Angers : la Chambre régionale des comptes pointe une dette en hausse et un risque de 77 M€ sur Terra Botanica

La juridiction financière a audité les finances de la ville pour 2019-2024, révélant une capacité d'autofinancement dégradée et une sous-évaluation majeure sur le parc végétal.

Angers : la Chambre régionale des comptes pointe une dette en hausse et un risque de 77 M€ sur Terra Botanica
Illustration Caroline Fournier / info.fr

La Chambre régionale des comptes Pays de la Loire a publié en avril 2026 son rapport sur la gestion de la commune d'Angers. Si la situation financière est qualifiée de « maîtrisée », le document identifie des signaux d'alerte une capacité d'autofinancement en recul, une dette en hausse et un risque de 77 M€ lié à Terra Botanica.

La Chambre régionale des comptes Pays de la Loire a publié en avril 2026 son rapport sur la gestion de la commune d’Angers. Si la situation financière est qualifiée de « maîtrisée », le document identifie des signaux d’alerte : une capacité d’autofinancement en recul, une dette en hausse et un risque de 77 M€ lié à Terra Botanica.

L’essentiel

  • Capacité d’autofinancement : dégradée de 27,5 M€ en 2019 à 25,1 M€ en 2024, en raison notamment de la hausse des intérêts de la dette.
  • Dette hors caisse : 174,5 M€ en 2024, en hausse de 13 M€ depuis 2019 ; capacité de désendettement à 6,9 ans.
  • Terra Botanica : risque de sous-évaluation de l’indemnité de résiliation du bail emphytéotique, pouvant atteindre 81,1 M€ au lieu des 4,2 M€ prévus, soit un écart de 77 M€ aux dépens du département.
  • Périmètre du contrôle : exercices 2019 et suivants, commune de 157 555 habitants.
  • Conseil municipal : débat sur les conclusions le 27 avril 2026, avec des échanges tendus entre majorité et opposition.

Un contrôle portant sur six années de gestion

La Chambre régionale des comptes Pays de la Loire a procédé au contrôle des comptes et de la gestion de la commune d’Angers pour les exercices 2019 et suivants, selon la publication officielle disponible sur le site des juridictions financières. Angers compte 157 555 habitants. Le rapport a été rendu public en avril 2026.

La juridiction s’est penchée sur l’ensemble des composantes financières de la ville : recettes, dépenses de fonctionnement, investissements, endettement et gestion des ressources humaines. Elle formule également des recommandations, dont le renforcement de la stratégie RH, dans un contexte décrit comme « peu de marge de manœuvre ».

Une capacité d’autofinancement qui se contracte

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Entre 2019 et 2024, la capacité d’autofinancement brute d’Angers est passée de 27,5 M€ à 25,1 M€, selon Angers-Infos qui a consulté le rapport. La hausse des intérêts de la dette est identifiée comme l’un des facteurs de cette dégradation.

La Chambre souligne que la rigidification des charges de fonctionnement, combinée à cette contraction de l’autofinancement, compliquera le financement des investissements futurs. Ce point figure explicitement parmi les pistes d’amélioration mentionnées dans le rapport publié sur le site des juridictions financières.

Une dette en hausse, mais sous la moyenne de la strate

La dette hors caisse de la ville s’élève à 174,5 M€ en 2024, en progression de 13 M€ depuis 2019, toujours selon les données reprises par Angers-Infos et corroborées par le rapport officiel. La capacité de désendettement atteint 6,9 ans, un indicateur qui mesure le nombre d’années nécessaires pour rembourser l’intégralité de la dette avec la seule capacité d’autofinancement.

Selon le site Décomptes Publics, la dette de la ville a progressé de 5,43 % sur les trois dernières années, mais reste inférieure de 0,82 % à la moyenne des communes de sa strate. La Chambre ne classe donc pas Angers parmi les collectivités en situation critique, mais pointe un rétrécissement des marges.

Terra Botanica : un risque financier de 77 M€

C’est le point le plus saillant du rapport. La Chambre régionale des comptes identifie une potentielle sous-évaluation de l’indemnité due au titre de la rupture anticipée du bail emphytéotique de Terra Botanica. L’indemnisation initialement retenue s’élevait à 4,2 M€. La juridiction estime qu’elle aurait pu atteindre 81,1 M€, soit un écart de près de 77 M€ aux dépens du département, selon Angers-Infos et le rapport officiel.

Terra Botanica, parc dédié au végétal ouvert en 2010, a bénéficié d’au moins 160 M€ de financements publics depuis sa création, selon Ouest-France. Depuis janvier 2025, la gestion du parc a été transférée à Looping Group via un nouveau bail emphytéotique de 40 ans, qui fait porter les charges d’exploitation sur l’opérateur privé, selon Oxygène Radio.

La question de l’évaluation de cette indemnité concentre l’essentiel des tensions politiques locales autour du rapport.

Conseil municipal du 27 avril : des échanges tendus

Les conclusions de la Chambre ont été débattues lors du conseil municipal d’Angers réuni le 27 avril 2026. Les échanges ont été vifs.

Selon Ouest-France, le maire Christophe Béchu a qualifié un élu de l’opposition de « complotiste » lors de ce débat. Les accusations portaient sur l’interprétation des conclusions du rapport et notamment sur le dossier Terra Botanica. Les détails précis des positions de chaque groupe n’ont pas été communiqués dans les éléments disponibles à ce stade.

Contexte dans le Maine-et-Loire

Angers est la première ville du Maine-et-Loire (49) et le chef-lieu du département. Préfecture de région jusqu’en 2015 avant la création des grandes régions, elle reste un pôle économique et universitaire de premier plan dans l’Ouest. Sa gestion financière est scrutée d’autant plus attentivement qu’elle pilote également Angers Loire Métropole, l’intercommunalité regroupant 34 communes.

Terra Botanica occupe une place particulière dans le débat public local : financé massivement sur fonds publics depuis 2010, le parc a connu des difficultés économiques récurrentes avant la reprise par Looping Group. Le transfert à un opérateur privé avait déjà suscité des abstentions au sein de l’opposition angevine lors du vote en conseil municipal, comme le rapportait Ouest-France en 2024.

Les juridictions financières ont par ailleurs publié des rapports similaires sur d’autres collectivités de la région, dans le cadre de contrôles de gestion réguliers. Ce type d’audit constitue un outil de transparence financière pour les contribuables locaux, sans valeur contraignante immédiate pour l’exécutif municipal.

Les recommandations de la Chambre

Outre les alertes financières, le rapport formule plusieurs recommandations. La juridiction invite la ville à consolider sa stratégie de ressources humaines. Elle souligne également la nécessité de surveiller l’évolution des charges rigides, qui pèsent sur la capacité à dégager des marges pour l’investissement.

La Chambre régionale des comptes recommande également une meilleure évaluation des risques financiers liés aux conventions passées avec des tiers, à la lumière notamment du cas Terra Botanica. Les délais et modalités de mise en œuvre de ces recommandations relèvent désormais de la responsabilité de la municipalité.

La ville d’Angers n’avait pas communiqué publiquement sa réponse détaillée au rapport à la date de publication de cet article. La prochaine étape est l’éventuelle réponse formelle de l’exécutif municipal, que la Chambre peut annexer à ses observations définitives.

Sources

Caroline Fournier

Caroline Fournier

Caroline est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Maine-et-Loire (49), avec Angers pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale française du végétal spécialisé (semences) et château d'Angers. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Pays de la Loire.

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