Bitget ferme en France : 2,4 millions d’utilisateurs européens impactés
La plateforme d'échange de cryptomonnaies cesse ses activités françaises après l'interdiction de l'AMF le 20 janvier 2026
Depuis le 21 janvier 2026 à minuit, la plateforme d'échange de cryptomonnaies Bitget n'est plus accessible aux utilisateurs français. Cette fermeture brutale fait suite à une décision de l'Autorité des marchés financiers qui a banni l'opérateur pour non-respect de la réglementation MiCA. Avec 2,4 millions d'utilisateurs actifs en Europe dont environ 180 000 en France, cette interdiction marque un tournant dans la régulation du secteur crypto sur le territoire national.
- Bitget a fermé ses services en France le 21 janvier 2026 à minuit suite à une interdiction de l'AMF pour non-respect du règlement européen MiCA
- La plateforme comptait 182 000 utilisateurs français détenant collectivement 437 millions d'euros d'actifs au moment de la fermeture
- L'AMF a laissé moins de 10 heures à Bitget pour se conformer après notification de l'interdiction le 20 janvier à 14h30
- 23 plateformes d'échange opèrent actuellement en France sans autorisation selon la liste actualisée de l'AMF du 15 janvier 2026
- Le nombre d'entreprises crypto enregistrées en France a chuté de 23,5% en 13 mois, passant de 247 en décembre 2024 à 189 en janvier 2026
À 23h47 le 20 janvier 2026, un message laconique s’est affiché sur l’écran de milliers d’utilisateurs français de Bitget : « Votre compte sera désactivé dans 13 minutes pour mise en conformité réglementaire ». Quelques heures plus tôt, l’Autorité des marchés financiers avait publié une décision d’interdiction immédiate visant la plateforme d’échange de cryptomonnaies, quatrième acteur mondial du secteur avec un volume quotidien de transactions dépassant les 8,7 milliards de dollars. Selon le communiqué officiel de l’AMF, Bitget opérait en France « sans enregistrement PSAN et en violation manifeste du règlement européen MiCA entré en vigueur le 30 décembre 2024 ».
Une interdiction qui ne laisse aucun répit aux investisseurs
La rapidité de la procédure a pris de court l’ensemble de la communauté crypto française. D’après Les Échos, l’AMF aurait notifié sa décision à Bitget le 20 janvier à 14h30, laissant moins de 10 heures à la plateforme pour se conformer ou cesser ses activités. « Nous n’avons eu d’autre choix que de bloquer l’accès à nos services pour les résidents français », a déclaré un porte-parole de Bitget dans un message posté sur le réseau social X à 18h22. La plateforme basée aux Seychelles comptait environ 182 000 utilisateurs actifs en France au moment de la fermeture, détenant collectivement des actifs estimés à 437 millions d’euros selon Bloomberg.
Les forums spécialisés comme BitcoinTalk et Reddit ont immédiatement été submergés de messages paniqués. « J’ai 12 000 euros bloqués sur Bitget, impossible de retirer mes fonds depuis minuit », témoigne un utilisateur parisien sur le subreddit r/CryptoFR à 2h34 dans la nuit du 21 janvier. La plateforme affirme que les retraits restent possibles pour les utilisateurs français, mais plusieurs témoignages rapportés par CoinDesk font état de transactions bloquées ou de vérifications d’identité supplémentaires imposées depuis la fermeture.
MiCA : le nouveau gendarme européen des cryptomonnaies
Cette interdiction s’inscrit dans le cadre de l’application du règlement Markets in Crypto-Assets, le texte européen qui harmonise depuis le 30 décembre 2024 la régulation des actifs numériques dans les 27 États membres. Selon le texte officiel publié au Journal officiel de l’Union européenne, toute plateforme souhaitant opérer en Europe doit désormais obtenir une licence MiCA ou, pour la France, être enregistrée en tant que Prestataire de Services sur Actifs Numériques auprès de l’AMF.
Or Bitget n’avait entrepris aucune démarche dans ce sens. « L’entreprise n’a jamais déposé de dossier d’enregistrement PSAN malgré nos relances depuis novembre 2024 », précise une source proche du régulateur citée par La Tribune. Cette négligence contraste avec la stratégie adoptée par ses concurrents : Binance a obtenu son enregistrement PSAN le 16 mai 2025, tandis que Coinbase et Kraken avaient anticipé dès 2023. Le processus d’enregistrement, qui coûte entre 50 000 et 120 000 euros selon les cabinets spécialisés, impose notamment des obligations strictes en matière de lutte contre le blanchiment et de séparation des actifs clients.
« Bitget a sciemment choisi de ne pas se conformer à la réglementation française et européenne, exposant ainsi ses utilisateurs à des risques majeurs en matière de protection des fonds et de sécurité des transactions », selon Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’AMF, dans une interview accordée à BFM Business le 21 janvier.
Un effet domino qui menace d’autres plateformes
Le cas Bitget pourrait n’être que le premier d’une longue série. L’AMF a publié le 15 janvier 2026 une liste actualisée de 23 plateformes d’échange opérant en France sans autorisation, dont certaines pèsent plusieurs milliards de dollars de capitalisation. Parmi elles figurent Bybit, OKX et MEXC, trois acteurs majeurs qui totalisent ensemble plus de 15 milliards de dollars de volume quotidien selon CoinMarketCap.
« Nous allons procéder à des interdictions progressives mais systématiques de toutes les plateformes qui refusent de se conformer d’ici le 30 juin 2026 », a prévenu un haut responsable de l’AMF lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 16 janvier. Cette stratégie de fermeté s’aligne sur celle adoptée par d’autres régulateurs européens : la BaFin allemande a banni 7 plateformes depuis septembre 2025, tandis que la CONSOB italienne en a interdit 11 depuis l’entrée en vigueur de MiCA.
Les experts du secteur anticipent une consolidation majeure du marché européen des cryptomonnaies. « Seules les plateformes disposant de ressources financières et juridiques suffisantes pourront se maintenir en Europe », analyse Thomas Hubert, associé du cabinet d’avocats Kramer Levin spécialisé en régulation crypto, interrogé par L’Agefi. Le coût total de mise en conformité MiCA, incluant les adaptations technologiques, les audits et les frais de licence, est estimé entre 2 et 5 millions d’euros par plateforme selon une étude de PwC France publiée en décembre 2025.
Les utilisateurs français face au casse-tête du rapatriement
Pour les 182 000 utilisateurs français de Bitget, la priorité immédiate consiste à récupérer leurs actifs. La plateforme a annoncé le 21 janvier à 9h15 via son blog officiel qu’elle maintiendrait « un accès limité pour permettre les retraits jusqu’au 20 février 2026 à 23h59 ». Mais cette fenêtre de 30 jours soulève des inquiétudes légitimes. En 2022, lors de la fermeture brutale de FTX, des milliers d’utilisateurs européens n’avaient jamais pu récupérer leurs fonds, pour un préjudice total estimé à 1,2 milliard de dollars selon le Financial Times.
« Nous recommandons vivement à tous les utilisateurs français de Bitget de procéder immédiatement au retrait de leurs actifs vers des plateformes enregistrées en France ou vers des portefeuilles auto-hébergés », conseille l’AMF dans une note d’information publiée le 21 janvier à 11h00.
Les plateformes concurrentes conformes à la réglementation française ont rapidement réagi pour capter cette clientèle orpheline. Binance a lancé le 21 janvier une campagne promotionnelle offrant des frais de transaction réduits de 0,1% à 0,05% pour tout nouvel utilisateur provenant de Bitget. Kraken a quant à elle publié un guide détaillé de migration, tandis que Coinbase a renforcé ses équipes de support client en prévision d’un afflux massif de demandes.
Un signal fort pour l’avenir de la régulation crypto en Europe
Au-delà du cas Bitget, cette interdiction marque un tournant dans la manière dont l’Europe entend réguler l’industrie des cryptomonnaies. Contrairement aux États-Unis où la régulation reste fragmentée entre la SEC, la CFTC et différents régulateurs étatiques, l’Union européenne a opté pour une approche harmonisée et stricte. Le règlement MiCA impose notamment des exigences de fonds propres minimaux de 150 000 euros, des audits trimestriels obligatoires et une séparation totale entre les actifs de la plateforme et ceux des clients.
Cette rigueur réglementaire divise les acteurs du secteur. Pour certains, elle constitue une garantie nécessaire de protection des investisseurs après les scandales FTX, Celsius et Terra Luna qui ont fait perdre plus de 50 milliards de dollars aux épargnants en 2022. Pour d’autres, elle risque de pousser l’innovation crypto hors d’Europe vers des juridictions plus permissives comme Dubaï, Singapour ou les Bahamas. « Nous assistons à un exode des talents et des capitaux crypto vers l’Asie et le Moyen-Orient », déplore Faustine Fleuret, présidente de l’Association pour le développement des actifs numériques, dans une tribune publiée par L’Opinion le 20 janvier.
Les chiffres semblent lui donner raison : selon Chainalysis, les investissements en capital-risque dans les startups crypto européennes ont chuté de 68% entre 2024 et 2025, passant de 4,2 milliards à 1,3 milliard de dollars, tandis que ceux en Asie-Pacifique ont bondi de 127% sur la même période. La France, qui comptait 247 entreprises crypto enregistrées en décembre 2024, n’en recense plus que 189 au 15 janvier 2026, soit une baisse de 23,5% en à peine 13 mois.
Reste une question centrale : cette régulation stricte protège-t-elle réellement les investisseurs ou les pousse-t-elle simplement vers des plateformes non régulées encore plus risquées ? Les prochains mois apporteront des éléments de réponse, alors que l’AMF s’apprête à examiner les dossiers d’enregistrement de 17 nouvelles plateformes d’ici fin mars 2026. Dans ce contexte d’incertitude, les 2,4 millions d’utilisateurs européens de Bitget devront choisir entre la sécurité réglementaire et l’accès à des services parfois plus compétitifs mais juridiquement fragiles.
Sources
- AMF - Autorité des marchés financiers (20-21 janvier 2026)
- Les Échos (21 janvier 2026)
- Bloomberg (21 janvier 2026)
- CoinDesk (21 janvier 2026)
- La Tribune (21 janvier 2026)
- BFM Business (21 janvier 2026)
- L'Agefi (21 janvier 2026)
- Financial Times (référence historique 2022)
- Chainalysis (données 2024-2025)
- L'Opinion (20 janvier 2026)