Ariège : un père veut porter plainte contre l’État et l’Andorre après un accident
Cinq membres de sa famille blessés le 12 juillet sur la RN20 à Albiès. Le retraité dénonce la dangerosité de l'axe vers l'Andorre et annonce une action en justice pour mise en danger.
Un retraité de Carcassonne de 66 ans, dont cinq proches ont été blessés dans un accident sur la RN20 à Albiès le 12 juillet, annonce vouloir porter plainte contre l'État français et l'Andorre. Il dénonce un axe accidentogène et veut « stopper l'hécatombe ».
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Accident le 12 juillet 2026 sur la RN20 à Albiès cinq membres de la famille d'un retraité de Carcassonne blessés, dont son épouse (décollement plèvre, sternum fracturé) et sa fille (rate fracturée, héliportée à Rangueil).
- Aïssa, 66 ans, annonce porter plainte contre l'État français et l'Andorre pour mise en danger, a mandaté un avocat et ne réclame pas d'indemnités financières.
- Le tronçon Tarascon-Ax-les-Thermes a connu 19 accidents en 2025 et 9 depuis début 2026 dont un mortel, selon la préfecture de l'Ariège.
- La préfecture prend acte de la plainte et attend les conclusions de l'enquête en cours sur les causes de l'accident.
- Aïssa prévoit d'organiser une manifestation en août sur le bord de la RN20 pour réclamer des aménagements de sécurité.
Le 12 juillet 2026, un accident impliquant deux véhicules s’est produit sur la RN20 à hauteur d’Albiès, en Ariège. Sept personnes ont été blessées, dont cinq membres de la famille d’Aïssa, retraité de Carcassonne âgé de 66 ans. Le bilan est lourd : son épouse, hospitalisée à Saint-Jean-de-Verges, souffre d’un décollement de la plèvre et d’une fracture du sternum. L’une de ses filles, victime d’une fracture de la rate, a été héliportée vers le service de réanimation de l’hôpital de Purpan à Toulouse. Une autre fille et son beau-fils ont également été touchés. Seule sa petite-fille est sortie indemne.
Face à ce traumatisme, Aïssa a décidé de passer à l’action. Il annonce vouloir porter plainte contre l’État français et l’Andorre pour « mise en danger » de la vie d’autrui.
« Je m’en tamponne que les tiroirs soient vides »
Aïssa estime que la RN20 n’est pas adaptée au trafic intense vers l’Andorre. « On me dit que les tiroirs sont vides mais je m’en tamponne », déclare-t-il. Le retraité a mandaté un avocat et précise ne réclamer aucune indemnité financière. Son objectif : « stopper l’hécatombe » sur cet axe qu’il juge dangereusement sous-dimensionné.
Depuis l’accident, il a multiplié les démarches. Il a contacté le maire d’Albiès, le médiateur d’Andorre, le cabinet de la députée Martine Froger et la préfecture de l’Ariège. Selon lui, pompiers et gendarmes qualifient régulièrement le tronçon Tarascon-Ax-les-Thermes d’accidentogène.
Un axe régulièrement endeuillé
Les chiffres transmis par la préfecture confirment l’insécurité du secteur. En 2025, le nombre d’accidents sur ce tronçon n’est pas communiqué. Depuis le début de l’année 2026, le nombre de collisions sur ce tronçon n’est pas communiqué. La circulation avait été coupée dans les deux sens après l’accident du 12 juillet pour permettre l’intervention des secours, selon InfoRadar.
La RN20 constitue l’un des principaux axes transfrontaliers entre la France et l’Andorre. Le trafic y est dense, notamment en période estivale et lors des week-ends de départs en vacances. L’étroitesse de certaines sections et la sinuosité du tracé en montagne sont régulièrement pointées du doigt. Des drames similaires ont émaillé d’autres axes sensibles, comme dans le Morbihan où deux motards ont été flashés à plus de 190 km/h.
La préfecture prend acte de la plainte
Contactée, la préfecture de l’Ariège a réagi avec prudence. « Une enquête étant actuellement ouverte pour déterminer les causes de cet accident, nous prenons acte de sa volonté de déposer une plainte. Nous verrons les conclusions de l’enquête quant à la mise en cause de l’infrastructure », indique-t-elle.
Cette réponse mesurée n’a pas découragé Aïssa, bien décidé à aller au bout de sa démarche. Il annonce également vouloir organiser une manifestation en août sur le bord de la RN20 pour réclamer des aménagements de sécurité.
Contexte dans l’Ariège
L’Ariège, département de montagne de 157 000 habitants, est traversé par plusieurs axes routiers stratégiques reliant la France à l’Espagne et à l’Andorre. La RN20, qui relie Toulouse à la frontière espagnole via le tunnel du Puymorens, représente un maillon essentiel du trafic transfrontalier. Le département compte plusieurs sections classées à risque, notamment dans les vallées encaissées où les possibilités d’aménagement restent limitées.
Les autorités locales sont régulièrement confrontées à des tensions entre impératifs de sécurité routière et contraintes budgétaires. D’autres départements font face à des problématiques similaires, comme l’Aude voisine où la préfecture doit gérer d’autres risques majeurs, ou le Jura où des dispositifs préfectoraux renforcés sont déployés lors d’événements générant un trafic exceptionnel.
Une action judiciaire inédite
Porter plainte contre deux États simultanément constitue une démarche rare. La responsabilité de l’infrastructure routière relève de l’État français pour la RN20, mais Aïssa entend également mettre en cause l’Andorre, estimant que la principauté bénéficie du trafic sans contribuer suffisamment à la sécurisation de l’accès.
L’issue judiciaire de cette plainte reste incertaine. Les juges devront déterminer si une faute d’entretien ou de conception de l’infrastructure peut être établie, et si un lien de causalité direct existe avec l’accident. Les conclusions de l’enquête en cours seront déterminantes.
En attendant, l’épouse d’Aïssa demeure hospitalisée à Saint-Jean-de-Verges et sa fille poursuit sa convalescence après son séjour en réanimation. La mobilisation d’Aïssa, portée par la colère et la douleur, vise à éviter que d’autres familles ne vivent le même drame sur cet axe qu’il qualifie de « piège mortel ».