Apple choisit Gemini de Google pour alimenter Siri : un partenariat à 0 dollar

La firme de Cupertino s'appuie sur l'intelligence artificielle de son concurrent historique pour moderniser son assistant vocal dès 2026

Apple choisit Gemini de Google pour alimenter Siri : un partenariat à 0 dollar
Logos Apple et Google côte à côte symbolisant leur partenariat stratégique Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

Dans un revirement stratégique majeur, Apple a décidé d'intégrer l'IA Gemini de Google pour propulser la prochaine génération de Siri. Cette alliance inattendue entre les deux géants technologiques, qui se disputent depuis des années la domination du marché mobile, marque un tournant dans la course à l'intelligence artificielle générative. Alors que Samsung développait ses propres modèles dans son laboratoire secret de Mountain View, Apple fait le choix pragmatique de l'alliance plutôt que du développement isolé.

L'essentiel

  • Apple intègre l'IA Gemini de Google dans Siri dès 2026, marquant une rupture avec sa stratégie d'indépendance technologique historique
  • Cette alliance intervient alors que Samsung emploie 700 chercheurs dans son laboratoire californien depuis 1988 pour développer ses propres solutions d'IA
  • Google avait déjà rapproché les écosystèmes en novembre 2025 en rendant Quick Share compatible avec AirDrop sur les Pixel 10
  • Le partenariat soulève des questions sur la dépendance d'Apple vis-à-vis de l'infrastructure serveur de Google pour traiter les milliards de requêtes Siri quotidiennes
  • Cette collaboration s'inscrit dans une tendance plus large d'interopérabilité entre géants technologiques, après des années de guerres d'écosystèmes fermés

Le 12 janvier 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire des rivalités technologiques. Apple, qui a longtemps cultivé son indépendance farouche en matière de développement logiciel, vient d’annoncer son intention d’intégrer Gemini, le modèle d’intelligence artificielle de Google, au cœur de Siri. Une décision qui intervient alors que Samsung disposait déjà de son propre laboratoire dans la Silicon Valley depuis 1988, à quelques minutes seulement des bureaux de Google à Mountain View.

Cette collaboration représente un aveu implicite : dans la bataille de l’IA générative, Apple accuse un retard qu’elle ne peut plus combler seule. Contrairement à Samsung qui emploie 700 chercheurs américains dédiés à l’intelligence artificielle depuis 2024, la firme à la pomme préfère capitaliser sur l’expertise déjà acquise par son concurrent historique sur Android.

Un rapprochement qui brise les frontières historiques

L’alliance Apple-Google s’inscrit dans une tendance plus large de collaboration entre écosystèmes autrefois hermétiques. Comme l’a révélé Begeek le 21 novembre 2025, Google avait déjà franchi un cap en rendant Quick Share compatible avec AirDrop sur les Pixel 10. Cette interopérabilité permettait pour la première fois un partage fluide de fichiers entre Android et iOS, avec un système de détection automatique utilisant le mode

« Tout le monde pendant 10 minutes »

proposé par AirDrop.

Les équipes de Google avaient alors insisté sur la dimension sécuritaire de cette évolution :

« Vous pouvez partager entre vos appareils en toute confiance, sachant que nous avons conçu cette fonctionnalité avec la sécurité au cœur, protégeant vos données grâce à des mesures robustes testées par des experts en sécurité indépendants »

, selon les déclarations officielles de l’entreprise. Cette philosophie de sécurité partagée devrait naturellement s’appliquer à l’intégration de Gemini dans Siri.

Une stratégie diamétralement opposée à celle de Samsung

Le contraste est saisissant avec l’approche adoptée par Samsung. Lors de la présentation des Galaxy S24 en janvier 2024, le géant coréen avait dévoilé Galaxy AI, une suite logiciielle utilisant l’IA générative. Comme l’a constaté Numerama lors d’une visite exclusive du Samsung Research America, l’entreprise investit massivement dans son propre développement depuis 2009, année où la 5G y a vu le jour dans leurs locaux californiens.

Pourtant, même Samsung n’est pas totalement indépendant. Les révélations de Numerama indiquaient que Galaxy AI n’était pas un produit 100% Samsung, laissant planer le doute sur une collaboration partielle avec Google et son modèle Gemini. Cette zone grise illustre la difficulté pour les constructeurs, même les plus puissants, de développer seuls des modèles d’IA compétitifs.

Les précédents d’alliances stratégiques entre rivaux

Cette union Apple-Google n’est pas sans rappeler d’autres partenariats surprenants dans l’écosystème technologique. En septembre 2024, Masimo avait signé un accord avec Qualcomm et Google pour intégrer ses technologies de mesure de SpO2 dans une plateforme de référence Wear OS. Ironiquement, ces mêmes technologies étaient au cœur d’un contentieux avec Apple, privant les Apple Watch américaines de leur fonction d’oxygénation sanguine depuis décembre 2023.

Plus récemment, en février 2025, AMD annonçait la création à Grenoble de

« l’une des installations de calcul d’IA les plus puissantes de France »

en partenariat avec l’émirati G42. Un projet évalué entre 30 et 50 milliards d’euros, démontrant l’ampleur des investissements nécessaires pour rester compétitif dans la course à l’IA.

Les enjeux financiers et techniques d’une telle alliance

L’intégration de Gemini dans Siri soulève de nombreuses questions techniques et commerciales. Contrairement au partenariat historique entre Pathé et Apple en juin 2019 pour créer le premier ticket de cinéma sans contact, où chaque partie apportait une brique technologique complémentaire, ici Apple dépend entièrement de l’infrastructure IA de Google.

Cette dépendance pourrait s’avérer coûteuse. Bien qu’aucun montant n’ait été officiellement communiqué, les analystes estiment que le traitement de milliards de requêtes Siri via les serveurs Gemini représenterait un coût opérationnel considérable. À titre de comparaison, le projet de datacenter grenoblois d’AMD et G42 prévoit une puissance initiale de 15 MW, avec un objectif de 1 GW dans les 5 à 7 ans.

Un pari risqué sur l’indépendance technologique

En choisissant Google plutôt que de développer sa propre solution, Apple prend un risque stratégique majeur. L’entreprise qui contrôlait jalousement chaque aspect de son écosystème, des puces aux systèmes d’exploitation, confie désormais une fonctionnalité centrale à son principal concurrent sur le marché mobile. Cette décision rappelle la stratégie controversée d’Epic Games en juillet 2024, qui avait multiplié les partenariats avec des boutiques tierces pour contourner les restrictions d’Apple et Google.

Les utilisateurs d’iPhone, qui représentent entre 25 et 30% des ventes de téléphones en France selon les données de 2019, devront accepter que leurs interactions vocales avec Siri transitent désormais par l’infrastructure de Google. Une perspective qui pourrait inquiéter les défenseurs de la vie privée, même si Apple promet que le traitement respectera ses standards de confidentialité.

Vers une redéfinition des équilibres technologiques

Cette alliance marque peut-être le début d’une nouvelle ère où les géants technologiques acceptent de collaborer plutôt que de tout développer en interne. Après des années de guerre des écosystèmes, où chaque entreprise tentait de verrouiller ses utilisateurs dans un jardin clos propriétaire, l’interopérabilité devient progressivement la norme. Quick Share compatible avec AirDrop, Gemini dans Siri : les frontières s’estompent.

Reste à savoir si cette stratégie paiera pour Apple. En renonçant à développer son propre modèle d’IA de pointe, la firme de Cupertino fait le pari que l’expérience utilisateur primera sur l’indépendance technologique. Un choix pragmatique qui aurait été impensable il y a encore cinq ans, mais qui reflète l’urgence imposée par la révolution de l’intelligence artificielle générative. Les prochains mois diront si Siri, dopé par Gemini, parviendra enfin à rattraper son retard face aux assistants vocaux concurrents. Une chose est certaine : dans cette course effrénée à l’IA, même les plus grands ont besoin d’alliés.

Sources

  • Begeek (21 novembre 2025)
  • Numerama (23 janvier 2024)
  • WatchGeneration (23 septembre 2024)
  • Next.ink (13 février 2025)
  • Europe1 (25 juin 2019)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.