Bobigny : Erik Tegnér (Frontières) condamné à 6 mois avec sursis et 10 000 € d’amende pour doxing d’avocats
Le fondateur du média d'extrême droite a été reconnu coupable de divulgation de données personnelles d'une dizaine d'avocats spécialisés en droit des étrangers, dans un hors-série de janvier 2025.
Le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné Erik Tegnér, patron de Frontières, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende pour avoir diffusé les noms et lieux d'exercice de dix avocats en droit des étrangers. Le condamné a annoncé faire appel.
L’essentiel
- Condamnation : Erik Tegnér, directeur de Frontières, a été condamné le 18 juin 2026 à 6 mois de prison avec sursis et 10 000 € d’amende pour doxing d’avocats.
- Faits : Un hors-série de Frontières du 30 janvier 2025 listait nominativement des avocats en droit des étrangers, les qualifiant de « coupables de l’invasion migratoire ».
- Dommages : Le tribunal a accordé 2 000 € de préjudice moral à chacun des dix avocats plaignants et 1 € symbolique aux barreaux et organisations professionnelles.
- Appel : Erik Tegnér, absent au jugement, a annoncé faire appel. Son avocat dénonce un « procès politique ».
- Menaces : Le juge Youssef Badr, qui a présidé l’audience, a été la cible de menaces racistes en ligne, condamnées par la présidente du tribunal et le ministère de la Justice.
Le 18 juin 2026, la 14e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny, présidée par Youssef Badr, a rendu son jugement dans l’affaire opposant Erik Tegnér à une dizaine d’avocats spécialisés en droit des étrangers. Le fondateur et directeur du média d’extrême droite Frontières, également éditorialiste sur CNews, était poursuivi pour divulgation de données personnelles - noms, prénoms et lieux d’exercice - exposant ces avocats à un risque de violences, en vertu de l’article 223-1-1 du Code pénal. Cette infraction, créée par la loi du 24 août 2021 dite « confortant le respect des principes de la République », a été adoptée après l’assassinat de Samuel Paty pour punir la divulgation malveillante de données personnelles.
Les faits remontent à la publication le 30 janvier 2025 d’un hors-série de Frontières intitulé « Ces avocats militants qui font du business sur les clandestins ». Le numéro listait nominativement les avocats, les présentant comme des « coupables de l’invasion migratoire » et des « militants idéologiques ». Le tribunal a jugé que cette publication constituait un acte de « doxing » au sens de l’article 223-1-1. Le président Youssef Badr a souligné que Tegnér « ne pouvait ignorer que la publication était susceptible de causer des comportements violents à l’égard des avocats », selon des propos rapportés par plusieurs médias, dont Le Figaro et Mediapart.
Les peines prononcées
Erik Tegnér a été condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 10 000 euros. Sur le plan civil, le tribunal lui a ordonné de verser 2 000 euros de dommages et intérêts à chacun des dix avocats plaignants, ainsi qu’un euro symbolique aux barreaux et organisations professionnelles constitués parties civiles (ADDE, SAF, CNB, etc.). Le prévenu était absent à la lecture du jugement. Son avocat, Me Frédéric Pichon, a immédiatement annoncé faire appel, qualifiant la décision « d’éminemment politique » et de « détournement de la loi Paty », selon Le Figaro et Mediapart. Erik Tegnér a également dénoncé un « procès politique » sur X et dans des interviews accordées à CNews.
La réaction des parties civiles
Les avocats plaignants et leurs organisations se sont déclarés satisfaits de cette décision. Me Agathe Grenouillet, avocate des parties civiles, a salué un jugement qui « rappelle le rôle essentiel des avocats dans l’exercice de leur métier », rapporte BFMTV. Selon Mediapart, les plaignants ont souligné la peur ressentie depuis la publication du hors-série, certains ayant reçu des messages de haine et des menaces. « Cette condamnation envoie un signal fort à ceux qui cherchent à intimider les professionnels du droit », a ajouté l’un des avocats cité par la même source.
Menaces contre le juge
Au lendemain de la condamnation, le juge Youssef Badr a été la cible de messages racistes et de menaces en ligne. La présidente du tribunal de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch, a exprimé son indignation et apporté son soutien au magistrat, selon Actu.fr. Le ministère de la Justice, par la voix de son porte-parole Sacha Straub-Kahn, a fermement condamné ces attaques le 19 juin, indiquant dans un communiqué que « l’institution judiciaire ne cédera à aucune intimidation », rapporté par Le Monde.
Contexte dans le département
Cette affaire s’inscrit dans un climat de tensions récurrentes autour de la liberté de la presse et de la protection des professionnels du droit en Seine-Saint-Denis. Bobigny, où siège l’un des plus grands tribunaux de France, est confronté régulièrement à des affaires sensibles liées à l’immigration et à l’extrême droite. Récemment, la ville a été le théâtre d’un incendie de grande ampleur dans un entrepôt, mobilisant 170 pompiers. Par ailleurs, le département est placé en vigilance orange canicule, avec des consignes du préfet Julien Charles. Le choix du tribunal de Bobigny pour ce procès souligne l’importance de la justice locale dans le traitement de ces contentieux.
Prochaine étape : l’appel
Erik Tegnér a fait appel de la décision. L’affaire sera donc rejugée par la cour d’appel de Paris. La date d’audience n’a pas encore été fixée à ce stade.
Sources
- Le Figaro : Erik Tegnér, directeur de Frontières, condamné à six mois de prison avec sursis pour divulgation de données d’avocats
- Mediapart : Le magazine d'extrême droite «Frontières» condamné pour avoir jeté en pâture des avocats en droit des étrangers
- BFMTV : Erik Tegnér, directeur de Frontières, condamné à 6 mois de prison avec sursis pour avoir 'jeté en pâture' des avocats
- Actu.fr : Un juge de Bobigny pris pour cible après la condamnation du directeur de Frontières : le tribunal riposte
- Le Monde : Condamnation d'Erik Tegnér, directeur de Frontières : le gouvernement dénonce les menaces en ligne visant un juge