Besançon : 5e jour de grève à l’EHPAD de Bellevaux, soignants dénoncent l’impossibilité de soigner
Depuis le 24 avril 2026, salariés de Bellevaux réclament des effectifs suffisants pour soigner correctement 250 résidents très dépendants
Le centre gérontologique de Bellevaux, à Besançon, connaît son 5e jour de grève reconductible ce 8 juin 2026. FO et UNSA dénoncent des ratios soignants-résidents jugés insuffisants. Le CHU, qui gère l'établissement depuis la fusion du 1er janvier 2026, conteste une baisse globale des effectifs.
L’essentiel
- 5e jour de grève : mouvement reconductible lancé le 24 avril 2026, avec nouveau préavis déposé pour le 8 juin par FO Bellevaux et UNSA Santé & Sociaux.
- 4 aides-soignantes pour 38 patients le matin, selon l’UNSA - soit 2 de moins que le besoin estimé - avec 15 minutes maximum par toilette complète.
- 1 kinésithérapeute pour 250 patients (contre 2 il y a six ans) ; aucun ergothérapeute en poste actuellement.
- GMP de 821 pour l’EHPAD de Bellevaux (770 pour l’USLD), contre une moyenne nationale d’environ 700 : des résidents très dépendants.
- Courrier d’alerte envoyé à l’ARS Bourgogne-Franche-Comté et au Conseil départemental du Doubs ; le maire de Besançon, interpellé en tant que vice-président du CD25, n’a pas répondu selon les syndicats.
Ce qui se passe depuis le 24 avril
Le centre gérontologique de Bellevaux, établissement public de Besançon regroupant un EHPAD, une unité de soins longue durée (USLD) et plusieurs autres services, comptabilise ce lundi 8 juin son 5e jour de grève reconductible. Le mouvement a démarré fin avril 2026, porté par les syndicats FO Bellevaux et UNSA Santé & Sociaux. Environ 50 salariés étaient mobilisés lundi selon France 3 Franche-Comté, avec des banderoles « EHPAD en détresse » et « agents épuisés ».
Depuis le 1er janvier 2026, le centre gérontologique est passé sous la gouvernance du CHU de Besançon, à la suite d’une fusion administrative. Ce changement de tutelle est cité par les syndicats comme un facteur aggravant des tensions déjà existantes.
« 15 minutes pour tout faire » : ce que racontent les soignants
Cindy Voinson, aide-soignante et secrétaire syndicale UNSA, décrit une situation qu’elle juge intenable. Le matin, quatre aides-soignantes assurent les soins de 38 patients - deux de moins que le nombre nécessaire selon elle. Le temps imparti par résident : 15 minutes. « Ça inclut la toilette, les ongles, les dents, refaire le lit, désinfecter », rapporte-t-elle à France 3 Franche-Comté. Des résidents restent en attente dans leur lit, faute de personnel suffisant pour les prendre en charge dans les délais.
Côté rééducation, la situation s’est dégradée en six ans. L’établissement ne dispose plus que d’un kinésithérapeute pour 250 patients, contre deux auparavant. Aucun ergothérapeute n’est actuellement en poste. Des chambres doubles existent dans l’établissement, ce que les syndicats signalent également. Les soignants évoquent des troubles musculosquelettiques liés à la charge physique, et un découragement marqué chez les agents plus jeunes, rendant le recrutement difficile.
L’établissement affiche un GMP (Groupe iso-ressources Moyen Pondéré) de 821 pour l’EHPAD et de 770 pour l’USLD, selon France 3 Franche-Comté. La moyenne nationale tourne autour de 700. Des résidents donc particulièrement dépendants, ce qui rend le manque de personnel d’autant plus critique aux yeux des grévistes. Le centre compte environ 300 emplois pour 250 patients et résidents.
Un courrier d’alerte aux institutions, sans réponse à ce jour
FO et UNSA ont adressé un courrier d’alerte à l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté et au Conseil départemental du Doubs. Le document dénonce des effectifs insuffisants, des rappels fréquents sur les repos, l’épuisement des agents et les difficultés de recrutement dans les EHPAD du Doubs en général et à Bellevaux en particulier.
Les syndicats affirment avoir interpellé le maire de Besançon, qui siège comme vice-président du Conseil départemental du Doubs, sans obtenir de réponse à ce stade. La situation bisontine n’est pas sans rappeler d’autres mobilisations dans le secteur médico-social : en Creuse, un rassemblement intersyndical s’est tenu devant la préfecture de Guéret sur des questions voisines de conditions de travail dans le secteur public.
La position du CHU : effectifs en hausse, tensions localisées
Dans un communiqué publié le 2 juin 2026 et relayé par macommune.info, la direction du CHU de Besançon reconnaît « des inquiétudes sur la charge de travail, les remplacements, les rappels sur repos et l’organisation ». Elle conteste toutefois une baisse globale des effectifs soignants, affirmant que le nombre d’infirmiers et d’aides-soignants a progressé par rapport aux années précédentes.
Le CHU cite un audit réalisé en 2023, selon lequel les ratios d’encadrement seraient favorables. Il reconnaît des tensions dans certains services, notamment le SSIAD (Service de soins infirmiers à domicile), et réaffirme la priorité donnée à la continuité des soins. La direction n’a pas annoncé de mesure concrète supplémentaire à ce stade.
Contexte dans le Doubs
Le Doubs fait face, comme une grande partie des départements français, à une tension structurelle sur les métiers du grand âge. Le vieillissement démographique accentue la pression sur les établissements. Le centre gérontologique de Bellevaux est l’un des établissements publics les plus importants du département dans ce secteur, avec environ 300 salariés. Sa récente intégration au CHU de Besançon - la fusion est effective depuis le 1er janvier 2026 - modifie la chaîne hiérarchique et les négociations sociales.
Les deux syndicats mobilisés, FO Bellevaux et UNSA Santé & Sociaux, sont représentatifs dans le secteur hospitalier et médico-social. Leur alerte conjointe à l’ARS et au Conseil départemental signale une volonté de porter le dossier au niveau institutionnel, au-delà de la seule direction de l’établissement. Besançon multiplie par ailleurs les dossiers sensibles ce printemps, dans un contexte social tendu.
La question du financement des EHPAD publics reste ouverte au niveau national. Les établissements à GMP élevé - comme Bellevaux - sont supposés bénéficier de dotations adaptées à la dépendance des résidents. Les syndicats contestent que ce soit le cas dans les faits.
Quelle suite pour le mouvement ?
Le préavis déposé pour le 8 juin laisse la possibilité d’une reconduction. Aucune date de reprise de négociation formelle n’a été communiquée par le CHU ou par les syndicats à l’heure où ces lignes sont écrites. D’autres conflits sociaux traversent la région Bourgogne-Franche-Comté en ce début juin 2026, dans un contexte de tensions persistantes sur les conditions de travail dans le secteur public.
L’ARS et le Conseil départemental du Doubs n’ont pas encore rendu publique leur réponse au courrier syndical.
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Sources
- France 3 Franche-Comté : "On ne peut pas s'occuper des patients correctement" : 5e jour de grève à l'EHPAD de Bellevaux
- macommune.info : Un nouveau préavis de grève à Bellevaux et une alerte sur les conditions de travail en EHPAD
- macommune.info : Centre gérontologique de Bellevaux : le CHU de Besançon défend son bilan