Auray : la mairie contrainte de retirer le drapeau ukrainien de sa façade
Un recours contentieux d'un habitant a forcé la ville à enlever le drapeau ukrainien. La maire Françoise Naël déplore une décision judiciaire qui contrarie un symbole de solidarité.
Le drapeau ukrainien ne flotte plus sur la façade de la mairie d'Auray. Retiré le 26 juin 2026, il a cédé à un recours contentieux devant le tribunal administratif de Rennes, relançant le débat sur la neutralité des bâtiments publics.
L’essentiel
- Fait 1 : Le drapeau ukrainien a été retiré de la façade de la mairie d’Auray le 26 juin 2026.
- Fait 2 : Ce retrait fait suite à un recours contentieux d’un habitant devant le tribunal administratif de Rennes.
- Fait 3 : La maire Françoise Naël, élue en mars 2026, s’est dite « contrainte » de l’enlever.
- Fait 4 : La jurisprudence sur le pavoisement des mairies avec des drapeaux étrangers reste fluctuante.
- Fait 5 : D’autres communes bretonnes, comme Lamballe-Armor, ont déjà dû retirer le drapeau ukrainien en 2025.
Ce qui s’est passé
Samedi 26 juin 2026, les services techniques de la ville d’Auray ont décroché le drapeau ukrainien de la façade de la mairie. Le pavillon bleu et jaune était hissé depuis plusieurs mois en soutien à l’Ukraine, en guerre depuis 2022. La décision n’émane pas de la municipalité : elle résulte d’une injonction judiciaire.
Selon la maire Françoise Naël, un habitant a saisi le tribunal administratif de Rennes pour contester la présence de ce drapeau. Le juge lui a donné raison, ordonnant le retrait sous huitaine. La ville a obtempéré sans attendre.
Les raisons juridiques
Le fondement du recours repose sur la neutralité des bâtiments publics. En France, l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 interdit d’arborer des signes religieux ou politiques sur les édifices publics. Les drapeaux étrangers sont soumis à une jurisprudence fluctuante.
Pour être légale, l’apposition d’un drapeau étranger sur une mairie nécessite une délibération du conseil municipal, comme le rappelle le tribunal administratif de Versailles. Le maire ne peut pas prendre seul cette décision. À Auray, aucune délibération n’avait été votée en bonne et due forme, ce qui a fragilisé la position de la ville.
La réaction de la maire
Françoise Naël, élue maire en mars 2026 avec 55,67 % des suffrages, a exprimé son mécontentement. « Nous sommes contraints de retirer ce drapeau, mais notre soutien à l’Ukraine reste intact », a-t-elle déclaré à Ouest-France. Elle espère que le conseil municipal pourra prochainement voter une délibération pour régulariser la situation. En avril dernier, elle avait déjà porté plainte après avoir reçu des courriers « à la limite de la haine et de la menace », selon ICI Armorique.
Contexte dans le Morbihan
Dans le département, le cas d’Auray n’est pas isolé. En juin 2025, la mairie de Lamballe-Armor (Côtes-d’Armor) avait retiré son drapeau ukrainien après une injonction du préfet. Auray, commune de 14 825 habitants, est l’une des plus grandes villes du Morbihan à avoir été contrainte à ce retrait. Le tribunal administratif de Versailles, qui fait autorité en la matière, a validé en décembre 2024 la possibilité d’arborer le drapeau ukrainien aux côtés des drapeaux français et européen, avant d’ordonner le retrait à Saint-Germain-en-Laye en janvier 2025. La jurisprudence reste donc divisée selon les juridictions.
Cette actualité locale s’ajoute à d’autres faits divers récents, comme l’incendie de 57 hectares de récoltes dans l’Allier ou la fermeture des écoles publiques à Charleville-Mézières lors de la canicule des 25 et 26 juin 2026.
Un précédent jurisprudentiel
Les tribunaux administratifs sont régulièrement saisis sur ce sujet. Le tribunal de Versailles a d’abord estimé que le drapeau ukrainien n’était pas un signe politique mais un symbole humanitaire, avant de revenir sur sa position. À Auray, le tribunal de Rennes a suivi une ligne plus stricte. « L’obligation de neutralité des services publics justifie le retrait », avance la préfecture, suivant la doctrine déjà appliquée dans le Doubs ou les Côtes-d’Armor.
Auray avait pourtant marqué sa solidarité avec l’Ukraine dès mars 2022 en organisant des collectes de dons. Le drapeau flottait depuis plusieurs mois sans opposition apparente jusqu’à ce recours. La mairie n’a pas indiqué si elle envisage de faire appel ou de passer par une délibération du conseil municipal pour rétablir le pavoisement.
Prochaine étape : le conseil municipal d’Auray pourrait inscrire à l’ordre du jour une délibération sur le pavoisement de la façade, afin de se conformer à la jurisprudence du tribunal administratif.