BlackRock limite les retraits de son fonds de crédit à 5% : l’action chute

Le géant de la gestion d'actifs plafonne les sorties de son fonds de 26 milliards de dollars face à 9,3% de demandes de retraits

BlackRock limite les retraits de son fonds de crédit à 5% : l’action chute
Siège social de BlackRock en plein jour avec architecture moderne en verre Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

Le plus grand gestionnaire d'actifs au monde fait face à une crise de liquidité sur l'un de ses véhicules phares. BlackRock a annoncé jeudi 5 mars que son fonds de crédit privé, qui gère 26 milliards de dollars d'actifs, ne pourra honorer que 5% maximum des demandes de retraits, alors que les investisseurs réclament actuellement 9,3% de sorties. Cette restriction brutale a provoqué une chute immédiate du titre en Bourse, ravivant les inquiétudes sur la liquidité des marchés privés.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • BlackRock limite les retraits de son fonds de crédit privé de 26 milliards de dollars à 5% maximum, alors que 9,3% des investisseurs demandent à sortir, créant un écart de liquidité de 1,1 milliard de dollars
  • L'action BlackRock a chuté de 3,7% jeudi 5 mars 2026 à 15h32, ravivant les inquiétudes après une baisse similaire de 5,88% déjà observée en juillet 2025
  • Le groupe gérait plus de 14 000 milliards de dollars d'actifs fin 2025 avec un afflux record de 698 milliards de dollars de nouveaux actifs nets, dont 527 milliards sur les ETF iShares
  • Cette crise de liquidité intervient malgré des acquisitions massives de 25 milliards de dollars en 2025 (GIP, HPS, Preqin) visant à renforcer la présence sur les marchés privés avec des marges supérieures à 50%
  • La situation pose la question de la liquidité structurelle de l'ensemble des marchés privés et pourrait créer un précédent inquiétant pour les régulateurs et les autres gestionnaires d'actifs

À 15h32 ce jeudi 5 mars 2026, l’action BlackRock accusait un recul de 3,7% à Wall Street après l’annonce d’une limitation drastique des retraits sur son fonds de crédit privé. Le géant américain, qui gérait plus de 14 000 milliards de dollars d’actifs fin 2025, se retrouve confronté à un problème de liquidité sur l’un de ses véhicules d’investissement alternatifs. Le fonds concerné, doté d’une enveloppe de 26 milliards de dollars, fait face à des demandes de retraits représentant 9,3% de ses actifs, mais ne pourra en satisfaire que 5%, créant un écart de liquidité de 1,1 milliard de dollars.

Un plafond de liquidité qui ravive les craintes systémiques

Cette restriction intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les marchés privés. Depuis le début de l’année 2026, les investisseurs institutionnels cherchent à réduire leur exposition aux actifs illiquides, inquiets d’un possible retournement de cycle. Le fonds de crédit privé de BlackRock, qui investit principalement dans des prêts à des entreprises non cotées, se heurte à la nature même de ses placements : difficiles à valoriser et encore plus difficiles à vendre rapidement.

Selon les déclarations de Martin Small, directeur financier de BlackRock, lors de la conférence de Bank of America le 10 février dernier, la société se montrait pourtant confiante sur ses perspectives. Il avait alors affirmé que l’entreprise se sentait « vraiment à l’aise avec une croissance organique normalisée des frais de base de l’ordre de 6 à 7% », s’appuyant sur six trimestres consécutifs au-dessus de 5%.

« Nous nous sentons vraiment à l’aise avec une croissance organique normalisée des frais de base de l’ordre de 6 à 7% », avait déclaré Martin Small, directeur financier de BlackRock, selon TIKR.com.

Cette crise de liquidité contraste violemment avec les performances historiques du groupe. En juillet 2025, l’action avait déjà chuté de 5,88% en une seule séance, terminant à 1 046,16 dollars, dans un contexte de nervosité généralisée des marchés. Mais l’action s’était ensuite redressée pour atteindre 1 094 dollars en février 2026, portée par l’annonce d’actifs sous gestion record.

Les marchés privés sous pression croissante

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Le problème de BlackRock n’est pas isolé. L’ensemble de l’industrie des marchés privés fait face à un dilemme structurel : comment offrir de la liquidité sur des actifs intrinsèquement illiquides ? Les fonds de crédit privé ont connu une croissance explosive ces dernières années, attirant des investisseurs en quête de rendements supérieurs à ceux des obligations traditionnelles. BlackRock visait d’ailleurs une collecte de fonds supplémentaires de 400 milliards de dollars sur les marchés privés d’ici 2030, avec des actifs sous gestion atteignant déjà 676 milliards de dollars dans ce segment.

L’ironie de la situation n’échappe à personne : alors que BlackRock a enregistré un afflux record de 698 milliards de dollars de nouveaux actifs nets en 2025, dont 527 milliards rien que sur ses ETF iShares, le groupe peine à gérer les sorties sur ses produits moins liquides. Cette dichotomie illustre la transformation en cours du modèle économique de BlackRock, qui cherche à diversifier ses revenus au-delà de la gestion indicielle passive.

Les acquisitions massives réalisées en 2025 par le groupe, notamment Global Infrastructure Partners (GIP), HPS Investment Partners et Preqin pour un montant total de 25 milliards de dollars, visaient précisément à renforcer sa présence sur les marchés privés. Ces opérations avaient généré des marges supérieures à 50%, selon les données publiées en février 2026. Mais la crise actuelle soulève des questions sur la capacité de BlackRock à gérer efficacement ces actifs en période de stress.

Un précédent qui inquiète les régulateurs

La limitation des retraits imposée par BlackRock pourrait créer un précédent dangereux pour l’industrie. Si le plus grand gestionnaire d’actifs au monde doit rationner les sorties, qu’en sera-t-il des acteurs plus petits et moins capitalisés ? Les régulateurs américains et européens suivent la situation de près, craignant un effet domino sur l’ensemble du secteur des actifs alternatifs.

Cette crise intervient également dans un contexte boursier complexe pour BlackRock. Selon des données de FactSet et Goldman Sachs, l’ETF Bitcoin de BlackRock, l’iShares Bitcoin Trust (IBIT), fait l’objet de stratégies de trading complexes. Brian Brookshire, spécialiste des entreprises de trésorerie en bitcoin, notait récemment : « Je soupçonne qu’une grande partie de cet intérêt à la vente à découvert est encore liée au trade de base MSTR / BTC. Jane Street, en particulier, a récemment acquis une position IBIT remarquablement importante. »

« Je soupçonne qu’une grande partie de cet intérêt à la vente à découvert est encore liée au trade de base MSTR / BTC. Jane Street, en particulier, a récemment acquis une position IBIT remarquablement importante », selon Brian Brookshire, spécialiste des entreprises de trésorerie en bitcoin.

Des implications pour l’ensemble du secteur financier

Au-delà de BlackRock, cette crise pose la question de la valorisation et de la liquidité de l’ensemble des marchés privés, estimés à plusieurs milliers de milliards de dollars à l’échelle mondiale. Les investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension et les compagnies d’assurance, ont massivement alloué des capitaux à ces stratégies ces dernières années, attirés par des rendements prometteurs dans un environnement de taux bas.

Malgré cette turbulence, BlackRock conserve des atouts considérables. Le groupe a annoncé en janvier 2026 une augmentation de 10% de son dividende et prévu de racheter pour 1,8 milliard de dollars d’actions en 2026, soit la plus forte hausse du dividende depuis 2021. La Deutsche Bank a même relevé son objectif de cours à 1 380 dollars, citant la dynamique du groupe à l’horizon 2026, ce qui suggère une hausse potentielle de 26% par rapport aux niveaux actuels avant cette annonce.

La performance sur d’autres segments reste solide. En août 2025, lors d’une correction du marché crypto, BlackRock avait acheté plus d’1 milliard de dollars en Bitcoin et Ethereum en une seule journée, démontrant sa capacité à saisir les opportunités en période de volatilité. L’analyste ETF de Bloomberg, Eric Balchunas, avait alors noté que le volume combiné des ETF Bitcoin et Ethereum au comptant avait atteint 11,5 milliards de dollars, « à peu près le même volume que l’action Apple ».

Quelle stratégie pour sortir de la crise ?

BlackRock dispose de plusieurs options pour résoudre cette crise de liquidité. Le groupe pourrait lever des capitaux supplémentaires, vendre certains actifs du fonds à d’autres véhicules d’investissement, ou négocier un étalement des retraits avec les investisseurs concernés. La direction n’a pas encore communiqué officiellement sur la stratégie retenue, alimentant l’incertitude sur les marchés.

Cette situation met également en lumière la guerre concurrentielle que se livre BlackRock sur d’autres fronts. En janvier 2026, le groupe a réduit les frais de son ETF MSCI World éligible au PEA de 0,25% à 0,20%, s’alignant sur son concurrent Amundi dans une bataille féroce pour capter l’épargne des investisseurs français. Cette agressivité commerciale contraste avec les difficultés actuelles sur les marchés privés.

La question reste ouverte : cette crise de liquidité est-elle un incident isolé ou le signe avant-coureur d’une correction plus large sur les marchés privés ? Avec 26 milliards de dollars bloqués et des investisseurs qui réclament leurs capitaux, BlackRock va devoir démontrer sa capacité à gérer cette situation sans compromettre sa réputation de gestionnaire d’actifs le plus fiable au monde. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’ampleur réelle de cette crise et ses répercussions potentielles sur l’ensemble de l’industrie financière.

Sources

  • TIKR.com (23 février 2026)
  • TIKR.com (16 janvier 2026)
  • Idéal Investisseur (15 juillet 2025)
  • CoinDesk (25 février 2026)
  • TradingView (16 août 2025)
  • Bourse Inside (10 janvier 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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