Arbois : le vignoble jurassien face à un climat qui ne pardonne plus
Les agriculteurs d'Arbois se sont réunis le 5 avril pour mesurer les dégâts et chercher des pistes d'adaptation.
Le gel de mars 2026 a détruit entre 60 et 90% des récoltes dans certaines parcelles du vignoble d'Arbois. Le 5 avril, viticulteurs et techniciens se sont retrouvés pour faire le point sur les adaptations possibles. Le premier AOC de France est sous pression.
Les chiffres sont brutaux. En mars 2026, un épisode de gel printanier a provoqué des pertes de 60 à 90% dans le vignoble d’Arbois, avec des parcelles entièrement détruites selon Plein Champ. En cause : l’avance de la végétation liée au réchauffement climatique, qui expose les bourgeons à des températures négatives de plus en plus tôt dans la saison.
Ce n’est pas une anomalie isolée. Selon l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), la productivité viticole a reculé de 15% en 2025 à cause des sécheresses estivales et des événements climatiques extrêmes. Les dates de vendanges dans le Jura ont avancé de deux à trois semaines en moyenne sur les quarante dernières années, un constat partagé par les vignerons depuis plus de deux décennies.
Premier AOC de France, vignoble sous tension
Le vignoble d’Arbois a obtenu le 15 mai 1936 la toute première Appellation d’Origine Contrôlée de France, selon Wikipedia. Il avait déjà traversé une catastrophe : le phylloxéra l’avait totalement détruit en 1895, forçant une reconstruction par hybridation des cépages. Aujourd’hui, c’est un autre adversaire, moins visible mais tout aussi structurel, qui oblige la filière à se réinventer.
En 2025, la récolte jurassienne était revenue à la normale après une année blanche en 2024. Mais selon Vitisphère, les vignerons font face à une pénurie de production plutôt qu’à un déficit de demande. Le marché est en hausse, la ressource diminue.
Des financements et des expérimentations en cours
La Région Bourgogne-Franche-Comté a alloué 5,02 millions d’euros en 2026 pour aider les exploitations viticoles à s’adapter, via des dispositifs comme « PerformanceS » et « TransitionS » visant à réduire l’empreinte carbone et à tester des cépages résistants. Le Sénat a lui-même recommandé en octobre 2025 le recours à ces cépages comme levier de résilience, dans un rapport intégrant le bassin Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura.
L’INAO a validé entre 2023 et 2025 un plan de transition pour le modèle viticole jurassien, incluant des références technico-économiques pour les nouveaux installés. La loi de finances 2025 a par ailleurs prorogé le crédit d’impôt HVE et introduit des exonérations fiscales pour les pertes liées aux aléas climatiques, une mesure qui concerne directement les exploitants du secteur d’Arbois.
Des formations sont aussi prévues à l’ENILBIO de Poligny, soutenu par la Région pour moderniser ses infrastructures en 2026 et renforcer les compétences sur la résilience climatique dans la filière. La Communauté de Communes Arbois Poligny Salins Cœur du Jura avait déjà intégré ces enjeux dans son Contrat de Rivière et Transition Énergétique signé en 2022.
La rencontre du 5 avril n’a pas encore donné lieu à des annonces publiques détaillées. Les prochaines étapes de la concertation locale n’ont pas été communiquées à ce stade.
Sources
- Plein Champ : Risque de gel du 26 au 27 mars 2026 : les cultures sous haute surveillance
- Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) : Rapport d'activité 2024-2025
- Vitisphère : Les vins du Jura face à la pénurie
- Sénat français : Rapport Sénat sur les cépages résistants et la viticulture face au changement climatique