Rennes : un violeur multirécidiviste libéré autorisé à vivre à 4 km de sa victime

Condamné à 30 ans en 2018, Roland Blaudy sort après 8 ans grâce à la confusion des peines. La justice dit n'avoir eu aucune autre option.

Rennes : un violeur multirécidiviste libéré autorisé à vivre à 4 km de sa victime
Illustration Maëlle Guillou / info.fr

Roland Blaudy, condamné en 2018 à 30 ans de réclusion pour viols aggravés sur Karine Jambu, est libéré le 12 mai 2026. Faute d'autre adresse disponible, il est autorisé à résider à Rennes, à environ 4 km de sa victime. Le parquet de Caen parle de situation « inconfortable » mais « légalement inévitable ».

Roland Blaudy, condamné en 2018 à 30 ans de réclusion criminelle pour viols aggravés en récidive sur Karine Jambu, est libéré le 12 mai 2026. Il est autorisé à s’installer à Rennes, à environ 4 km du domicile de sa victime. Le parquet de Caen justifie cette décision par l’absence de toute autre solution. Karine Jambu, 28 ans, dit se sentir « pétrifiée ».

L’essentiel

  • Libération le 12 mai 2026 : Roland Blaudy sort après 8 ans d’incarcération effective depuis sa condamnation de 2018, grâce à la confusion des peines et 9 ans de réductions.
  • Condamné à 30 ans en 2018 : La cour d’assises d’Ille-et-Vilaine l’avait jugé coupable de viols aggravés en récidive sur Karine Jambu, âgée de 5 à 7 ans entre 2002 et 2005.
  • Au moins 15 victimes antérieures : Blaudy avait déjà été condamné en 2007 à 18 ans pour viols sur mineurs, dont sa propre fille. Il est incarcéré depuis avril 2005.
  • Résidence à 4 km de la victime : Aucune autre adresse n’était disponible selon le parquet de Caen, qui invoque le risque d’errance pour justifier ce choix.
  • Mesures de contrôle : Suivi socio-judiciaire de 15 ans, bracelet électronique pendant 2 ans, interdiction de contact avec des mineurs, obligation de soins.

Trente ans réduits à huit : le mécanisme de la confusion des peines

Roland Blaudy avait été une première fois condamné en 2007 à 18 ans de réclusion pour viols sur mineurs, dont sa propre fille. Il est incarcéré depuis avril 2005. Lors du procès de 2018, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a prononcé une peine de 30 ans, mais avec confusion de peines - mécanisme prévu à l’article 132-4 du Code pénal - qui a absorbé la condamnation précédente dans la nouvelle. Résultat : l’incarcération effective depuis 2018 n’a duré que huit ans, après déduction de 9 ans de réductions de peine accordées au fil des années, selon France 3 Bretagne et Le Télégramme.

C’est ce mécanisme légal qui a permis la libération bien avant l’échéance théorique de 2048. Le profil de Blaudy est lourd : selon 20 Minutes et la pétition lancée par la famille, au moins 15 victimes ont été recensées avant Karine Jambu. Les faits commis sur elle auraient eu lieu plus de 300 fois, dans le cadre familial, entre ses 5 et ses 7 ans.

Le parquet de Caen : « Pas d’autre possibilité »

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C’est le parquet de Caen - compétent car Blaudy était incarcéré en Normandie - qui a géré la libération conditionnelle. Dans un communiqué publié le 11 mai 2026, il indique qu’il n’existait « pas d’autre possibilité » pour organiser la sortie avec des mesures anti-récidive efficaces, selon France 3 Bretagne.

L’argument avancé : autoriser une résidence précise permet la surveillance. Un condamné sans adresse fixe est plus difficile à contrôler. Faute de famille ou de structure d’accueil disponible ailleurs, Rennes s’est imposé par défaut. Le parquet qualifie la situation d’« inconfortable » mais dit ne pas avoir eu de marge de manœuvre légale.

Les mesures d’accompagnement sont les suivantes : suivi socio-judiciaire pendant 15 ans, bracelet électronique pendant 2 ans, interdiction absolue de contact avec des mineurs, et obligation de soins. Le Parisien et La Dépêche du Midi confirment ces éléments de manière concordante.

Karine Jambu : « Je suis pétrifiée, mon violeur retrouve la liberté »

Karine Jambu, aujourd’hui âgée de 28 ans, a réagi publiquement. « Inimaginable, je suis pétrifiée, mon violeur retrouve la liberté et moi je dois me cacher », a-t-elle déclaré, selon Le Parisien. Elle s’exprime depuis plusieurs semaines sur cette affaire, alertant sur le décalage entre la peine prononcée et la durée réelle d’incarcération.

Sa tante et mère adoptive, Laurence Brunet-Jambu, a lancé le 30 avril 2026 une pétition sur Change.org pour réformer la loi sur la confusion des peines. La pétition réclame une modification législative en urgence. Des associations de défense des victimes de violences sexuelles ont relayé l’appel, comme en témoigne la mobilisation sur les réseaux sociaux.

Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres dossiers de violences sexuelles portés devant les assises, comme le procès en cours à Limoges où 13 femmes accusent un homme de viols en série, ou encore les mobilisations féministes qui se multiplient en France au printemps 2026.

Un historique judiciaire marqué par les défaillances institutionnelles

L’affaire Karine Jambu ne se résume pas à la seule question de la confusion des peines. En 2023, la cour d’appel de Paris a reconnu une faute lourde de l’État dans la protection de Karine Jambu, ordonnant le versement de plus de 90 000 euros d’indemnisation, selon L’Humanité et 20 Minutes. Les services de protection de l’enfance et les institutions avaient été pointés pour leurs défaillances répétées.

Par ailleurs, lors du procès de 2018, les parents biologiques de Karine ont été condamnés pour subornation de témoin : le père à 3 ans de prison dont 6 mois ferme, la mère à 2 ans avec sursis, selon Ouest-France et BFMTV.

Contexte dans l’Ille-et-Vilaine

Rennes est la préfecture d’Ille-et-Vilaine, département de 1,1 million d’habitants. La métropole rennaise concentre la majorité des services judiciaires du département. C’est la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine qui avait prononcé la condamnation de 2018 - mais c’est le parquet de Caen, compétent du fait du lieu de détention, qui a instruit la libération conditionnelle.

L’affaire alimente un débat qui dépasse les frontières du département. La confusion des peines, mécanisme conçu pour éviter le cumul disproportionné de peines, est ici perçue par les associations comme un outil qui peut, dans certains cas, réduire drastiquement l’incarcération de condamnés multirécidivistes. Aucune réforme législative n’est à ce stade annoncée par le gouvernement.

La pétition de Laurence Brunet-Jambu reste ouverte sur Change.org. Une éventuelle saisine parlementaire sur la réforme de l’article 132-4 du Code pénal n’a pas encore été confirmée à la date du 11 mai 2026.

Sources

Maëlle Guillou

Maëlle Guillou

Maëlle est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Ille-et-Vilaine (35), avec Rennes pour chef-lieu. Spécialité du département : french tech Rennes et Saint-Malo (4M visiteurs/an). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Bretagne.

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