Apollonia : 7 ans de prison ferme pour l’escroquerie à 1,2 milliard d’euros
Le couple Badache condamné jeudi 15 janvier pour avoir ruiné 750 victimes via des crédits empilés frauduleusement
Sept ans de prison ferme. Le tribunal correctionnel de Marseille a rendu jeudi 15 janvier 2026 son verdict dans l'affaire Apollonia, qualifiée par l'accusation de "plus grande escroquerie immobilière et financière que la France ait jamais connue". Jean et Viviane Badache, 71 et 69 ans, ont été condamnés pour avoir orchestré pendant une décennie un système frauduleux qui a plongé près de 750 victimes dans le surendettement, générant un préjudice dépassant 1,2 milliard d'euros. Dix-huit ans après la première plainte, les victimes voient enfin leurs bourreaux reconnus coupables.
- Jean et Viviane Badache condamnés à 7 ans de prison ferme le 15 janvier 2026 avec mandat de dépôt différé et exécution provisoire
- Préjudice total dépassant 1,2 milliard d'euros pour 750 victimes, principalement des professions médicales surendettées
- Apollonia a encaissé 115 millions d'euros de commissions entre 2004 et 2009 en vendant 5.200 logements sur plan surévalués de 70% à 100%
- Falsification systématique des relevés bancaires et empilement frauduleux de crédits allant jusqu'à 4 millions d'euros par client
- Condamnation également de 13 autres prévenus dont notaires, commerciaux et avocat, avec confiscation de 20 millions d'euros de biens du couple
La salle d’audience du tribunal de Marseille était comble ce jeudi 15 janvier 2026. Après quinze années d’enquête et sept mois d’attente depuis les réquisitions du printemps 2025, le couperet est tombé. Selon 20 Minutes, Jean et Viviane Badache ont été condamnés à sept ans de prison ferme assortis d’un mandat de dépôt différé avec exécution provisoire. Une amende de 2,5 millions d’euros pour Jean Badache et la confiscation de biens immobiliers, comptes bancaires, bijoux et sommes en numéraire pour un total de 20 millions d’euros complètent ce verdict historique.
Les magistrats ont également prononcé des peines lourdes contre les rouages de cette machine infernale. Comme le rapporte Midi Libre, quatorze personnes et la société Apollonia comparaissaient dans ce dossier hors norme. Leur fils Benjamin Heysen Badache écope d’un an ferme sous bracelet électronique et trois ans avec sursis. Quatre commerciaux, véritables VRP de la fraude, ont reçu des peines allant de trois à cinq ans ferme, tandis que deux notaires ont été condamnés à cinq ans de prison, dont une partie avec sursis.
Une mécanique frauduleuse aux bénéfices exponentiels
Tout a commencé au début des années 2000 à Aix-en-Provence. La société Apollonia promettait à des clients aisés, principalement issus des professions médicales, de se constituer un patrimoine immobilier sans apport grâce au statut de loueur en meublé professionnel. Le système paraissait simple et séduisant : les remboursements de TVA, les loyers et les avantages fiscaux devaient autofinancer les acquisitions à 100%. Entre 1997 et 2009, selon France 3 Régions, la société aixoise a vendu plus de 5.200 logements à construire dans des résidences de tourisme et d’étudiants.
Derrière cette façade respectable se cachait une escroquerie d’une ampleur inédite. L’arnaque consistait à empiler des crédits immobiliers sur les acheteurs, leur faisant supporter un endettement allant de 800.000 à quatre millions d’euros. Les appartements étaient surévalués de 70% à 100% selon les victimes, et vendus sur plan avec des prêts immobiliers octroyés sans que les contractants ne voient jamais un banquier. Apollonia invitait ses clients à signer des liasses de documents vierges, leur demandant une procuration totale pour gérer l’ensemble des démarches.
Des falsifications à l’échelle industrielle
Les révélations du procès ont mis au jour des pratiques d’une audace confondante. Comme l’a reconnu une employée citée par Midi Libre, les équipes d’Apollonia jouaient du ciseau, de la colle et de la photocopieuse pour falsifier les relevés bancaires avant de les envoyer aux établissements prêteurs.
« Lorsque le montant du prélèvement était très faible, par exemple entre 80 et 100 euros en début d’opération, le libellé pouvait être remplacé par Orange ou SFR », a reconnu une employée devant le tribunal.
La technique était rodée : « Ces bandeaux étaient scotchés sur les opérations gênantes, le montage photocopié et envoyé à la banque, de la sorte, le dossier devenait acceptable. » Cette méthode permettait de dissimuler aux banques les prêts déjà contractés auprès d’autres établissements. Ainsi, quand cinq banques étaient sollicitées pour un emprunt de 500.000 euros, la personne se retrouvait endettée pour 2,5 millions d’euros. Une employée se souvient d’un cas extrême : « Je me souviens d’un pharmacien en Lozère qui avait acheté 36 immeubles pour 12 millions d’euros, c’était un truc de fou. »
Des notaires complices aux pratiques ahurissantes
Les professionnels du droit censés protéger les clients sont devenus des rouages essentiels de l’escroquerie. L’un des notaires poursuivis a signé 1.670 actes de vente avec 1.235 procurations en dix ans, selon l’instruction judiciaire. Les chiffres révèlent une impossibilité matérielle flagrante.
« Pour la seule journée du 6 juillet 2007, il était censé avoir reçu sept procurations au Cap d’Agde, cinq autres à Nice tandis qu’il avait passé six actes dans son étude d’Aix-en-Provence », relevait le juge d’instruction.
Selon L’Humanité, le procureur Mathieu Vernaudon n’a épargné aucun acteur de cette machine infernale. En donnant force et crédit au discours d’Apollonia, les notaires ont violé leur devoir de conseil et leur serment. Certains se déplaçaient même au domicile des acheteurs pour faciliter les signatures, abandonnant toute distance professionnelle.
Des victimes brisées après dix-huit ans d’attente
Entre 2004 et 2009, Apollonia a encaissé 115 millions d’euros de commissions en ruinant des centaines de familles. Marc Daumet, président de l’association des victimes Asdevilm qui compte 400 adhérents, exerce encore comme médecin dans son village de Saint-Marcellin en Isère pour rembourser les crédits contractés sur 17 logements Apollonia. Interrogé par France Bleu avant le verdict, il confiait : « La plupart des victimes ont apprécié le procès mené par des magistrats qui connaissaient parfaitement le dossier. Les mots de la présidente et du procureur semblent aller dans le bon sens pour nous, donc on a de l’espoir. »
Le profil des victimes était ciblé avec précision : des médecins, kinésithérapeutes, dentistes et pharmaciens, des professions aisées aux emplois du temps sous tension ne leur permettant pas de tout vérifier. Selon Challenges, environ 750 parties civiles attendaient ce jugement après avoir été plongées dans le surendettement via des investissements immobiliers démesurés. En Occitanie seulement, Apollonia aurait fait entre quarante et cinquante victimes.
Un épilogue judiciaire loin d’être terminé
Si le verdict du 15 janvier 2026 marque une étape cruciale, le calvaire des victimes est loin d’être achevé. Les avocats de la famille Badache ont déjà annoncé leur intention de faire appel, rejetant ce qu’ils qualifient de « réquisitions ahurissantes ». Le volet civil du dossier, qui déterminera les indemnisations, reste à venir. Les victimes sont donc encore très loin d’obtenir la moindre compensation financière.
Jean Badache, ancien marchand de chaussures et de parfums devenu magnat de l’immobilier, a brillé tout au long de son procès par son absence totale de remise en question. Le procureur avait acquis une certitude glaçante : « 17 ans après, ils le referaient, en mieux, en essayant de ne pas se faire prendre. » Cette escroquerie qui rapportait à son instigateur jusqu’à 15.000 euros par heure a laissé des centaines de familles exsangues, certaines contraintes de vendre leur résidence principale pour éponger des dettes qu’elles n’auraient jamais dû contracter.
Le jugement rendu ce jeudi à Marseille referme un chapitre judiciaire ouvert il y a dix-huit ans, mais ouvre-t-il vraiment la voie à la réparation pour ces 750 victimes qui, selon les mots de l’une d’elles, « souffrent depuis 18 ans » ? L’avenir judiciaire de cette affaire hors norme reste suspendu aux décisions d’appel et aux futures procédures civiles qui détermineront si justice peut encore rimer avec réparation.
Sources
- 20 Minutes (15 janvier 2026)
- Midi Libre (14 janvier 2026)
- France 3 Régions (15 janvier 2026)
- L'Humanité (15 janvier 2026)
- France Bleu (15 janvier 2026)
- Challenges (13 janvier 2026)