Australie : une sénatrice provoque avec une burqa, son parti atteint 18%

Pauline Hanson récidive en portant le voile intégral au Parlement pour réclamer son interdiction, déclenchant une suspension de séance

Australie : une sénatrice provoque avec une burqa, son parti atteint 18%
Vue intérieure de l'hémicycle du Sénat australien lors d'une session parlementaire officielle Pierre Monteil / INFO.FR

Lundi 24 novembre 2025, le Sénat australien a été le théâtre d'une scène controversée. Pauline Hanson, figure de l'extrême droite et présidente du parti anti-immigration One Nation, a revêtu une burqa noire dans l'hémicycle après que sa proposition de loi visant à interdire le voile intégral a été rejetée. Ce geste provocateur, déjà réalisé en 2017, a suscité l'indignation de ses collègues et contraint à une suspension de séance. L'incident survient alors que son parti connaît une popularité croissante, atteignant 18% d'opinions positives selon un récent sondage.

L'essentiel

  • Pauline Hanson a porté une burqa au Sénat australien le 24 novembre 2025 après le rejet de sa proposition de loi visant à interdire le voile intégral
  • Son parti One Nation atteint 18% d'opinions positives selon un sondage de novembre 2025, marquant une progression significative de l'extrême droite
  • C'est la deuxième fois que la sénatrice utilise cette provocation, après un premier incident similaire en 2017 lié aux questions de terrorisme
  • Les réactions politiques ont été unanimement critiques, qualifiant le geste de raciste et irrespectueux envers les 2,6% de musulmans australiens
  • L'incident intervient dans un contexte d'islamophobie croissante reconnue par le gouvernement australien en septembre dernier

À 11h34 ce lundi 24 novembre 2025, le Sénat australien a connu un moment de tension extrême. Selon CNews, Pauline Hanson, sénatrice du parti One Nation, a fait irruption dans l’hémicycle vêtue d’une burqa noire intégrale, quelques minutes seulement après que les parlementaires ont refusé d’examiner sa proposition de loi interdisant le port de ce vêtement en Australie. La scène a provoqué un tollé immédiat parmi les élus présents, contraignant le président du Sénat à suspendre la séance face au refus obstiné de la sénatrice d’enlever son voile.

Combien ? 18% d’opinions favorables pour One Nation en novembre 2025

Le geste de Pauline Hanson intervient dans un contexte politique particulier pour son parti. Selon un sondage du Australian Financial Review publié en novembre 2025, One Nation atteint désormais 18% d’opinions positives auprès des Australiens, marquant une progression significative pour cette formation d’extrême droite. Le parti, qui dispose actuellement de quatre sièges au Parlement selon L’Essentiel, surfe sur une vague de préoccupations sécuritaires et identitaires dans le pays océanien.

Cette popularité croissante contraste avec la réalité démographique australienne. D’après les données du recensement citées par CNews, seulement 2,6% de la population australienne est de confession musulmane. Une étude du Pew Research Center révèle par ailleurs que près de la moitié des Australiens jugent important de partager des traditions communes pour être considéré comme « vraiment » australien, un terreau favorable au discours de Pauline Hanson qui décrit l’islam comme porteur d' »une culture et une idéologie incompatibles avec les nôtres ».

Pourquoi maintenant ? Une récidive calculée huit ans après 2017

Ce n’est pas la première fois que Pauline Hanson utilise cette stratégie provocatrice. Comme le rappelle TF1 Info, la sénatrice avait déjà revêtu une burqa au Sénat en 2017 pour dénoncer ce qu’elle considérait comme des problèmes de sécurité liés au vêtement, qu’elle associait alors directement au terrorisme. Huit ans plus tard, elle réitère son coup d’éclat avec la même détermination, mais dans un contexte politique différent.

Présidente de One Nation depuis 2014, Pauline Hanson a construit sa carrière politique sur un discours anti-immigration et une rhétorique islamophobe assumée. Dans une publication sur les réseaux sociaux citée par CNews, elle a justifié son geste en affirmant que « comme d’habitude, les hypocrites se sont emportés », avant d’ajouter : « Les faits sont là, plus de 20 pays dans le monde ont interdit la burqa parce qu’ils la reconnaissent comme outil de répression féminine, comme un risque pour la sécurité nationale et comme un encouragement à l’islam radical, qui est une menace à la cohésion intérieure. »

Qui est impacté ? Les réactions indignées du spectre politique

Les réactions à ce coup d’éclat ont été immédiates et virulentes. Larissa Waters, cheffe du parti Australian Greens au Sénat, a dénoncé selon L’Essentiel un « doigt d’honneur aux personnes croyantes », qualifiant le geste d' »extrêmement raciste et dangereux ». La ministre des Affaires étrangères Penny Wong, figure importante du gouvernement travailliste, a pour sa part jugé le comportement de Pauline Hanson « irrespectueux ».

« Nous représentons dans nos États des personnes de toutes confessions et de toutes origines. Et nous devons le faire dignement », a déclaré Penny Wong selon CNews.

L’incident touche particulièrement la petite communauté musulmane australienne, déjà confrontée à une islamophobie croissante. En septembre dernier, un représentant du gouvernement avait d’ailleurs déploré, comme le rapporte TF1 Info, l’échec des autorités à lutter contre ce phénomène. La présence au Parlement de Fatima Payman, première sénatrice australienne d’origine afghane et musulmane élue en 2022 et première à avoir porté le hijab dans l’institution, rend cette provocation d’autant plus symbolique.

Quelle probabilité ? Un climat politique tendu avant les élections

L’Australie traverse une période de tensions politiques croissantes autour des questions d’immigration et d’identité nationale. Le Parlement australien a été secoué ces dernières années par plusieurs incidents révélateurs d’un climat délétère. En mars 2025, une sénatrice écologiste avait déjà créé la sensation en brandissant un saumon mort dans l’hémicycle, comme le relatait Libération, pour protester contre la pisciculture intensive.

Plus grave encore, depuis 2021, le monde politique australien est ébranlé par une série d’accusations d’agression et de harcèlement. Une enquête gouvernementale avait révélé que près d’une personne sur trois travaillant au Parlement avait été victime d’une forme de harcèlement sexuel. Ce contexte de défiance envers les institutions politiques favorise l’émergence de figures populistes comme Pauline Hanson, qui se positionne en rupture avec l’establishment.

Et après ? Les projections d’une escalade rhétorique

Le message final de Pauline Hanson sur les réseaux sociaux ne laisse planer aucun doute sur sa stratégie : « Si ces hypocrites ne veulent pas que je porte de burqa, il leur suffit de voter en faveur de ma proposition d’interdiction », a-t-elle lancé selon CNews. Cette logique de surenchère laisse présager de nouvelles provocations dans les mois à venir, alors que le pays se prépare à des élections générales prévues en mai 2026.

L’incident du 24 novembre 2025 marque un tournant dans la normalisation d’un discours ouvertement islamophobe au sein des institutions australiennes. Avec 18% d’opinions favorables, One Nation n’est plus un parti marginal mais une force politique significative capable d’influencer le débat public. La question qui se pose désormais est celle des limites acceptables de la provocation politique dans une démocratie parlementaire. Jusqu’où les institutions australiennes toléreront-elles de tels actes au nom de la liberté d’expression ? La réponse à cette question déterminera peut-être l’avenir du pluralisme religieux dans le pays océanien.

Sources

  • CNews (24 novembre 2025)
  • TF1 Info (24 novembre 2025)
  • L'Essentiel (24 novembre 2025)
  • Australian Financial Review (novembre 2025)
  • Pew Research Center
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.