerte par la Convention européenne des droits de l’homme.
La jurisprudence du Conseil d’État et de la Cour européenne des droits de l’homme distingue deux cas de figure. Un journaliste indépendant bénéficie d’une protection étendue de la liberté d’expression, même lorsqu’il défend des positions impopulaires ou critiques à l’égard du gouvernement. En revanche, un agent rémunéré par un État étranger pour diffuser une ligne éditoriale orchestrée ne relève plus de la liberté de la presse, mais de l’ingérence étrangère. Selon plusieurs sources, la CEDH a validé à plusieurs reprises l’expulsion de journalistes russes employés par des médias d’État lorsque leur activité s’apparentait à de la propagande politique financée par Moscou.
Le juge administratif devra trancher. Les 24,5 millions de roubles versés par TV-Novosti plaident en faveur de la thèse gouvernementale. Mais la charge de la preuve incombe à l’administration: elle devra démontrer que Fedorova ne se contentait pas d’exprimer des opinions pro-russes, mais relayait sciemment une stratégie de désinformation orchestrée par le Kremlin.
Un précédent pour les médias étrangers
C’est la première expulsion d’une figure médiatique liée à RT depuis l’interdiction de la chaîne en mars 2022. Le signal envoyé vise tous les relais présumés de Moscou dans l’audiovisuel français. On se souvient de Margarita Simonyan, rédactrice en chef de RT, interdite de séjour dans plusieurs pays européens. En Allemagne, selon plusieurs sources, les autorités ont fermé des bureaux de RT et expulsé plusieurs correspondants. Les autorités françaises emboîtent le pas, mais avec un dispositif plus large: elles ciblent non seulement les salariés directs de RT, mais aussi les anciens cadres reconvertis dans des médias français.
La décision pourrait créer un précédent pour d’autres journalistes étrangers. Des correspondants de médias d’État chinois ou iraniens, également accusés de relayer la propagande de leur gouvernement, pourraient faire l’objet de mesures similaires. Le gouvernement envoie un message: exercer en France en tant que porte-parole d’une puissance étrangère hostile expose désormais à l’expulsion et au gel des avoirs.
Ce que les sources ne disent pas
Aucun média ne précise le montant exact des avoirs gelés. Combien d’argent avait-elle sur ses comptes français? Les arrêtés ministériels ne le mentionnent pas. Le gouvernement communique sur la procédure, pas sur les sommes en jeu.
Autre angle mort: le sort de ses contrats avec CNews, Europe 1 et JDNews. Peut-elle continuer à chroniquer depuis l’étranger si l’expulsion est confirmée? Les médias Bolloré n’ont pas précisé leur position sur ce point.
Aucune source consultée ne mentionne la situation familiale ni le sort de son conjoint ou de ses enfants. Vivent-ils en France? Sont-ils concernés par les mesures d’éloignement? Ce silence interroge.
Enfin, la chronologie reste floue. Les services de renseignement ont-ils découvert de nouveaux éléments entre août 2024 et juillet 2026? Ou s’agit-il d’un revirement politique? Aucun élément factuel ne permet de répondre.
Pour l’instant, Me Emmanuel Piwnica prépare son dossier. Elle attend. Ses comptes sont bloqués jusqu’au 30 janvier 2027 au minimum.
