Bas-Rhin : un éducateur condamné pour pédopornographie a travaillé quatre ans auprès de mineurs autistes
Interpellé le 18 mai 2026, il détenait plus de 2 000 fichiers illégaux. Aucun contrôle de ses antécédents n'avait été réalisé lors de son embauche en 2022 au Centre de Harthouse à Haguenau.
Condamné en 2014 pour des faits similaires, un éducateur spécialisé de 47 ans a pu travailler pendant quatre ans auprès d'adolescents autistes au Centre de Harthouse à Haguenau. Son casier judiciaire ne mentionnait plus l'ancienne condamnation. L'affaire relance le débat sur les contrôles d'honorabilité.
L’essentiel
- Un éducateur de 47 ans a travaillé de 2022 à 2026 au Centre de Harthouse à Haguenau auprès d’adolescents autistes.
- Interpellé le 18 mai 2026, il détenait plus de 17 500 fichiers pédopornographiques. Il a été condamné à 15 mois de prison (dont 9 avec sursis) fin mai.
- Condamnation de 2014 pour faits similaires : effacée du bulletin n°2 du casier judiciaire après 3 à 5 ans, elle n’a pas été détectée lors du recrutement.
Le 18 mai 2026, un éducateur spécialisé de 47 ans est interpellé à son domicile de Haguenau. Les enquêteurs de la police judiciaire découvrent plus de 2 000 fichiers pédopornographiques sur ses supports numériques. L’homme travaillait depuis quatre ans au Centre de Harthouse, un établissement médico-social public accueillant des adolescents autistes.
Fin mai, le tribunal correctionnel de Strasbourg le condamne à 15 mois de prison, dont 9 avec sursis. Mais très vite, une question émerge : comment un condamné pour des faits similaires a-t-il pu être embauché au contact de mineurs vulnérables ?
Une condamnation de 2014 effacée du casier
En 2014, le même homme avait été condamné pour détention d’images pédopornographiques. Cette condamnation figurait sur son bulletin n°2 du casier judiciaire. Mais selon les règles en vigueur, ce bulletin s’efface automatiquement au bout de 3 à 5 ans pour les délits de cette nature après exécution de la peine.
Lors de son recrutement au Centre de Harthouse en 2022, l’établissement n’a pas demandé d’extrait de casier judiciaire autre que le bulletin n°3, qui ne mentionnait plus la condamnation de 2014. La vérification des antécédents judiciaires n’était pas systématique pour les postes d’éducateur spécialisé dans le secteur médico-social public.
Un décret adopté en avril 2026, trop tard
Quelques semaines seulement avant cette affaire, le gouvernement a publié un décret le 28 avril 2026 rendant obligatoire l’attestation d’honorabilité pour tout professionnel intervenant auprès d’enfants et d’adultes handicapés. Ce texte prévoit notamment la consultation systématique du fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).
En parallèle, une « liste noire » nationale d’adultes jugés à risque pour la protection des mineurs est en cours de déploiement dans les établissements accueillant du public vulnérable. Ces mesures interviennent après plusieurs signalements de violences dans le périscolaire durant le printemps 2026.
Pour l’éducateur de Haguenau, ces nouvelles obligations arrivent trop tard. Le Centre de Harthouse n’a pas encore communiqué publiquement sur les circonstances du recrutement. La direction n’a pas répondu à nos sollicitations.
Contexte dans le Bas-Rhin
Le Bas-Rhin (67) compte près de 1,1 million d’habitants. Le département dispose d’une densité d’établissements médico-sociaux élevée, notamment dans l’agglomération strasbourgeoise et le nord de l’Alsace. Haguenau, deuxième ville du département avec environ 35 000 habitants, abrite plusieurs structures pour personnes handicapées.
Le Centre de Harthouse est un établissement public médico-social sous tutelle de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est. Il accueille des adolescents et jeunes adultes présentant des troubles du spectre autistique. Comme beaucoup de structures comparables en France, il recrute des éducateurs spécialisés, des psychologues et des aides médico-psychologiques.
Selon les données de l’ARS, le Grand Est compte environ 350 établissements pour personnes handicapées, employant plus de 15 000 salariés. Les contrôles d’honorabilité y sont généralement assurés par les ressources humaines, mais sans système centralisé avant le décret d’avril 2026.
Une faille qui interroge les pratiques
Cette affaire met en lumière une lacune dans le processus de recrutement des établissements publics médico-sociaux. Alors que le secteur privé et associatif dispose parfois de procédures plus strictes, le public semble avoir accusé un retard.
L’absence de vérification systématique du bulletin n°2 du casier judiciaire - ou d’une consultation du FIJAIS - a permis à un condamné pour pédopornographie d’exercer pendant quatre ans auprès d’adolescents autistes. Les mineurs accueillis au Centre de Harthouse sont en situation de vulnérabilité particulière, ce qui rend la faille d’autant plus grave.
Le parquet de Strasbourg a ouvert une enquête pour déterminer si des faits ont pu se produire au sein de l’établissement. À ce stade, aucune plainte de victime n’a été signalée.
Prochaine étape : l’enquête préliminaire est en cours. L’ARS Grand Est doit également inspecter le Centre de Harthouse dans les semaines à venir pour vérifier ses procédures de recrutement. La mise en œuvre du décret d’avril 2026 sera accélérée dans l’ensemble des établissements médico-sociaux du département.
Sources
- France 3 Régions : Bas-Rhin : un éducateur condamné pour pédopornographie a travaillé 4 ans auprès de mineurs autistes
- Ouest-France : Condamné pour pédopornographie, il travaille 4 ans dans un centre pour autistes
- Journal officiel : Décret n°2026-... du 28 avril 2026 relatif à l'attestation d'honorabilité
- FHF : Liste noire et attestation d'honorabilité : les nouvelles mesures