Anne-Claire Legendre, 46 ans, proposée pour diriger l’Institut du monde arabe

La diplomate arabophone, conseillère d'Emmanuel Macron, pourrait devenir la première femme à présider l'IMA après la démission de Jack Lang

Anne-Claire Legendre, 46 ans, proposée pour diriger l’Institut du monde arabe
Façade emblématique de l'Institut du monde arabe à Paris avec la Seine Claire Delattre / INFO.FR (img2img)

Ce mardi 17 février 2026, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a proposé Anne-Claire Legendre pour succéder à Jack Lang à la présidence de l'Institut du monde arabe. Cette nomination intervient dix jours après la démission forcée de l'ancien ministre de la Culture, mis en cause dans l'affaire Jeffrey Epstein. Si elle est élue par le conseil d'administration réuni ce matin à Paris, cette diplomate de carrière de 46 ans deviendra la première femme à diriger cette institution emblématique du dialogue franco-arabe.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Anne-Claire Legendre, 46 ans, diplomate arabophone et conseillère d'Emmanuel Macron, a été proposée le 17 février 2026 par Jean-Noël Barrot pour présider l'Institut du monde arabe
  • Elle deviendrait la première femme à diriger l'IMA en près de 40 ans d'existence si le conseil d'administration valide sa nomination ce mardi matin
  • Cette nomination intervient 10 jours après la démission forcée de Jack Lang le 7 février, suite aux révélations sur ses 673 mentions dans des documents liés à Jeffrey Epstein
  • La nouvelle présidente devra moderniser la gouvernance de l'IMA, assainir ses finances et restaurer sa crédibilité après le scandale, avec un audit immédiat lancé par le Quai d'Orsay
  • Des réformes statutaires sont prévues : âge limite à 64 ans, limitation des mandats, comité de déontologie et règles strictes sur les conflits d'intérêts pour éviter de nouveaux scandales

À 11h27 ce mardi matin, les quatorze membres du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe se réunissent à Paris pour tourner une page douloureuse. Dix jours après la démission de Jack Lang, emporté par les révélations sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, c’est une femme qui s’apprête à prendre les rênes de cette institution créée il y a près de quarante ans. Selon Boursorama, Anne-Claire Legendre, conseillère d’Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, a été officiellement proposée par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot pour succéder à celui qui dirigeait l’IMA depuis treize ans.

Une diplomate arabophone aux références solides

Anne-Claire Legendre n’est pas une inconnue dans les cercles diplomatiques français. Comme le rapporte La Croix, cette Bretonne de 46 ans, diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne en Lettres modernes, a appris l’arabe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Son parcours témoigne d’une expertise reconnue du monde arabe : conseillère de Laurent Fabius au Quai d’Orsay de 2013 à 2016, consule générale de France à New York de 2016 à 2020, puis ambassadrice de France au Koweït entre 2020 et 2021.

Pendant un peu plus de deux ans, elle a occupé le poste stratégique de porte-parole du ministère des Affaires étrangères avant d’intégrer la cellule diplomatique de l’Élysée. Yahoo Actualités souligne que sa candidature fait l’unanimité parmi les membres du conseil d’administration, composé de sept représentants français et sept représentants de pays arabes. Un ambassadeur siégeant au conseil confie à l’AFP :

« Experte des enjeux du monde arabe, interlocutrice et négociatrice remarquable, elle a su s’imposer par sa compétence et sa finesse. »

Une nomination dans l’urgence après le scandale Epstein

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Cette proposition intervient dans un contexte de crise pour l’Institut du monde arabe. Le 7 février dernier, Jack Lang, 86 ans, a été contraint de démissionner après la révélation par la justice américaine de documents mentionnant son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein, financier et criminel sexuel américain mort en détention en 2019. Selon Franceinfo, des perquisitions ont même eu lieu lundi 16 février à l’IMA dans le cadre de l’enquête, tandis que Jack Lang faisait ses adieux à l’institution qu’il dirigeait depuis 2013.

L’ancien ministre de la Culture, qui dénonce des accusations infondées et affirme n’avoir « rien à cacher », laisse derrière lui une institution affaiblie qui nécessite une refondation en profondeur. Jean-Noël Barrot a été clair dans son communiqué publié sur X ce mardi matin :

« Madame Anne-Claire Legendre dispose de l’expérience, des qualités et de la vision stratégique nécessaires pour assumer ces responsabilités éminentes. Si elle est élue, elle deviendra la première femme à présider le Conseil d’administration de l’IMA. »

Une feuille de route ambitieuse pour redresser l’institution

La mission qui attend Anne-Claire Legendre s’annonce complexe. Comme l’explique Actu.fr, le ministre des Affaires étrangères a fixé des objectifs précis pour la nouvelle présidence : moderniser la gouvernance, rendre l’institution « plus efficace » et la remettre sur « une trajectoire financière soutenable ». Jean-Noël Barrot a annoncé qu’il allait « diligenter immédiatement une mission d’inspection afin de procéder à un audit de la gestion financière de l’IMA et de ses enjeux de ressources humaines ».

À l’approche du quarantième anniversaire de l’institution fondée en 1980 pour favoriser les échanges culturels entre la France et le monde arabe, le ministre a détaillé sa vision dans son communiqué. Selon La Croix, il souhaite que la nouvelle présidence « étudie l’ensemble des modalités d’action permettant de faire rayonner l’IMA au-delà de ses murs et de réaffirmer son rôle au service de notre diplomatie culturelle et d’un dialogue renouvelé avec les sociétés arabes contemporaines ».

Des réformes structurelles pour éviter de nouveaux scandales

Le Quai d’Orsay, autorité de tutelle de l’IMA, ne veut plus revivre un tel scandale. Jean-Noël Barrot a annoncé qu’il proposera « à brève échéance » une modification profonde des statuts de l’institution. Parmi les mesures envisagées : fixer à 64 ans l’âge limite du président lors de sa désignation, limiter le nombre de mandats successifs complets, créer un comité chargé de la déontologie et des rémunérations, et renforcer les règles de prévention des conflits d’intérêts.

Ces nouvelles règles prévoient notamment l’instauration d’une déclaration d’intérêts obligatoire et des règles strictes en matière d’acceptation de cadeaux et d’avantages. Des mesures qui, si elles avaient existé plus tôt, auraient peut-être permis d’éviter la débâcle actuelle. Un autre ambassadeur membre du conseil d’administration, cité par Yahoo Actualités, décrit Anne-Claire Legendre comme « compétente, substantielle et engagée avec une connaissance aiguë de chaque pays qui compose le monde arabe, que ce soit le Maghreb ou le Moyen-Orient ».

Une élection qui marque un tournant symbolique

Si le vote du conseil d’administration, attendu dans la matinée, confirme cette nomination, Anne-Claire Legendre entrera dans l’histoire comme la première femme à présider l’Institut du monde arabe en près de quarante ans d’existence. Selon l’Agence Anadolu, d’autres noms avaient circulé pour ce poste, notamment ceux d’Audrey Azoulay, actuelle directrice générale de l’UNESCO, et de Sabrina Agresti-Roubache, mais c’est bien la conseillère diplomatique d’Emmanuel Macron qui a été retenue.

Cette nomination intervient à un moment charnière pour les relations entre la France et le monde arabe, alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient restent vives et que la diplomatie culturelle française cherche à se réinventer. L’IMA, avec son architecture emblématique signée Jean Nouvel sur les quais de Seine, demeure un symbole fort de ce dialogue entre les civilisations. La question reste désormais de savoir si Anne-Claire Legendre parviendra à redonner à cette institution son lustre et sa crédibilité, écornés par des mois de polémiques. Pourra-t-elle transformer cette crise en opportunité de refondation pour un établissement qui fêtera bientôt ses quatre décennies d’existence ?

Sources

  • Boursorama (17 février 2026)
  • La Croix (17 février 2026)
  • Yahoo Actualités (17 février 2026)
  • Franceinfo (17 février 2026)
  • Actu.fr (17 février 2026)
  • Agence Anadolu (17 février 2026)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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