Apprentissage de la natation : « En France, on peut grandir sans apprendre à nager et en mourir »
L'été 2025 a enregistré 1 418 noyades, dont 409 décès. Un bilan qui alarme fédérations et syndicats l'apprentissage de la natation reste un angle mort du système éducatif français.
L'été 2025 a enregistré 1 418 noyades, dont 409 décès. Un bilan qui alarme fédérations et syndicats l'apprentissage de la natation reste un angle mort du système éducatif français.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
« On peut grandir sans jamais apprendre à nager »
Gilles Sezionale - président de la Fédération Française de Natation, a lâché une phrase en juin 2026 : « En France en 2026, on peut grandir sans …
Pénurie de maîtres-nageurs
La pénurie de professionnels aggrave la situation. Un déficit de 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs est estimé à l'échelle nationale. 15 % des étab…
Les dispositifs publics peinent à combler les lacunes
Le ministère des Sports a déployé plusieurs programmes. « Aisance aquatique » cible les 4-6 ans. « J'apprends à nager » offre des cours gratuits …
Ce que personne ne dit : la hausse explose chez les tout-petits
Entre l'été 2015 et l'été 2018, le nombre de noyades accidentelles chez les 0-6 ans a augmenté de 96 % globalement et de 132 % dans les piscines …
La piscine municipale de Marseille ouvre à 14h. Les gamins du quartier Nord attendent sur le parvis. Certains ont leur maillot dans un sac plastique. D’autres espèrent emprunter. À l’entrée au collège, un enfant sur deux ne sait pas nager ici. C’est un chiffre. C’est aussi une réalité que les maîtres-nageurs voient tous les jours: des ados qui ne flottent pas.
L’été 2025 a tué. Entre juin et septembre, Santé publique France a enregistré 1 418 noyades - dont 409 décès. Une hausse de 14 % des noyades et 16 % des décès par rapport à l’été 2024. Le début de saison a été particulièrement meurtrier: 429 noyades entre le 1er juin et le 2 juillet, soit une augmentation de 95 % par rapport à la même période en 2024. Les enfants paient le prix fort. 19 mineurs sont morts noyés en 2025 - contre 8 en 2024. Près de 78 % de ces décès ont eu lieu dans des cours d’eau non aménagés, souvent non surveillés.
« On peut grandir sans jamais apprendre à nager »
Gilles Sezionale - président de la Fédération Française de Natation, a lâché une phrase en juin 2026: « En France en 2026, on peut grandir sans jamais apprendre à nager et en mourir ». La formule claque. Elle résume un paradoxe français: l’enseignement de la natation est obligatoire à l’école depuis un décret du 24 juin 1879 - mais près d’un Français sur six déclare ne pas savoir nager. Selon le syndicat Snep-FSU, le taux d’enfants ne sachant pas nager à la fin du primaire pourrait atteindre 35 à 50 % selon les régions.
Christian Couturier et Coralie Benech - du Snep-FSU, pointent les obstacles logistiques: accès aux piscines (des kilomètres en bus), créneaux horaires inadaptés, nombre d’enfants par cours trop élevé, temps de pratique limité. Le résultat: un tiers à la moitié des enfants de 11 ans ne maîtrisent pas correctement la natation.
Pénurie de maîtres-nageurs
La pénurie de professionnels aggrave la situation. Un déficit de 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs est estimé à l’échelle nationale. 15 % des établissements scolaires n’ont pas accès à une piscine. Stéphane Figueroa - président de la Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa, alerte sur la vétusté et la fermeture de la moitié des piscines publiques. Le SNES-FSU revendique un « plan massif pour la natation » et la construction de 1 000 piscines.
Les dispositifs publics peinent à combler les lacunes
Le ministère des Sports a déployé plusieurs programmes. « Aisance aquatique » cible les 4-6 ans. « J’apprends à nager » offre des cours gratuits aux 4-12 ans, en priorité dans les quartiers prioritaires et les zones rurales. Plus de 47 millions d’euros ont été investis depuis 2019 pour rénover et construire des équipements aquatiques. Un programme de prévention gratuit, S.A.F.E. - est proposé dans les écoles et associations.
Marina Ferrari - ministre des Sports, a déploré le nombre de décès par noyade, principalement chez les adolescents, liés à des comportements à risque dans des zones non surveillées. Elle a mis en avant le « choc thermique » comme facteur aggravant. Mais les experts invités sur Figaro TV critiquent la stratégie: « On se focalise énormément sur l’apprentissage de la natation avant même l’apprentissage de la sécurité aquatique ».
Ce que personne ne dit: la hausse explose chez les tout-petits
Entre l’été 2015 et l’été 2018, le nombre de noyades accidentelles chez les 0-6 ans a augmenté de 96 % globalement et de 132 % dans les piscines privées familiales. Le nombre de noyades chez les moins de 13 ans est passé de 338 en 2015 à 600 en 2018. Sur la seule période du 1er juin au 2 juillet 2025, les décès ont bondi de 155 % chez les 0-5 ans et de 153 % chez les 6-12 ans par rapport à 2024. Les enfants de moins de 6 ans représentent 22 % des décès par noyade.
La surveillance des noyades par Santé publique France débute désormais dès le 1er mai - en raison du changement climatique et de l’allongement des périodes propices à la baignade. Les prévisions pour l’été 2026 sont alarmantes: 2 000 noyades attendues - selon les experts. Le nombre de noyades explose depuis fin mai. Les centres aquatiques multiplient les sessions de cours de natation - mais l’offre reste insuffisante face à la demande et aux lacunes structurelles.
Dehors, il fait chaud. Les gamins attendent toujours devant la piscine.
