Bobigny : le directeur de L’Incorrect jugé pour divulgation de données d’avocats menacés

Le magazine d'extrême droite fondé en 2017 est au cœur d'une affaire de publication de vidéos privées malgré une sommation judiciaire.

Bobigny : le directeur de L'Incorrect jugé pour divulgation de données d'avocats menacés
Illustration Fatima Benali / info.fr

Le directeur du magazine L'Incorrect a comparu le 16 avril 2026 devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Il est poursuivi pour avoir divulgué des données personnelles d'avocats qui faisaient l'objet de menaces de mort. Le délibéré est attendu dans les prochaines semaines.

L’audience s’est tenue le 16 avril 2026 à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Le directeur du magazine L’Incorrect, publication d’extrême droite fondée en 2017, répondait de divulgation de données personnelles devant le tribunal correctionnel. Les victimes sont des avocats qui avaient reçu des menaces de mort, selon le Parisien.

Des vidéos privées publiées malgré une sommation

Au cœur de l’affaire : des vidéos privées d’avocats, obtenues par la rédaction du magazine, puis rendues publiques en septembre 2025. Le magazine avait refusé d’en remettre la totalité aux autorités malgré une sommation judiciaire, toujours selon le Parisien. Pour la défense, le directeur avait déjà adopté une posture offensive lors d’une audition en décembre 2025 : « Nous ne sommes pas sur un plateau de France 5 », avait-il déclaré, dénonçant ce qu’il appelait une « inversion accusatoire ».

Le journaliste Arnaud Mercier a relayé l’information dès l’annonce de l’audience :

Un précédent bien documenté

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L’affaire s’inscrit dans une série de pratiques similaires documentées à l’extrême droite. En 2021, le fondateur du site Fdesouche, Pierre Sautarel, avait fiché 29 députés de gauche à partir d’un appel contre l’islamophobie signé en novembre 2019, diffusant leurs données personnelles pour les cibler, selon LCP. Le Fonds pour une presse libre signale, de son côté, une augmentation de 20 % des cas de désinformation liée à l’extrême droite entre 2024 et 2025, sur la base de 30 enquêtes publiées.

En Seine-Saint-Denis, le contexte est sensible. Des travaux académiques rappellent qu’en 2019, des rumeurs d’enlèvements d’enfants avaient circulé sur Snapchat et Facebook, cumulant plus de 100 000 vues sans aucun fait avéré à la clé. La diffusion de données personnelles dans un tel environnement expose directement les personnes ciblées.

Des observateurs extérieurs au dossier s’interrogent sur les conséquences du silence :

Enjeux pour les professionnels du droit

Au-delà du cas L’Incorrect, le procès pose une question concrète : quelle protection pour les avocats et professionnels exposés à des campagnes de dénonciation en ligne ? Leurs données - adresses, photos, enregistrements - peuvent circuler rapidement une fois publiées. La procédure judiciaire en cours est l’une des rares à aller jusqu’au bout sur ce type de poursuites.

Prochaine étape : le tribunal correctionnel de Bobigny rendra son délibéré dans les semaines suivant l’audience du 16 avril. En cas de condamnation, un appel reste possible, selon le Parisien.

Sources

Fatima Benali

Fatima Benali

Basée à Bobigny, elle traite les tensions sur le logement, les débats sur la sécurité, les projets de Grand Paris Express et les inégalités scolaires. Issue de l'ESJ Lille, elle a grandi en Seine-Saint-Denis. Méthode rigoureuse : interroger les élus, les associations, les enseignants, vérifier les statistiques de la préfecture avant de publier.

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