Mer de Chine méridionale : l’ASEAN et Pékin maintiennent le dialogue
À Manille, la 27e réunion ministérielle ASEAN Plus Three tente de préserver la coopération malgré un incident maritime récent entre Chine et Philippines
Réunis le 23 juillet 2026 à Manille, les ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN, de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud ont réaffirmé leur volonté de coopération. Un dialogue mis à l'épreuve par un accrochage naval survenu deux jours plus tôt en mer de Chine méridionale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La 27e réunion des ministres des Affaires étrangères ASEAN Plus Three s'est tenue le 23 juillet 2026 à Manille.
- Le 21 juillet 2026, un accrochage a opposé des navires chinois et philippins près de Ren'ai Jiao, dans l'archipel des Spratleys.
- Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a exhorté les pays extérieurs à ne pas interférer dans les disputes en mer de Chine méridionale.
- Le Japon, par la voix de son ministre Toshimitsu Motegi, a réitéré son opposition à tout changement du statu quo par la force.
- La Corée du Sud et l'ASEAN ont convenu d'accélérer la modernisation de leur accord de libre-échange d'ici 2027.
La diplomatie régionale a tenu son cap, malgré une actualité maritime tendue. Le 23 juillet 2026, la 59e réunion des ministres des Affaires étrangères ASEAN Plus Three s’est ouverte à Manille, réunissant les dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, la Chine, le Japon et la Corée du Sud, rapporte The Standard de Hong Kong. Un format de dialogue rodé depuis près de trois décennies, mais que les tensions en mer de Chine méridionale rendent, cette année encore, particulièrement scruté.
Pékin plaide pour un règlement sans ingérence extérieure
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a profité de la tribune pour marteler la ligne de Pékin : les différends territoriaux doivent se régler entre les parties directement concernées, sans intervention de puissances extérieures à la région. Selon China Daily, il a exhorté les pays tiers à ne pas s’ingérer dans les disputes maritimes. Un message relayé sur les réseaux par les médias d’État chinois.
Wang Yi a également insisté sur le rôle que la Chine entend jouer comme partenaire de stabilité pour l’ASEAN, évoquant une volonté de renforcer la coopération avec les pays d’Asie du Sud-Est, selon des propos rapportés par le média francophone du Quotidien du Peuple.
Un accrochage naval deux jours avant la réunion
Le contexte diplomatique reste marqué par un incident survenu le 21 juillet 2026 : un accrochage entre navires chinois et philippins près de Ren’ai Jiao, dans l’archipel des Spratleys, selon le ministère chinois des Affaires étrangères. Cette zone, revendiquée à la fois par Pékin et Manille, est régulièrement le théâtre de tensions entre garde-côtes des deux pays. L’épisode n’a pas été détaillé publiquement dans son ampleur, mais il a suffi à rappeler, à la veille de la réunion, la fragilité de la situation maritime régionale.
C’est dans ce climat que la secrétaire philippine aux Affaires étrangères, Theresa P. Lazaro, a appelé à une unité régionale renforcée face aux incertitudes géopolitiques mondiales, selon l’agence turque Anadolu. Les Philippines, hôtes de la réunion, se retrouvent en première ligne des frictions maritimes avec Pékin, tout en devant maintenir le format de dialogue multilatéral.
Code de conduite en mer : les consultations se poursuivent
Sur le fond, la Chine et l’ASEAN ont réaffirmé leur intention de poursuivre les consultations sur le Code de conduite en mer de Chine méridionale, un texte négocié depuis des années pour encadrer les comportements des flottes dans la zone, selon China.org. Pékin y voit un levier pour limiter les marges de manœuvre d’acteurs extérieurs, comme l’a suggéré Wang Yi en évoquant une conclusion rapide des discussions comme facteur de paix régionale.
Le Japon ferme sur le statu quo, la Corée du Sud accélère sur le commerce
Le Japon a de son côté maintenu une ligne plus critique. Son ministre des Affaires étrangères, Takeshi Iwaya, a réitéré l’opposition de Tokyo à toute tentative de modifier le statu quo par la force, selon le gouvernement japonais. Une position constante depuis plusieurs années, qui distingue Tokyo de l’approche plus conciliante affichée par certains membres de l’ASEAN.
À l’inverse, la dimension économique a progressé plus sereinement du côté sud-coréen : Séoul et l’ASEAN ont convenu d’accélérer la modernisation de leur accord de libre-échange, avec un objectif fixé à 2027, rapporte l’agence vietnamienne VietnamPlus. Un signe que la coopération commerciale continue d’avancer, même quand le dossier maritime reste bloqué.
Contexte : ce que cela signifie vu de France
La mer de Chine méridionale ne borde pas la France, mais une part importante du commerce maritime mondial y transite, notamment les flux de conteneurs entre l’Europe et l’Asie de l’Est. Paris a par ailleurs multiplié depuis plusieurs années les patrouilles de la Marine nationale dans l’Indo-Pacifique, une région où la France dispose de territoires ultramarins (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française) et revendique un statut de puissance riveraine. Une escalade prolongée entre Pékin et Manille aurait donc des répercussions concrètes sur les routes maritimes utilisées par les armateurs européens, et alimenterait les débats à Bruxelles sur la posture de l’Union européenne face à la Chine dans cette zone.
Les ministres doivent encore se retrouver dans les prochains mois dans le cadre des sommets ASEAN habituels, où le dossier du Code de conduite devrait rester à l’ordre du jour.