Aubusson : les tapissiers dans la rue contre la concurrence étrangère

Le 2 avril, les artisans creusois ont réclamé des mesures de protection pour un savoir-faire inscrit à l'UNESCO.

Aubusson : les tapissiers dans la rue contre la concurrence étrangère
Illustration Jean Faucher / info.fr

Une cinquantaine d'artisans tapissiers ont manifesté à Aubusson le 2 avril 2026. Ils dénoncent une concurrence étrangère jugée déloyale, qui menace un secteur de 250 emplois et 60 entreprises en Creuse.

Le cortège s’est formé dans les rues d’Aubusson en ce début d’avril. Des artisans tapissiers, leurs représentants syndicaux et quelques élus locaux ont battu le pavé pour alerter sur la situation du secteur. Le message est simple : le savoir-faire aubussonnais, reconnu par l’UNESCO depuis 2009 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, ne peut pas survivre face à des importations produites à des coûts sans commune mesure avec ceux pratiqués en Creuse.

Un écart de coûts difficile à absorber

Le grief central des manifestants porte sur le différentiel de coût du travail. Des produits commercialisés sous des appellations proches de la tapisserie d’Aubusson arrivent sur le marché français à des prix que les ateliers locaux ne peuvent pas concurrencer. La Convention Collective de la Tapisserie d’art d’Aubusson-Felletin (IDCC 131), qui s’applique en 2026, fixe des conditions de travail et de rémunération que ses signataires respectent. Leurs concurrents étrangers, eux, n’y sont pas soumis.

Les professionnels demandent des mesures concrètes : renforcement des contrôles à l’importation, protection de l’appellation, et soutien institutionnel accru. Les revendications n’ont pas été détaillées dans un document officiel transmis à la presse à ce stade.

Un secteur en tension malgré des signaux positifs

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Le paradoxe est réel. D’un côté, la tapisserie d’Aubusson connaît un regain d’intérêt commercial - L’Union titrait en mars 2026 sur son « grand retour » comme « star déco de 2026 ». De l’autre, les ateliers peinent à en tirer pleinement parti face aux importations. Selon la Cité internationale de la tapisserie, le secteur emploie environ 250 personnes et compte plus de 60 entreprises en Creuse, avec 10 nouveaux ateliers créés depuis 2010.

La Cité internationale de la tapisserie, dont l’extension a été inaugurée le 17 janvier 2026, joue un rôle structurant. Elle forme 50 lissiers via le GRETA du Limousin, soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine. En 2026, 70 candidatures ont été déposées pour 12 places disponibles. La Fondation Bettencourt Schueller en est le grand mécène depuis 2010.

Un précédent historique souvent cité

Les artisans ne manquent pas de rappeler que le protectionnisme n’est pas une idée neuve à Aubusson. En 1601, Henri IV avait interdit l’entrée des tapisseries étrangères en France pour protéger les ateliers locaux. En 1665, Colbert leur accordait le statut de Manufacture Royale. Quatre siècles plus tard, les mêmes arguments refont surface, selon les manifestants.

Le Département de la Creuse a voté le 27 février 2026 une participation au financement du Syndicat Mixte de la Cité internationale de la tapisserie. Si les institutions soutiennent la vitrine culturelle, les artisans estiment que la protection économique du secteur reste insuffisante. Les réponses des pouvoirs publics à leurs demandes n’avaient pas été communiquées au moment de la publication de cet article.

Sources

Jean Faucher

Jean Faucher

Installé à Guéret, couvre la désertification, l'élevage ovin, les tensions sur les services publics et les projets de redynamisation rurale. Formé en PQR limousine, il connaît chaque canton de la Creuse. Posture : rencontrer les maires, les agriculteurs, les infirmières libérales, vérifier les budgets départementaux, ne rien laisser passer sans enquête de terrain.

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