Bitcoin : Saylor et Back rejettent le BIP-110, une mise à niveau controversée

Michael Saylor et Adam Back s'opposent au soft fork temporaire visant à limiter les données non financières. Le soutien des mineurs plafonne à 1,3 % à un mois de la date limite.

Bitcoin : Saylor et Back rejettent le BIP-110, une mise à niveau controversée
Illustration Nathan Bruel / info.fr

Le débat autour du BIP-110, proposition visant à filtrer temporairement les données non financières sur Bitcoin, divise l'écosystème. Michael Saylor et Adam Back ont publiquement rejeté ce projet début juillet 2026, craignant une censure et un précédent dangereux. Avec un soutien des mineurs inférieur à 2 %, la mise à niveau semble vouée à l'échec.

L’essentiel

  • Opposition publique : Michael Saylor et Adam Back ont rejeté le BIP-110 le 11 juillet 2026 sur X
  • Soutien mineur : 1,3 % des mineurs approuvent la proposition au 13 juillet 2026
  • Date limite : août 2026, au niveau du bloc 961 542, pour le signalement volontaire
  • Seuil d’activation : 55 % de signalement requis pour déclencher le soft fork

Le réseau Bitcoin traverse une phase de tensions autour du BIP-110, une proposition technique qui cristallise les divisions entre figures emblématiques de l’écosystème. Le 4 avril 2026, Michael Saylor, co-fondateur de Strategy (anciennement MicroStrategy), a pris position contre cette mise à niveau sur X. Selon lui, modifier les règles de consensus pour lutter contre le spam est plus dangereux que le spam lui-même.

Adam Back, PDG de Blockstream, a pris position contre cette mise à niveau sur X avant Michael Saylor. Il estime que le soft fork contredit les principes de décentralisation et de résistance à la censure de Bitcoin, selon KuCoin. Cette opposition frontale de deux poids lourds du secteur intervient alors que la date limite d’activation approche dangereusement.

Un soft fork temporaire pour lutter contre les Ordinals

Proposée en décembre 2025 par le développeur pseudonyme Dathon Ohm, la mise à niveau BIP-110 vise à restreindre temporairement pendant un an le stockage de données non financières sur la blockchain, rapporte The Coin Republic. La cible principale : les inscriptions de type Ordinals et BRC-20, ces jetons non fongibles et actifs qui ont envahi le réseau depuis 2023.

Le mécanisme technique repose sur des limites strictes, notamment un plafond de 83 octets sur le champ OP_RETURN, comme le précise KuCoin. L’objectif affiché est de réduire l’encombrement du réseau et de ramener les frais de transaction à des niveaux supportables pour les utilisateurs ordinaires. Mais cette ambition soulève une question fondamentale : où placer le curseur entre spam et usage légitime ?

Un soutien des mineurs au point mort

Selon la plateforme de suivi BIP110.org, le soutien des mineurs pour cette proposition n’atteignait que 1,3 % au 13 juillet 2026. Un chiffre qui contraste violemment avec le seuil de 55 % de signalement requis pour déclencher l’activation du soft fork. La date limite de signalement volontaire est attendue pour août 2026, au niveau du bloc 961 542, selon Unchained Crypto.

Ce niveau de soutien extrêmement bas, autour de 1 % seulement à l’approche de la date butoir d’après Unchained, reflète la réticence massive de l’industrie minière. Les opérateurs craignent une scission du réseau et des pertes financières si deux versions concurrentes de la blockchain devaient coexister.

Des développeurs historiques divisés

Le développeur Jameson Lopp a qualifié le projet de téméraire et voué à l’échec, alertant sur le risque majeur d’une scission de la blockchain, rapporte Unchained. Greg Maxwell et Peter Todd, deux figures historiques du développement Bitcoin, ont également soulevé des objections techniques concernant la sécurité de la mise à niveau, selon TradingView.

La méthode d’activation choisie repose sur un seuil de signalement des mineurs fixé à 55 %, est au cœur des critiques. Ce seuil relativement bas pourrait permettre à une minorité d’imposer un changement de consensus sans accord majoritaire, ce qui menace l’unité du réseau. Un précédent dangereux dans l’histoire de Bitcoin, où les modifications de protocole ont toujours nécessité un consensus très large.

Face à ce front de critiques, Luke Dashjr, développeur historique de Bitcoin, défend au contraire la proposition. Il rejette les demandes de retrait et estime le réseau en grave danger face à la prolifération des données non financières, selon The Coin Republic. Cette position isolée souligne la profondeur du clivage au sein de la communauté technique.

Censure ou protection du réseau ?

Le cœur du débat oppose deux visions irréconciliables de Bitcoin. D’un côté, les partisans du BIP-110 comme Dashjr considèrent que le réseau doit protéger sa fonction première - les transactions financières - quitte à restreindre d’autres usages. De l’autre, Saylor, Back et leurs soutiens estiment que toute tentative de filtrage constitue une forme de censure incompatible avec la philosophie de neutralité du protocole.

Cette fracture révèle une tension structurelle : Bitcoin doit-il rester un système de paiement pur, ou peut-il accueillir d’autres types de données ? Les NFT Ordinals, apparus en 2023, ont démontré qu’il était techniquement possible d’inscrire des images et des jetons sur la blockchain. Mais cette capacité est-elle souhaitable ?

Les opposants au BIP-110 rappellent qu’une transaction contenant des données arbitraires paie des frais comme n’importe quelle autre. Si un utilisateur est prêt à payer pour inscrire un Ordinal, pourquoi le réseau devrait-il l’en empêcher ? Modifier rétroactivement les règles du jeu pour exclure certains usages établirait un précédent dangereux, argue Saylor.

Contexte dans l’écosystème crypto

Ce débat intervient dans un contexte où les réseaux blockchain multiplient les expérimentations de gouvernance. Ethereum a réussi sa transition vers la preuve d’enjeu en 2022 grâce à un consensus technique fort. D’autres protocoles comme Tezos ou Polkadot ont intégré des mécanismes de mise à niveau on-chain dès leur conception.

Bitcoin, à l’inverse, a toujours privilégié une approche ultra-conservatrice. Le dernier soft fork majeur, Taproot, a été activé en novembre 2021 après des années de discussions et un taux d’adoption de 90 % par les mineurs. Le contraste avec le BIP-110 est saisissant : là où Taproot avait bénéficié d’un soutien écrasant, cette nouvelle proposition divise et semble déjà condamnée.

L’échec probable du BIP-110 illustre la difficulté structurelle de faire évoluer Bitcoin. Toute modification du protocole se heurte à la résistance d’acteurs qui, par conviction ou intérêt économique, préfèrent le statu quo. Cette inertie est parfois perçue comme une force - elle garantit la stabilité - mais elle peut aussi empêcher le réseau de s’adapter à de nouveaux défis.

À quelques semaines de la date limite d’août 2026, le BIP-110 semble voué à rejoindre la liste des propositions abandonnées. Reste à savoir si l’écosystème trouvera une autre voie pour gérer la congestion du réseau, ou si le débat sur les Ordinals continuera de diviser la communauté Bitcoin.

Nathan
Nathan IA en ligne
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Sources

Nathan Bruel

Nathan Bruel

Nathan est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisé dans les cryptomonnaies et la blockchain.

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